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Entrepreneuriat dans la musique

Quelles spécificités et quels enjeux ?

La 2e édition du Forum Entreprendre dans la Culture en Pays de la Loire se tiendra le 22 mars 2018 au Mediacampus à Nantes. Ce forum mobilise des acteurs et témoins d'une dizaine de filières régionales : Livre, Cinéma, Patrimoine, Artisanat, Arts Visuels, Médias, Jeux vidéo... Mais qu'en est-il spécifiquement dans la musique ? A partir de repères chiffrés et d’avis de professionnels du secteur, décryptons la réalité et les enjeux de l’entrepreneuriat musical aujourd'hui.

Pour commencer, quelques chiffres...

640 000 personnes pratiquent la musique dans les Pays de la Loire. Face à cet engouement, les musiques actuelles représentent aujourd’hui 2 500 emplois, plus de 1 000 structures, parmi lesquelles 350 organisateurs de concerts (festivals, salles, organisateurs sans lieu fixe), 240 discothèques, bars-dansants ou cafés-cultures, plus de 50 structures de production et développement d’artistes, 10 disquaires indépendants, 23 fabricants d’instruments, une cinquantaine de commerces de vente et de location d’instruments, mais aussi plus de 150 prestataires : 280 écoles de musique, 110 studios, une dizaine de structures de formation et des médias spécialisés. Dernières ces données générales, quelles sont les réalités de l'entrepreneuriat dans la musique, les enjeux et les spécificités ?

Polyvalence et pluridisciplinarité

Olivier Tura, lors du débat « L’entreprenariat culturel : mythes et réalités… » des RDV du Pôle de mai 2015 à Nantes

Les premiers entrepreneurs dans la musique sont ceux qui décident d'essayer d'en vivre, les musiciens. Et les artistes aujourd'hui doivent faire preuve d'une forte polyvalence au cours de l'évolution de leur carrière. C'est ce que nous explique Olivier Tura, directeur de Trempolino (Nantes) qui accompagne et forme les musiciens entrepreneurs, notamment à travers l’incubateur mis en place pour les musiciens émergents. Selon lui « les carrières des musiciens sont de plus en plus discontinues. Les musiciens rentrent et sortent plus facilement du régime de l’intermittence. Ils abordent leur carrière différemment, à travers un projet artistique plus qu’un projet de groupe ». De ce fait, les musiciens ont davantage besoin de polyvalence technique, instrumentale et artistique, ce qui les amène alors à développer leurs compétences. « Cette diversification d’activités existait auparavant mais elle était souvent vécue comme une contrainte par les musiciens. Aujourd’hui, elle amène les musiciens à une logique entrepreneuriale, avec la construction d’un modèle économique et la proposition d’une offre pour différents marchés ou segments de marché ». Pour Marc Martinez, gérant et co-fondateur de la Coopérative Oz, les choses sont claires : « les secteurs culturels sont économiquement dévastés et reposent en grande partie sur l'action publique qui, à son sens, ne constituent pas un marché à proprement parler. Cela oblige à développer une stratégie efficace et porteuse basée pourtant sur une logique de multi-activités ». Par ailleurs, selon Olivier Tura, il existe une différence générationnelle assez prégnante : « les musiciens d’aujourd’hui se définissent avant tout comme artistes, car ils développent des activités qui ne sont pas strictement musicales, à l’image de projets audiovisuels ou d’activités graphiques ».



Marc Martinez, lors d'un l'atelier sur les ressources pour les porteurs de projets, lors des RDV du Pôle de mai 2015 à Nantes

Le sens des projets !

L'entrepreneuriat dans la musique, c'est aussi le développement de projets qui font sens et qui mobilisent des passionnés. Vianney Marzin, directeur du Pôle de coopération pour les Musiques actuelles en Pays de la Loire, constate que beaucoup d’entrepreneurs musicaux débutent leur métier par passion, sans mettre forcément le mot "entrepreneur" sur leurs activités. « Leur objectif est surtout de développer un projet artistique ou culturel qui fait sens pour eux, ce qui les amène ensuite à développer des compétences entrepreneuriales sans en avoir véritablement conscience ». Pour lui, l’entrepreneuriat culturel peut être défini de façon large « Il s'agit essentiellement d’exercer une activité tel un chef d’orchestre, en prenant des initiatives et en faisant des choix stratégiques. D'une certaine façon, la première forme d’entrepreneuriat dans la culture, c’est de motiver des proches ou des collègues pour former une communauté de compétences autour d’un projet, sans que cela soit nécessairement une véritable équipe professionnelle » explique Vianney Marzin.

