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16 August 2015

HIP OPsession

Rencontre des cultures

Le hip-hop, c’est une musique où les textes et le rythme occupent une place prépondérante. Difficile donc, d’imaginer le public sourd et malentendants s’enticher de ce registre. D’ailleurs, assiste-t-il seulement à des spectacles ? Cette question laissée de côté, l’association Pick Up Production, organisatrice de l’événement HIP OPsession à Nantes s’en est emparée.

Depuis sept ans, elle multiplie les actions pour inviter à sa grande messe hip-hop dans l’ouest, les personnes dont l’absence d’audition demeure un obstacle à l’expérience du spectacle vivant. Nicolas Reverdito, directeur de l’association, et Pierrick Vially, responsable des actions culturelles en marge du festival, font le point sur cette connexion nouvelle entre culture hip-hop et culture sourde dont ils sont les instigateurs.

Comment est né ce projet de rendre le festival accessible aux sourds et malentendants ?

Nicolas Reverdito : C’est parti d’une rencontre, il y a 7 ans, avec Laëtitia Tual, une artiste nantaise chant signe. Son métier consiste à créer du contenu culturel par l’usage de la langue des signes comme pratique artistique. Laëtitia est venue vers nous pour nous expliquer que si les sourds et malentendants se déplaçaient peu aux spectacles vivants, c’est en raison du manque de moyen mis en œuvre pour les accueillir. Elle trouvait par ailleurs pertinent que nous réfléchissions à des solutions car la musique hip-hop comporte beaucoup de basses qu’ils peuvent ressentir physiquement et que le Battle de danse que nous organisons détient un aspect spectaculaire, séduisant pour cette catégorie de personne. Par conséquent, nous avons développé pendant quatre ans des actions spécifiques pour l’accueil des sourds et des malentendants de manière un peu artisanale, en collaboration avec Laëtitia.

Et que s’est-il passé sur les trois dernières années ?

Grâce notamment au soutien de la Fondation de France, nous avons réussi à débloquer des fonds spécifiques qui nous ont permis de développer avec un peu plus d’envergure ce projet. Nous avons aussi mobilisé des personnes pour l’accueil des sourds et malentendants lors du Battle de danse, installé du mobilier vibrant et engagé un interprète en langue des signes pour traduire la parole des speakers de l’événement. Puis nous avons mis en place une formation pour que l’équipe de Pick Up Production et le personnel d’accueil soient sensibilisés à la culture sourde. Et depuis l’an dernier, nous sommes allés au-delà de la seule accessibilité au Battle de danse pour proposer d’autres événements du festival aux personnes handicapées, comme des visites d’expositions.

Parce que vos actions ne portent pas uniquement sur l’accueil des sourds et malentendants.

Pierrick Vially : Exactement. A force de conduire des actions et d’être présent dans les réseaux dédiés, on s’ouvre de plus en plus à l’accessibilité dite universelle. Nous développons maintenant des outils de bonne pratique qui permettent l’accès du festival au plus grand nombre, qu’ils soient handicapés moteurs, visuels, psychiques, auditifs, mentaux… Cela fait partie intégrante du projet de l’association. Ce qu’il nous reste à faire évoluer à présent, c’est ce qui touche à l’information et la communication. Car il est inutile de rendre les lieux et événements accessibles si nous ne le faisons pas savoir.

NR : On peut s’imaginer que l’accessibilité des lieux est acquise, mais en vérité, beaucoup de personnes ne le savent pas et ne vont donc pas avoir la démarche de venir. Depuis la dernière édition du festival, nous avons beaucoup travaillé sur la communication en ce sens, pour que les gens puissent savoir si tel lieu dispose d’un accueil en langue des signes ou si tel autre est équipé en mobiliers vibrants.

Et qu’avez-vous réalisé pour y parvenir ?

Nous avons conçu un teaser vidéo en langue des signes et nous utilisons des pictogrammes clairs sur nos différents supports de communication. Car l’objectif est aussi d’informer les sourds et malentendants qui ne sont pas dans les réseaux spécifiques pour qu’ils aient eux aussi accès à l’information. Un autre problème intéressant réside dans la langue des signes elle-même. Comme toutes les langues jeunes, elle est incomplète. Par exemple les mots « hip-hop » ou « crew » ne font pas encore partie de son vocabulaire ! C’est donc Laëtitia qui se charge d’inventer des signes pour les exprimer. Ensuite, on tâche de les diffuser dans les réseaux de sourds et malentendants pour qu’ils soient employés partout en France.

J’imagine que réaliser tout cela nécessite de nombreuses compétences.

PV : On s’entoure de personnes sourdes, d’interprètes, de spécialistes de cette culture, de techniciens. Nous pensons qu’il ne sert à rien de vouloir tout réinventer, qu’il vaut mieux s’entourer de personnes qui ont déjà une réflexion en cours sur le sujet. C’est d’ailleurs ce qui fait la reconnaissance de nos actions dans la communauté sourde. Toutes ces réflexions sont passionnantes mais il y a aussi des freins à dépasser, comme le coût. Là, nous avons les aides de fondations qui restent des aides à court terme. Quand elles s’arrêteront, est-ce que nous devrons tout arrêter ? Car seules ces aides nous permettent pour le moment de mener à bien tout ce que nous réalisons en termes d’accessibilité.

NR : Il y a un enjeu économique. Quand une structure se présente avec cinq personnes, nous n’avons pas les moyens de mettre quelqu’un à leur disposition. La structure doit alors disposer de ses propres encadrants.

Quels sont les retours du public sourd et malentendant ?

PV : Dans l’ensemble, les retours sont très positifs par rapport à l’ensemble de la démarche même s’il y a quelques retours négatifs sur certains aspects techniques. Ces retours viennent des personnes sourdes du comité de pilotage mais aussi de gens que nous n’avions jamais rencontré, via des commentaires laissés sur nos vidéos en ligne. C’est constructif car nous en avons réellement besoin pour améliorer nos actions.

 

accessibilité développement durable Festivals Hip Opsession / Transfert

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