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Retour sur la Conférence nationale de la vie nocturne

Les 14 et 15 sept. 2017, la Conférence nationale de la vie nocturne a réuni à Paris, près de 450 personnes dont 50 collectivités. Organisé par la Plateforme Nationale de la Vie Nocturne, cet événement, destiné aux acteurs publics et professionnels, a été l’occasion de partager et d’enrichir des travaux réalisés tout au long de l’année. Profitons-en pour faire le point sur ces nouveaux enjeux de la vie nocturne, et prendre connaissance des innovations récentes des villes en la matière.

La Plateforme de la vie nocturne, une première en Europe

Créée en janvier 2017, la plateforme de la vie nocturne n’a pas d’équivalent en Europe. Impulsée par le Collectif Culture Bar-bars, elle réunit un ensemble d’acteurs au spectre très large, tous concernés par les problématiques de la vie nocturne : sont présents les acteurs publics, élus et techniciens des collectivités, représentants de l’Etat et de l’Union européenne, ainsi que les professionnels des secteurs de la musique, de l’hôtellerie-restauration, de la sécurité urbaine et des mutuelles, sans oublier les citoyens.  Selon Denis Tallédec, coordinateur de la Plateforme et directeur de la Fédération nationale des Cafés Cultures, "l’ambition de la plateforme est de partager les réflexions et les expériences sur la vie nocturne, à la fois dans une approche globale et prospective, mais aussi dans une approche transversale des politiques publiques". Son objectif est donc d’impulser des propositions pour mettre en œuvre les politiques publiques et développer les territoires. Parmi les axes de travail, sont abordés les enjeux culturels et touristiques, les enjeux liés à la sécurité et la tranquillité publique, mais aussi les questions de transport, de santé et réduction des risques, etc. Tous ces sujets se nourrissent d’expériences nationales, européennes voire internationales.

Co-construction et outils opérationnels

La Conférence de la vie nocturne, quant à elle, représente un moment clé permettant d’échanger les travaux et réflexions menés tout au long de l’année par les membres de la plateforme. A la conférence de septembre 2017, les points de vue et expériences françaises et européennes ont mis en perspective le besoin de co-construire une politique de la vie nocturne et de créer des outils pour sa gouvernance. Denis Tallédec note "un besoin d’instances à la fois transversales et co-construites, de même qu’une attente en matière de méthode de travail et d’outils opérationnels, qui, sans être modélisés, prendraient en compte les besoins de chaque territoire".  Selon lui, ces outils peuvent d’ores et déjà être déclinés dans les Conseils de la nuit existants dans quelques villes françaises et pour toute réflexion liée au développement territorial, à la prévention des risques ou aux conflits d’usages.

Transports de nuit, "uritrottoirs" et stations nocturnes... à Nantes

Ainsi, le Conseil de la nuit, créé à Nantes par Johanna Rolland, maire de la ville, a comme ambition de "trouver les bons équilibres pour la ville la nuit", entre la ville qui dort, celle qui s’amuse, celle qui travaille mais aussi la ville "invisible", celle des publics vulnérables. Le Conseil est ouvert aux habitants et riverains, aux acteurs associatifs et professionnels de la nuit. Pour Benjamin Mauduit, conseiller municipal en charge de l’émergence et de la nuit, "la nuit est un bien commun et l’objectif est de mettre en œuvre une politique publique pour créer de la cohérence dans le domaine de la vie nocturne à Nantes, en intégrant différentes dimensions : culture, jeunesse, tranquillité publique, santé, égalité". La mise en place de ce Conseil est pour lui une véritable démarche de co-construction permettant de trouver des solutions collectives. Parmi les initiatives et réflexions nantaises, les horaires de nuit des transports en commun ont été étendus du samedi au vendredi, depuis septembre 2017 afin de faire face aux déplacements nocturnes des habitants de l’agglomération, estimés à 10%. En matière de propreté, plusieurs actions ont été menées, telles que l’ouverture gratuite des blocs sanitaires 24h sur 24, l’installation de nouveaux blocs et l’implantation d’uritrottoirs. Par ailleurs, en partenariat avec le collectif Bar-Bars, la proposition est de mieux identifier les cafés comme "cafés citoyens" afin de diffuser des messages de prévention, valoriser l’offre de transport, proposer des solutions de "repli" à une personne se sentant en danger et offrir un accès à l'eau.

De même, pour lutter contre les nuisances sonores, des "stations nocturnes", lieux de transition de fin de nuit, pourraient attirer les regroupements nocturnes vers des lieux sécurisants pour les publics et éloignés des habitations : une station nocturne est actuellement expérimentée, square Daviais. Enfin, la ville de Nantes vient de lancer un appel à projets dédié à la nuit, dont l’objectif est d’encourager l’offre nocturne alternative et de soutenir des initiatives innovantes. Doté d'un fonds de 50.000 euros, les résultats seront connus lors du prochain Conseil de la nuit pour des réalisations prévues en 2018.

