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Un Zenith très convoité !

Qui exploitera le Zénith de Nantes dès 2019 ?

Avec plus de 300 000 entrées par an, le Zénith de Nantes est une salle qui attire les publics et les convoitises. Le lieu appartient à Nantes Métropole qui, par une délégation de service public (DSP), en confie l’exploitation à un tiers. Cette DSP arrive à échéance. Plusieurs sociétés sont sur les rangs pour reprendre la gestion, ou la conserver. SP Colling aujourd’hui délégataire fait face à deux rivaux qui ne laissent pas indifférents : le binôme Lagardère/Live Nation et le groupe Fimalac.

Le Zénith de Nantes Métropole a été ouvert en 2006. Avec 3% du nombre de représentations payantes déclarées en Pays de la Loire, il totalise 20% de la fréquentation et 28% du montant total des recettes de billetterie, selon les chiffres de la diffusion 2016 du CNV.

Son exploitation et sa gestion sont confiée par Nantes Métropole à une structure privée dans le cadre d’un contrat de délégation de service public (DSP) – ceci contre le paiement d’une redevance annuelle. Actuellement, l’entreprise délégataire est une filiale de la société SP Colling. La DSP en cours a été conclue en 2010 pour une durée de 8 ans. C’est la 2e convention pour ce Zénith et elle arrive à expiration le 31 décembre 2018. La prochaine prendra effet le 1er janvier 2019 pour une durée de 8 ans. Et c’est donc elle qui « attise les convoitises » pour reprendre les mots de Michel Troadec dans son article publié en février sur le site d’Ouest-France. Le Zénith de Nantes Métropole serait « le deuxième en fréquentation, après celui de Paris », et « la salle de concert de province la plus populaire ».

Pourquoi une DSP ?

Le mode de gestion par délégation de service public (DSP) est justifié dans le rapport de présentation de la DSP pour l’Exploitation du Zénith de Nantes Métropole par le fait que « La délégation de service public permet d’avoir un partenaire fortement responsabilisé dans la gestion du service, tout en conservant un contrôle sur le service. La gestion déléguée permet une répartition claire des rôles et des responsabilités avec le délégataire, tout en permettant à la métropole de contrôler la qualité du service rendu. Le délégataire de service public assure l’exploitation du service à ses risques. Il est responsable à la fois au niveau contractuel et réglementaire de la qualité du service et du bon fonctionnement des ouvrages qui lui sont remis » et qu’en effet « la régie ne permet pas le transfert des risques d’exploitation à un tiers, contrairement à la délégation de service public ». Elle se justifie également dans le cadre du respect du cahier des charges du label Zénith attribué par le Ministère de la Culture.

Le fonctionnement d’un Zénith ?

En effet, lors de la programmation et de la construction de cet équipement, le Conseil Communautaire de la communauté urbaine de Nantes s'est appuyé sur le cahier des charges des Zénith, ce qui a conduit à sa labellisation de l’équipement dès son ouverture en décembre 2006. Ce cahier des charges définit des règles techniques mais également des principes de  gestion. Le fonctionnement d’un Zénith implique que les artistes qui y jouent ne soient pas programmés par l’équipe du lieu, dont la fonction est exclusivement de gérer au mieux le calendrier des événements en louant le Zénith en ordre de marche à des producteurs spectacles. Ce fonctionnement est donc cadré par un cahier des charges dans le cadre d’un programme dont le suivi a été confié au CNV. Sur son site internet celui-ci rappelle que le programme Zénith est « le fruit d'une réflexion impulsée par le Ministère de la Culture, au regard des besoins exprimés par des professionnels du spectacle au tout début des années 80 ». En effet, les Zénith sont nés de la montée en puissance des musiques populaires dans les années 70 et de la nécessité d’améliorer les conditions d’accueil de publics de plus en plus nombreux. C’est sous le Ministère de Jack Lang qu’a été mise en œuvre cette politique de conception de salles de grande capacité située à l'extérieur des villes. Un premier prototype a été réalisé, le Zénith de Paris, rejoint ensuite par 17 équipements, constituant ainsi un réseau de salles spécialisées de grande capacité qui aurait en France « dopé de 20 à 30% l’économie du spectacle depuis 20 ans » selon le candidat au renouvellement de sa DSP, Daniel Colling qui s’exprimait ainsi dans le cadre d’un colloque organisé à l’occasion des 30 ans des Zénith – colloque du 10 octobre 2013 dont les actes ont été publiés. Ces actes méritent d’être lus ou survolés tant les témoignages sont nombreux et précis, dont notamment ceux de candidats actuels à la DSP du Zénith de Nantes Métropole, et ceux de l’adjoint à la culture de la Ville de Nantes du précédent mandat, Jean-Louis Jossic.