« L’entrepreneur peut
être amené à développer
des activités moins
artistiquement ancrées
que celles qu’il imaginait »

Ensuite, ces entrepreneurs doivent construire un modèle économique et deviennent de véritables chefs d’entreprise. Pour Marc Martinez, en effet « le porteur de projet culturel développe initialement des compétences basées sur des motivations différentes de celle de la rentabilité ». Mais au sein de l’incubateur Oz, dans la « mise en entreprise de l’activité créative », Marc Martinez note que « la première réaction chez un entrepreneur est la perte de sens, car l’entrepreneur peut être amené à développer des activités moins artistiquement ancrées que celles qu’il imaginait ».

 

Prise de risque et changement de posture

Toute la problématique de l'entrepreneur créatif ou de l’artiste-entrepreneur consiste à structurer son activité et acquérir des compétences en tenant compte des enjeux économiques, ce qui peut l’amener à un changement de posture. « Quand on est dans une posture d’artiste ou de créateur, on ne se pose pas forcément la question de la rentabilité, bien heureusement. Mais quand un entrepreneur commence à réfléchir à l’économie de son projet, avec le but d'en vivre, il doit penser différemment son activité, en structurant une offre commerciale adaptée à la demande : une entreprise artistique et culturelle dépendra donc d’éléments de notoriété mais aussi de sa capacité à décliner une activité pour avoir un flux permanent » indique Marc Martinez.

Car ce qui définit l'entrepreneuriat culturel, c'est aussi la prise de risque. « Dans nos coopératives, tous les membres sont entrepreneurs. Oz par exemple est une SARL SCOP constituée à l'origine par deux entrepreneurs qui ont investis plusieurs milliers d'euros (environs 40 000 euros de fonds privés à la création), cela rend très claire la réalité d'entrepreneurs pour ceux qui s'engagent, on a moins d'interrogations quant à la définition » plaisante Marc Martinez. La coopérative Oz propose un statut permettant d'éprouver cette posture d'entrepreneur avant de se lancer dans des investissements « Dans une CAE, l'incubateur est plus qu'un parcours de formation, c'est un outil administratif reconnu par l'Urssaf. Les entrepreneurs bénéficient d’une assurance professionnelle. Cela permet de tester son activité en étant hébergé juridiquement. C'est une solution concrète et structurante qui sécurise la prise de risque ». Le but est de générer une première activité et une clientèle permettant de convaincre les partenaires économiques de l'entreprise.

Pour Vianney Marzin « Le tissu régional a aussi besoin de bons gestionnaires qui travaillent et prennent des risques avec et pour les artistes, afin de soutenir les musiciens sur des pans spécifiques de leurs activités, et leur permettre de construire leur carrière et leur notoriété. Si les artistes développent une pluriactivité et montent en compétences d'un point de vue entrepreneurial, ils ont aussi besoin de s'appuyer sur d'autres entrepreneurs, avec qui ils vont pouvoir collaborer en confiance sur certains pans d'activité, comme les structures de production et de développement d'artistes ».

Du collectif pour sortir de l'entre-soi !

La principale qualité de l’entrepreneur culturel est alors de faire preuve, plus que d’autres entrepreneurs encore, d’une certaine forme d’agilité sans se disperser, ni se fourvoyer dans de fausses opportunités. Pour Marc Martinez « Cela nécessite de sortir d’un entre-soi pour aller à la rencontre d’autres typologies de clients, dans des secteurs différents ». Et en cela, le collectif peut s'avérer une force. Pour Olivier Tura, « le sens collectif a toujours existé dans la musique, mais aujourd’hui, ce sont avant tout des individualités dans des collectifs. Pour lui, il y a une plus grande autonomisation et individualisation du musicien et des carrières, se concevant avec des collectifs plus informels et plus ponctuels : collectifs d’artistes, rencontres artistiques, rencontres économiques ou entrepreneuriales ». Pour Marc Martinez « L'action collective est nécessaire pour diffuser l'entrepreneuriat culturel sur un marché plus large, mais à condition que ce soit un collectif d’entrepreneurs issus de secteurs différents, pensant développement économique et non uniquement collectif artistique ». Pour lui « le marché culturel est en réalité un marché de l’innovation qui amène les artistes ou créatifs à déployer des propositions, peu ou non identifiées par ceux auxquelles elles s'adressent. Il n'y a que collectivement que l'on réussira à convaincre des entreprises de travailler avec nous sur de nouvelles méthodes de management liées à la créativité de leur salariés, par exemple. Je ne crois pas à un marché de la culture mais bien plus au fait que l'entreprise culturelle a le potentiel d'intervenir sur tous les marchés. Nous revendiquons la notion de fertilisations croisées entre la culture et les autres secteurs.