Veilleurs, transports en commun, capteurs sonores… à Paris

A Paris, le Conseil de la nuit existe depuis 3 ans et rassemble tous les acteurs, aussi bien les usagers de la nuit que les professionnels. Des groupes de travail thématiques ont été créés, rassemblant plus de 150 personnes. Selon Thierry Charlois, chef de projet politique de la Nuit à Paris, toute la complexité à l’échelle d’une ville comme Paris est de décliner les propositions dans chaque mairie d’arrondissement, auprès de l’élu référent nuit, car les méthodes employées ou les concertations ne sont pas toujours identiques et les problématiques différentes. Parmi les démarches innovantes, Thierry Charlois témoigne de la mise en place de capteurs de bruits, une première mondiale : des capteurs enregistrent le volume, la fréquence et la direction dans des endroits clés, rencontrant des problématiques de nuisance sonore. Une concertation entre la mairie, le commissariat, les riverains et les établissements a été mise en place pour aider les partenaires locaux à objectiver les nuisances sonores. Ainsi, un exploitant de bar sera prévenu par SMS du dépassement du seuil de niveau sonore fixé avec les riverains et pourra agir rapidement. Autre innovation, le comité des noctambules, constitué de 30 personnes, porte la voix des usagers en matière d’offre d’activité nocturne. Par ailleurs, la ville de Paris réfléchit avec les opérateurs des transports à l’extension des horaires de métro la nuit, même si la réalisation demeure complexe économiquement et techniquement. Des services de transports pourraient être développés pour certains événements ou périodes de l’année, à l’image de ce qui est déjà proposé pour la Fête de la musique ou la Nuit blanche. Selon Thierry Charlois, tout l’enjeu est d’intégrer une problématique de développement économique la nuit, tout en essayant de promouvoir des comportements respectueux dans la ville.

Dynamisation et bars de Nowel... à Dole

L’objectif de la politique culturelle de Dole, ville du Jura de 25.000 habitants, est de permettre aux pratiques amateurs de rencontrer leur public et d’être valorisées artistiquement, de sortir des lieux dédiés et de « faire ensemble ». Selon Jean-Philippe Lefevre, maire adjoint de la ville, la question centrale est la population. La ville a souhaité apporter un regard économique à la vie nocturne, dans l’objectif de créer une animation la nuit, et notamment de « redonner de l’air, économique et commercial, aux bars de la ville », et répondre ainsi à la demande de la population, voire la créer. Plutôt que de construire des salles de concerts, une des initiatives a été de mailler une relation entre les petits bars et les groupes amateurs de bon niveau, afin que ces lieux deviennent des bars concerts. De même, les bars de Nowel est un événement proposant des concerts en décembre durant une nuit dans tous les bars de la ville. L’opération est financée par la ville qui à son tour subventionne les groupes amateurs.

Un nouveau contexte sociétal

Selon Denis Tallédec, la question de la vie nocturne fait écho à l’évolution de la société. Pour lui, "de nouveaux comportements apparaissent, liés à une certaine forme d’anglo-saxonisation de notre société : certains concitoyens ne sont plus nécessairement dans le dialogue mais vont rapidement judiciariser le rapport entre eux. Ces évolutions se retrouvent à tous les niveaux territoriaux et les conflits d’usage peuvent être identiques pour le Zénith d’une grande ville comme pour un petit café-concert. De plus, le contexte actuel, très sécuritaire, pose le problème de l’offre culturelle dans l’espace public, pour les événements de toute taille, que ce soit en milieu urbain ou rural, les contraignant parfois à s’arrêter en raison d’exigences de sécurité trop fortes. Par ailleurs, de nouveaux phénomènes apparaissent, telle que la réappropriation de l’espace public par la génération Y". Pour Denis Tallédec, tout l’enjeu est de savoir comment organiser des complémentarités (coopération public-privé) dans ce nouveau contexte sociétal. De plus, même si la problématique de la vie nocturne est avant tout urbaine, avec des nuisances et conflits d’usage plus aigus, elle pose nécessairement la question de l’aménagement, de la redynamisation et de l’attractivité des territoires ruraux, où il est important d’avoir une offre culturelle et artistique au plus proche des populations.

Approche économique et politique

Les prises de conscience politique et économique liées de la vie nocturne se développent sur les territoires. Ainsi, la ville de Paris vient de nommer Frédéric Hocquard maire adjoint à la vie nocturne et à l’économie culturelle, ce qui témoigne de l’importance des enjeux liés à la vie nocturne. En tant que président de la Fédération nationale des collectivités territoriales pour la culture, Jean-Philippe Lefevre souhaite proposer une formation sur les problématiques de la vie nocturne, notamment pour préparer les élus à s’ouvrir à d’autres délégations :  selon lui, les adjoints de la culture sont les mieux placés pour parler de la nuit, non pas de façon isolée, mais de façon transversale, en intégrant les problématiques de sécurité, d’urbanisme et de vie nocturne. Pour Jean-Philippe Lefevre, la question de la vie nocturne est profondément politique et reste le sujet central des prochaines années pour ceux qui ambitionnent de penser la vie culturelle d’une ville.

 

 

Article écrit par Françoise Henry @kawen

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