Ainsi, le positionnement des Zénith dans la filière musicale est précis et cadré, pour éviter les abus de position dominante, et garantir une forme de neutralité de l’exploitation, « afin de conserver, dans l’esprit du service public, la possibilité à tous les producteurs et organisateurs de présenter leurs manifestations dans des conditions commerciales et techniques identiques » indique le cahier des charges qui précise également que « l’exploitant de la salle ne pourra pas imposer des prestations qui relèvent de la production, notamment l’émission et la diffusion de la billetterie » ou que la salle doit être « gérée par une personne morale commerçante de droit privé qui aura pour objet exclusif la gestion de ladite salle, à l’exclusion de toute activité de production ou de diffusion de spectacles ». Le cahier des charges indique également des seuils de participation financière autorisée pour les groupes de sociétés ayant des activités différentes dans le spectacle.

Tout ceci n’est pas sans importance au regard du contexte actuel de repositionnement dans le spectacle des industries de la musique, et des phénomènes de concentration en cours et de ce fait au regard des candidatures reçues par Nantes Métropole.

Qui sont les candidats à la gestion du Zénith de Nantes ?

Revenons donc à nos candidats. Pour exploiter et gérer son Zénith, Nantes Métropole a reçu trois candidatures, et pas des moindres ! On dit que la filière musicale est en pleine mutation. Bienvenu dans le monde des multinationales, des groupes financiers, des cotations boursières et des stratégies de concentrations horizontales et verticales.

La plus spectaculaire des candidatures est probablement celle de Live Nation en association au groupe Lagardère. Live Nation est un groupe américain implanté en France depuis quelques années. Il est issu d’une subdivision de la multinationale de la communication et de la publicité Clearchannel, numéro un mondial de la production de concerts. Live Nation, selon Les Echos, pèse « 47 fois plus lourd que le premier acteur français du secteur ». Le groupe possède aujourd’hui 255 salles et 75 festivals dans le monde, dont le nouveau festival parisien Lollapalooza ou encore ou le festival Download, concurrent direct du Hellfest. En savoir + sur Live nation à travers un article du Parisien ! Le groupe Lagardère est aussi une multinationale de la communication et des médias. Son unité Live Entertainment a été créée au printemps 2011, et a racheté plusieurs salles de spectacles parisiennes ces dernières années.

Celle de Fimalac est moins surprenante, étant déjà positionné sur le marché des salles de grande capacité à travers sa société SPass. En effet, Fimalac est une holding détenue à 100% par le milliardaire Marc Ladreit de Lacharrière qui, en quelques années, est devenu incontournable dans le marché du spectacle en France, à force d'acquisitions… d’abord de la société Véga en 2010, qui gère un parc important de salles de spectacles, de salles multifonctionnelles, d’équipements sportifs et de loisirs, de parcs des expositions,… puis en 2011, de 40 % du groupe Barrière qui propose plus de 2700 spectacles et animations par an dans ces hôtels et casinos – position qu’il conforte depuis à travers le rachat d’une douzaine de sociétés de production de spectacles, dont Auguri, dès 2011, Deb jam (Jammel Debouze), Anteprima (Ibrahim Maalouf). Par ailleurs, Fimalac est propriétaire de services de billetterie et de nombreux médias web, tel Allociné ou Pure people. Il est aussi le principal actionnaire d’une agence de notation financière, Fitch. Fimalac se pose en défenseur de « l’exception culturelle à la française » (La Scène) et défenseur de la diversité culturelle (Les Echos), considérant selon les mots d’Olivier Hibal (Président de 3S filiale Entertainment de Fimalac), lors du colloque d'octobre 2013, que « la concentration (…) évoqué systématiquement autour du groupe Fimalac (…) est un faux problème ». En savoir plus sur Fimalac à travers un article de la Scène.

Ce n’est pas l’avis de Daniel Colling, co-concepteur du programme Zénith au côté de Jack Lang dans les années 80, et gérant actuel du Zénith de Nantes Métropole à travers une société dédiée, filiale du groupe SP Colling. Il exploite par ailleurs le Zénith de Paris et depuis peu celui de Toulouse dont la DSP a été obtenu face à une candidature de Fimalac. Daniel Colling n’est pas un inconnu dans le paysage du spectacle et de la musique en France. Co-fondateur du Printemps de Bourges - qu’il a vendu en 2015 à Morgane Production et au Télégramme de Brest, il a débuté dans les années 70 comme tourneur de Ferré et producteur d’Higelin. En 2009, alors qu’il sortait de 7 années de présidence du CNV, il lança le salon MAMA qui aujourd’hui s’est imposé comme le nouveau rendez-vous de tous les professionnels de la musique, gros et plus petits.

Précisons d’ailleurs que depuis 2015, la filiale de SP Colling qui gère le Zénith de Nantes Métropole est adhérente du Pôle de coopération pour les musiques actuelles en Pays de la Loire. C’est à noter, car Le Pôle est, à priori, le seul réseau régional de musiques actuelles à compter un gestionnaire de Zénith parmi ses adhérents, celui-ci ayant également accepté de jouer le jeu de l’observation participative et partagée du spectacle vivant en 2012 et 2016.

Concernant les DSP de Zénith, Daniel Colling se pose en garant des principes vertueux de séparation des activités de production et d’exploitation des Zénith contre les risques de concentrations verticales. En effet, il considère que « si l’exploitant produit, il devient concurrent de son client ».

