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Les pistes du Sénat pour pérenniser les festivals

Retour sur les réflexions de la commission culture, de l’éducation et de la communication du Sénat

La commission de la culture, de l’éducation et de la communication du Sénat a réalisé cet été le bilan de ses travaux sur les festivals, issu d'un groupe d’études sur les arts de la scène, de la rue et des festivals en régions, pour la période 2014-2017. Retour sur les principaux points à retenir, car en effet, les festivals sont impactés par les actualités successives : Crise des intermittents, menace terroriste, fermeture de festivals liée à des changements d’orientation politique.

Depuis 2014, les festivals font face à des difficultés organisationnelles, financières, sécuritaires et politiques. En une dizaine d’années, l’Etat a réduit de moitié le nombre de festivals subventionnés - 170 festivals en 2015 contre 342 en 2004 -, avec pour contrepartie, l’augmentation du montant de la subvention allouée à chaque bénéficiaire. De plus, certaines réformes ont eu un impact fort sur l’environnement des festivals, à l’exemple de l’accord pour le régime d’assurance chômage des artistes et techniciens du spectacle en 2016.

Hausse
du nombre
de festivals

Cependant, le nombre de créations de festivals dépasse chaque année celui des disparitions (109 créations de festivals de musiques actuelles pour 92 disparitions en 2015), comme le constatait déjà Pierre Cohen en 2016, alors ministre de la Culture et de la Communication. De même, le CNV (Centre National des Variétés) estime que les festivals évoluent sur des modèles économiques innovants et bénéficient d’une participation du public en hausse (+15% en 2016).

Face à de tels paradoxes, le Sénat a réalisé une note de synthèse, à partir du rapport de Pierre Cohen et des travaux du CNV, pour travailler de façon objective sur la situation des festivals français. Les éléments de cette synthèse ont été discutées le 28 juin 2017 [1] et le constat corrobore les analyses précédentes. Les festivals français restent nombreux et présentent une diversité de programmation. Les retombées sont indéniables pour l’économie locale, l’attractivité et le rayonnement des territoires. Ils jouent un rôle moteur pour la création artistique, permettent de maintenir et développer les emplois culturels, et contribuent à la survie d’opérateurs culturels fragiles et à l’émergence de nouveaux lieux de spectacles.  Le rapport note aussi que la disparition de certains festivals n’est pas en soi un phénomène inquiétant : un changement de majorité municipale peut induire de nouvelles orientations de politique culturelle et une préférence pour d'autres esthétiques. De même, certains festivals n’évoluent pas et ne parviennent donc pas à maintenir l’intérêt du public. Parfois, faute de bénéficier d’une structure administrative suffisante ou de partenariats solides, d’autres festivals ne réussiront pas à franchir un palier de développement.

Les problématiques d’ordre structurel des festivals ont été soulevées, notamment la raréfaction et l’essoufflement du bénévolat, dans un contexte budgétaire où il est difficile de trouver les moyens de professionnaliser les structures supports. De plus, la concurrence en matière de programmation s’accroît, avec des créations ou rachats de festivals par de grands groupes privés, à l’image de Live Nation, ce qui ne manque pas de soulever des interrogations en matière d’indépendance artistique. Aussi, les contraintes de sécurité actuelles ont des conséquences directes sur la liberté de création : face à la possibilité d’une annulation à la dernière minute, le risque est grand que certains artistes n’acceptent plus de créer des spectacles à la demande de festivals français, les délaissant au profit de festivals étrangers.

Des rachats
par de grands
groupes privés

La situation des festivals n’a jamais paru aussi fragile, avec la crainte de la baisse des subventions publiques et le risque de se voir interdire toute nouvelle création : les départements et les villes sont aujourd’hui les principaux soutiens, bien avant l’Etat, mais les restrictions financières ne permettent plus d’accompagner les projets émergents. De plus, suite à la réforme territoriale, le partage des compétences des collectivités en matière culturelle peut amener chaque niveau de collectivité à se décharger sur l’autre dans le soutien aux festivals : les nouvelles régions élargies ont tendance à privilégier les plus gros festivals, laissant de côté les festivals de taille intermédiaire.  

Les 2 options
du Sénat

Pour faire face à cette situation et mieux articuler les actions des différents niveaux de collectivité, le Sénat propose deux options. La première est de répartir le soutien entre les différents échelons : les festivals les plus importants, jouant le rôle de « locomotives culturelles » seraient financés par l’Etat et les régions, les festivals de taille intermédiaire par les départements et les festivals de plus petite envergure par les villes et intercommunalités. La deuxième option proposée par le Sénat consiste à généraliser la signature de conventions pluripartites sur des périodes de trois ans entre organisateurs de festivals et plusieurs niveaux de collectivités, de manière à diversifier les partenaires publics tout en garantissant une certaine visibilité budgétaire dans le temps.

De façon générale, il serait rassurant que chaque collectivité adopte des critères clairs de soutien aux festivals. Ceux-ci pourraient porter sur la contribution du festival à la valorisation des esthétiques sous-représentées, le développement de l’émergence, l’éducation artistique et culturelle ou encore porter sur un projet de territoire.

Des budgets
en hausse

Par ailleurs, les budgets de tous les festivals sont aujourd’hui en hausse, sous l’effet d’une augmentation du montant des cachets et des frais de transport, mais surtout des coûts de sécurité face au risque terroriste, et ceci au détriment des postes artistiques. Ce contexte de difficultés financières met à mal les festivals gratuits, dont le modèle économique recule, au risque de voir s’éloigner peu à peu l’objectif de démocratisation culturelle.  Face aux surcoûts de sécurité, le Sénat propose de pérenniser le fonds d’urgence en ouvrant le bénéfice du fonds de prévention de la délinquance aux festivals et en abandonnant la pratique consistant à refacturer le coût du déploiement des forces de l’ordre aux organisateurs de festivals.

L'avenir
du Mécénat

Dernière piste proposée par le Sénat, celle de diversifier les soutiens, notamment par un recours plus large au mécénat. Des coopérations pourraient être engagées avec l’hôtellerie et la restauration, principaux bénéficiaires des retombées économiques des festivals, et le nombre de partenaires privés pourrait être augmenté afin de réduire l’exposition du festival au risque de retrait de l’un d’entre eux.  

Toujours en est-il que l’Etat devrait réserver son soutien aux festivals remplissant des critères précis : promotion de la diversité artistique, ouverture à un public large, diversification des publics, situation dans des « zones blanches de la culture », construction de projets avec les acteurs culturels locaux et contribution à la structuration du territoire.

 

 

 

Article écrit par : Françoise Henry @Kawen

Crédit photo : David Gallard - Clack

Festivals

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