« Le secteur musical ligérien
fourmille d'initiatives collectives
d'entrepreneurs musicaux »

C'est particulièrement en cela que l'entre-soi est antinomique de notre approche : être artiste ou créatif est une compétence métier, être entrepreneur, c'est un savoir-faire transversal ». Vianney Marzin nous rappelle que « le secteur musical ligérien fourmille d'initiatives collectives d'entrepreneurs musicaux qui cherchent à élargir leur spectre d'intervention et à construire des passerelles : le cluster de producteurs indépendants Phare Ouest, le Jazz est LA, le Moulin créatif… ».


Vianney Marzin, lors des RDV du Pôle de mai 2015 à Nantes

La compréhension du territoire et des filières

« Les projets artistiques
doivent se penser dans
un cadre plus général »

Au sein de l’incubateur de Trempolino, les musiciens peuvent acquérir les compétences nécessaires pour développer des projets sur des territoires spécifiques, et les adapter au développement économique de ces territoires. Selon Olivier Tura « les projets artistiques doivent se penser dans un cadre plus général, celui du territoire dans lequel le musicien travaille. Cela suppose pour lui une maîtrise du tissu économique des territoires et une capacité à créer des réseaux ». Prenant un exemple extra national, la ville de Gênes où une session de formation a été proposée dans le cadre de l’incubateur de Trempolino « La ville italienne accompagnant fortement les studios de jeux vidéo indépendants, si un musicien veut développer sa carrière là-bas, il devra probablement se former à la composition de musique de jeux vidéo ». Comme l’indique Vianney Marzin « un entrepreneur doit prendre le temps de se former, d'être attentif à l’évolution de son entreprise, de son environnement, pour anticiper. Pour cela, il peut s’appuyer sur différents réseaux qui se complètent, certains permettant de renforcer son ancrage territorial, d'autres assurant des liens à l’échelle nationale ou internationale. Ces espaces permettent aux entrepreneurs d'avoir une vision des enjeux de filière, des autres projets qui s'y inscrivent avec lesquels des collaborations sont possibles ». Un entrepreneur doit savoir prendre des initiatives, être réactif, mais aussi construire un réseau et des partenariats.

Article écrit par Françoise Henry @Kawen

Entrepreneuriat filière musicale

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Le Pôle de coopération des acteurs pour les musiques actuelles en Pays de la Loire est un réseau de compétences régional. Un réseau d’acteurs qui, fort de la mobilisation des structures musicales des Pays de la Loire, agit au carrefour du monde culturel, de l'économie et de la recherche. Expérimentation, concertation, observation, valorisation et appui aux initiatives, le Pôle permet aux structures musicales d’organiser leurs coopérations et de co-construire des politiques avec les collectivités territoriales, la Région des Pays de la Loire et les services de l’État.

Ayant l'intérêt général pour finalité, à travers le Pôle, les acteurs musicaux poursuivent les objectifs suivants : cultiver la diversité musicale, développer une filière économique et responsable, et anticiper les mutations sociétales. Concrètement, l'action du Pôle se traduit par 5 missions principales. Le Pôle ressource et accompagne les acteurs et les collectivités, les informe. Il anime les réseaux, facilite les échanges d'expériences. Il coordonne des chantiers thématiques et expérimente des solutions innovantes. Il observe et valorise l’écosystème musical des Pays de la Loire. Au plus près des initiatives et des collectivités, le Pôle favorise un dialogue nécessaire permettant de trouver collectivement des solutions face aux enjeux culturels, éducatifs, sociaux, économiques et politiques, auxquels tous sont confrontées. Co-Missionné par l’État et le Conseil régional des Pays de la Loire, l’action du Pôle est cogérée par ses adhérents. Ces membres actifs sont des personnes morales, actuellement près de 120 structures. Son conseil d’administration est à l’image de la diversité des musiques actuelles.

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