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03 octobre 2017

Mesurer l'utilité sociale des Festivals

Une enquête en cours en Pays de la Loire

Dans la continuité de l’étude sur les publics et l’économie des festivals , Le Pôle lance cette année, en collaboration avec le cabinet d’études GECE, une enquête dont l’objectif est de mesurer l’utilité sociale des festivals des Pays de la Loire. Le rapport collectif paraîtra en décembre 2018. Ce projet est l’occasion de revenir sur les démarches des festivals ligériens en matière de responsabilité sociale, environnementale et territoriale.

Le collège des festivals du Pôle

Depuis plusieurs années au sein du Pôle des Musiques actuelles, le collège des festivals travaille autour des notions de développement durable et de responsabilité sociétale. Il a notamment élaboré un référentiel commun, adapté à leurs événements, et mis en place des indicateurs pour évaluer leurs actions. Ce référentiel a permis d’entreprendre un diagnostic des festivals volontaires et d’amorcer un plan d’actions.   

Par ailleurs, pour mieux comprendre les leviers possibles, 10 festivals des Pays de la Loire ont cofinancé en 2015 une étude sur leurs publics, les moyens de transport et leur impact économique. L’étude a permis de recueillir de nombreuses informations concernant les festivaliers (moyens de transport, dépenses, provenance des publics, âge et CSP, supports de communication utilisés) et l’économie des festivals (ressources et dépenses, modèles économiques, retombées économiques).

L’enquête 2017 fait suite à cette étude de 2015 et permettra d’évaluer l’utilité sociale des festivals, d’établir des comparaisons entre les festivals y participant, de suivre l’évolution des publics et de fournir des outils individualisés aux festivals afin de continuer leur démarche d’amélioration continue.

 

Qu’appelle-t-on utilité sociale ?

Est considérée d’utilité sociale l’activité d’une organisation qui contribue à la cohésion sociale - notamment par la réduction des inégalités -, à la solidarité - par un lien social de proximité -, à la sociabilité et l’amélioration des conditions collectives du développement humain durable, dont font partie l’éducation, la santé, l’environnement et la démocratie. Quelques témoignages recueillis cet été auprès des festivals permettent d’ores et déjà d’approcher et comprendre les problématiques d’utilité sociale de chacun.

 

Les initiatives des festivals
en matière de responsabilité environnementale

Le traitement des déchets est une préoccupation majeure des organisateurs et les festivaliers, sensibilisés aux enjeux environnementaux, adoptent une attitude de plus en plus responsable. Un Singe en été (Mayenne – 53) utilise des gobelets consignés, conservés sur plusieurs années, et souhaite développer un stock de gobelets vierges. Le festival a notamment mis en place un système de compost, à partir des déchets de la restauration. Tous les déchets produits sont pesés. Le festival Les 3 Eléphants (Laval – 53) propose une démarche de tri de bio-déchets sur le site, traités ensuite dans une centrale de méthanisation. Au Hellfest (Clisson – 44), la sensibilisation à la gestion des déchets et la protection de l’environnement fait partie d’une démarche mise en place avec l’association Animaje, réunissant les foyers de jeunes du vignoble, en collaboration avec les agents des communes de Clisson et Gétigné, et les entreprises privées. Des sacs poubelle ont été distribués et un concours a été proposé pour inciter les festivaliers à ramener le plus grand nombre de sac de tri remplis. De même, le festival met à disposition des cendriers de poche. Il existe aussi un système de collecte de capsules de bouteilles, ainsi qu’un système d’échange de sacs de déchets contre des jetons pour les boissons. Au total, en 2016, 322 tonnes de déchets avaient été collectées, compost compris, avec un taux de valorisation de 60%. Au Foin de la Rue (Saint-Denis-de-Gastines, 53) l’équipe met à disposition des toilettes sèches, mais aussi de la vaisselle en pulpe de canne à sucre, des gobelets réutilisables, des cendriers de poche, et distribue des sacs poubelle. Pour la gestion et le tri des déchets, le festival calcule le tonnage chaque année.

Les festivals sont également sensibles à l’économie d’eau et d’électricité. Au Foin de la Rue (Saint-Denis-de-Gastines, 53), le camping est éclairé par des mâts solaires, et les ampoules sur le site sont en basse consommation. Un camion à énergies renouvelables est présent sur le festival pour répondre aux besoins ponctuels en électricité et une remorque de chauffe-eau solaire a été construite. De plus, le festival a réalisé un diagnostic énergétique sur l’édition 2017 dans le cadre d’un projet de réduction de la consommation d’énergie fossile. En termes d’affichage et de communication, le festival Un Singe en Eté essaye de réduire au maximum les prints. Du côté des transports, les festivals incitent au covoiturage via une plateforme internet et la mise en place de navettes pour accéder au site. C’est le cas des festivals Les 3 Eléphants, Au Foin de la Rue et du Hellfest, ce dernier proposant en plus des offres tarifaires sur les déplacements en train et bus, sur présentation du billet. Quant aux Escales, un parking à vélos est mis à disposition et surveillé pendant le festival : plus de 800 vélos ont été accueillis en 3 jours cette année.