Concentration verticale et horizontale

Communément on distingue deux formes de concentrations dans le monde des entreprises : horizontale et verticale.

Ici, la concentration horizontale s’opère lorsque que plusieurs salles de grandes capacités sont gérées par la même société. Cela lui permet de réaliser des économies d’échelles qui ne sont pas neutres, notamment pour les collectivités locales qui souhaitent voir les lieux exploiter de la façon la plus efficace possible. On peut aussi considérer que la détention de la majorité des canaux de distribution par quelques sociétés, comme c’est par exemple le cas dans le cinéma, risque d’avoir un effet dévastateur sur la diversité des modèles de production, et que finalement peu de producteurs de taille intermédiaire peuvent survivre à de telle situation. C’est en tous cas, ce qui était craint par Jean-François Burgos (FNCC) qui se risquait à une comparaison avec le cinéma lors du colloque de 2013 affirmant ainsi : « La concentration a une influence sur le produit ».

Et lorsque la stratégie d’une entreprise associe les deux formes de concentrations ?

La concentration verticale, ici, s’opère lorsqu’une société se positionne à la fois sur la production, la commercialisation des spectacles et l’exploitation des lieux, à travers notamment la constitution d’un groupe. C’est cette concentration verticale que dénonçait, toujours lors du colloque de 2013, Michel Martin, corédacteur du cahier des charges, ancien conseiller du Fonds de Soutien Chanson, Variétés, Jazz (ex-CNV), directeur d’exploitation du Zénith de Paris et de celui de Nantes : « Le groupe Fimalac s’articule autour d’un producteur, et d’un producteur qui détient un nombre extrêmement important d’artistes, et que le danger n’est pas lié forcément à la concentration de services, mais lié à la monopolisation de la production dans un réseau de salles qui deviendrait de ce fait hégémonique ». En réponse, le phénomène était relativisé par Olivier Hibal qui affirmait qu’une telle concentration « n’est pas brimante (pour l’artiste). (Car) quand un artiste veut tourner il choisit son circuit, il lui est proposé par le producteur, mais ce n’est pas un groupe comme nous (Fimalac) qui va dicter le fonctionnement à un producteur ».

Les enjeux de Nantes Métropole

La décision de Nantes Métropole, selon Michel Troadec (Ouest-France) devrait s’opérer fin mars, début avril. Les cartes sont donc aujourd’hui dans les mains de Johanna Rolland, sa Présidente. On comprend que les enjeux de la DSP du Zénith de Nantes Métropole dépassent strictement les problématiques du territoire. Pour autant, il semble utile de comprendre les critères de Nantes Métropole pour déterminer son choix.

Le rapport de présentation de la DSP pour l’Exploitation du Zénith nous éclaire sur les enjeux de cette nouvelle DSP pour la collectivité locale. Bien évidemment, même si il arrive en dernier dans le document, l’enjeu financier est important puisque Nantes Métropole souhaite percevoir « une recette en redevance au moins équivalente à celle perçue lors du précédent contrat, par le maintien voire l'augmentation du chiffre d'affaires du délégataire ». Le Zénith de Nantes a une capacité de 9 000 spectateurs dont 4 900 en places assises. Avec plus de 300 000 spectateurs par an, il génère une redevance de plus de 700 000 euros chaque année au profit de Nantes Métropole.

Mais par ailleurs et peut-être prioritairement, Nantes Métropole semble vouloir articuler au mieux des objectifs de rayonnement et d’attractivité de la métropole à travers le maintien de son Zénith dans les premiers rangs des grands équipements privés de spectacles en France (« manifestations d'envergure », « recherche de productions de dimension nationale et internationale », « prospection intensive »), et des objectifs de complémentarité et de partenariats durables vis-à-vis de l’environnement professionnel local, et des équipements comme la Cité des congrès, ou les salles de musiques actuelles. En effet, « le Zénith fait partie d’un tout ! » rappelait les participants au colloque de 2013 : « Les politiques territoriales ont développé un ensemble de dispositifs et d'équipements en faveur de la musique et le Zénith doit trouver sa place dans cette construction, en complémentarité, en spécificité avec ces structures et salles de toutes tailles ».

Et en effet, comment ne pas être attentif à cette dimension à l’heure où Nantes revendique son histoire « rock » à travers l’exposition au Château des ducs, une histoire qui s’appuie aussi sur un écosystème pluriel d’artistes, de producteurs, de lieux et de prestataires dont la diversité et la dynamique positive sur le territoire dépendent de la qualité des relations et des pratiques qui s’instaurent entre les uns et les autres, du lieu labélisé SMAC aux salles de diffusion de la périphérie, en passant par les festivals, les cafés-concerts, les producteurs indépendants, et bien sûr aussi par un lieu tel qu’un Zénith. Un écosystème large qui permet à une filière professionnelle de vivre, mais qui peut également se trouver fragilisé par les pratiques en cours au sein de cette même filière… D’où des garde-fous.

 

 

filière musicale Zénith Politique culturelle ZENITH NANTES METROPOLE

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