 

Les initiatives des festivals
en matière de responsabilité sociale et territoriale

Au-delà des moyens matériels mis en place pour les personnes en situation de handicap (rampe d’accessibilité, plateforme, colonnes vibrantes, parking proche, etc.), les festivals font preuve d’initiatives intéressantes pour rendre les sites encore plus accessibles. Au Foin de la Rue est un festival impliqué sur les cinq champs du handicap depuis 2010 : il a acquis une reconnaissance avec la remise du Trophée national de l’accessibilité en 2014 et est aujourd’hui sollicité en termes de conseil auprès d’événements en France. Parmi ses initiatives, l’on peut noter la mise en place d’une application mobile avec les textes des chansons et les vidéos « chansignées », l’édition d’un guide du festival en français facile, et tout au long de l’année, un travail est réalisé avec les éducateurs et structures pour les personnes présentant des troubles du comportement et déficiences mentales. Autre initiative avec Le Rêve du loup, qui se déroule au parc de la Moutonnerie à Nantes pendant une journée : ce festival est singulier car son objet même est la rencontre entre différents publics, la culture servant de vecteur à cette création de liens. Véritable projet humain, en amont et pendant le festival, il se concentre sur la qualité des relations tissées, qu’elles soient intergénérationnelles ou interculturelles. Le festival permet notamment aux personnes vivant dans la rue de s’investir dans le projet festivalier. Le Rêve du Loup travaille sur les questions de médiation et d’accessibilité, et est à même aujourd’hui de mesurer l’impact de ses actions dans le temps, à la fois sur les comportements sociaux, la lutte contre l’isolement, la socialisation et l’image de soi. Parmi les éléments tangibles déjà observés, le festival témoigne de la hausse de la fréquentation du parc par les riverains, l’évolution de la socialisation chez les personnes isolées, leur effort vestimentaire et la diminution de leur consommation d’alcool. Le festival entretient des liens étroits avec les collectivités sur la question de la culture de proximité, le lien social et la médiation, et travaille avec les structures médico-sociales et les habitants du quartier afin de les impliquer dans la construction du projet. Enfin, le festival Un Singe en Eté mène une action en amont auprès des structures d’accueil et hôpitaux psychiatriques, afin d’expliquer les dispositifs en place sur le festival. Dans certaines structures, des ateliers sont proposés, de façon à impliquer les personnes en situation de handicap à la construction et l’installation de décors, ce qui leur permet de se familiariser en amont avec le site et les équipes, et de se rendre plus aisément sur le site le jour du festival.

Par ailleurs, les festivals mènent des actions culturelles, intervenant ainsi sur le développement territorial. Au Foin de la Rue mène des projets socio-culturels sur le territoire et a été labellisé en 2016 espace de vie sociale. Le festival se pose en acteur de proximité pour promouvoir les pratiques culturelles en milieu rural dans une logique de développement durable, à l’image des Soirées Rouges, cycle de séances de cinéma allant à la rencontre de la musique : proposées de novembre à juin, ces soirées se veulent un événement de médiation avec l’idée est de réunir et fidéliser le public autour de la musique et d’offrir une ambiance nouvelle. Le festival Les 3 Eléphants mène des actions sur l’insertion sociale et professionnelle, en lien avec la Mission locale 53 ou le Ministère de la Justice. Il collabore aussi avec la Direction des Affaires Culturelles de la ville de Laval, pour progresser dans l’appropriation des espaces publics, dans une logique de festival urbain de centre-ville. De plus, il cultive la relation au territoire en créant des temps de concertation avec les riverains et en tissant des relations avec les commerçants.  Les Escales ont mené cette année une action culturelle auprès de plus de 3.000 enfants nazairiens, qui ont découvert ainsi Detroit et les Etats-Unis : leurs œuvres ont été exposées pendant le festival.  Deux jeunes en service civique, accompagnés par Les Escales, La Mission locale et Orange Solidarité ont créé et animé un blog sur le festival d’avril à juillet. Avec l’association l’Apuis, sept migrants en situation régulière sont venus pendant une semaine prêter main forte à l’équipe de scénographie.

De plus en plus aujourd’hui, les festivals devront prendre en compte l’importance de leur ancrage territorial, et de ce fait les interdépendances locales qui se construisent. Cette démarche est primordiale pour la survie de leurs projets qui reposent avant tout sur un socle relevant de l’Economie sociale et solidaire, avec des valeurs de coopération, de solidarité, d’innovation et de créativité.

 

 

Article écrit par : Françoise Henry @Kawen

Pour vos témoignages et votre temps, merci à Steven Jourdan, Terra Incognita & Un singe en été | Yoann et Vikthor, Hellfest | Lisa Bélangeon, Au Foin de La Rue | Gérald Chalbaut, Les Escales | Lucas Blaya, Les 3 Eléphants | Renzo, Le Rêve du Loup - Le Monde des Barons Perchés.

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A travers ses missions, le Pôle informe et accompagne les acteurs et les collectivités. Il anime les réseaux, facilite les échanges et coordonne des chantiers thématiques. Il observe et met en valeur l’écosystème musical dans sa diversité. Au plus près des initiatives, le Pôle favorise un dialogue nécessaire permettant de trouver des solutions face aux enjeux culturels, éducatifs, sociaux, économiques et politiques. Co-Missionné par l’État et le Conseil régional des Pays de la Loire, le Pôle est cogéré par ses adhérents.

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