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Portraits croisés d'entrepreneurs !

Focus sur des projets musicaux en Pays de la Loire

L’entrepreneuriat culturel, et notamment musical, fait l’objet de nombreuses initiatives en Pays de la Loire et se veut de plus en plus innovant et créatif, à l’image d’Orange Platine à Angers, spécialisé dans la technique de l’improvisation, ou du Moulin Créatif à Montaigu, qui accompagne les projets de professionnalisation sur un modèle d’économie circulaire. Le Pôle présente parmi ses adhérents, sept entrepreneurs musicaux, afin de rendre compte de la réalité de leur parcours.

De l’idée au projet, comment naissent les activités musicales ?  

L’entrepreneuriat est souvent une découverte mais elle s’inscrit dans un parcours riche d’expériences et de travail en réseau. C’est l’idée d’une innovation ou la continuité d’un projet culturel existant qui anime leur volonté d’entreprendre pour pouvoir vivre de leur passion.  

D’une part, Quentin Martineau (Orange Platine) a toujours eu le désir de mener un projet commun avec son collègue Antoine Aupetit. « On croyait à la potentialité du rythme signé comme point de départ d’une activité économique » note-t-il. Pierre-François Caillaud, lui, vit sa première expérience d’entrepreneur. Il est le co-fondateur de Grabuge, un agenda-magazine gratuit distribué et imprimé tous les mois à 25.000 exemplaires en Loire-Atlantique et Vendée, une aventure lancée suite à la disparition du magazine Pulsomatic dans lequel il travaillait. Willy Durand et Armelle Pin, tous deux issus du milieu cinématographique, ont quant à eux créé Warm en Mayenne, structure du domaine de l’édition musicale – musiques de recherche et expérimentales -, l’édition littéraire et l’ingénierie culturelle cinématographique. Quant à Mathieu Marée, il créé Syncope Management au Mans en 1999 avec ses collègues musiciens, dans le but d’aider son groupe de musique à se structurer. Très vite, il proposera des prestations de développement artistique auprès de groupes de styles différents.


Julien Leroy, Cyclone Production, lors des RDV du Pôle de mai 2015 à Nantes

Et parfois aussi, l’entrepreneuriat est une longue histoire qu’elle soit collective ou individuelle. Damien Forget explique que le projet Moulin Créatif s'est inscrit dans la dynamique du collectif Icroacoa qui a permis à ce projet de voir le jour et de se structurer. Par la suite, Le Moulin Créatif a été créée dans le cadre d’un programme régional PTCE (Pôle territorial de coopération économique) pour répondre aux attentes de professionnalisation des membres Icroacoa. Julien Leroy connaît le secteur musical depuis de nombreuses années : de l’organisation d’événements musicaux à titre associatif, en passant des agences événementielles ou de productions, ainsi que des missions sur des festivals, il décide en 2009 de créer Cyclone Production à La Roche-sur-Yon, entreprise spécialisée dans le conseil, la vente de spectacles et la production de concerts de musiques actuelles. Passionné de son et de musique, Thomas Nédélec (Le Ferrailleur – Nantes) a commencé son parcours d’entrepreneur en 2000, en créant un studio d’enregistrement. Ses rencontres avec le milieu musical nantais lui ouvrent alors des perspectives : les prestations live en musiques extrêmes qu’il propose à l’époque lui donnent l’opportunité de monter une scène au Hellfest et par la suite de créer la salle de concerts Le Ferrailleur.


Damien Forget, Le Moulin Créatif, lors des RDV du Pôle de mai 2015 à Nantes

Les difficultés à surmonter des entrepreneurs culturels

Cette expérience d’entrepreneur n’est donc pas toujours évidente et elle nécessite du temps au départ pour appréhender les différents freins que peuvent rencontrer ces différents acteurs. Au lancement d’une activité, la réflexion sur le projet n’est pas toujours aboutie, souvent par manque de temps, comme en témoigne Pierre-François Caillaud chez Grabuge : « C’est une qualité et un défaut, on est partis tête baissée, sans trop réfléchir au projet. […] C’est maintenant qu’on envisage l’avenir. ». Chez Orange Platine, Quentin Martineau témoigne que « les seules limites au début de l’activité étaient nos limites personnelles, qu’on apprend à surmonter avec le temps et sur le terrain, en rodant son activité ».

C’est ainsi que les freins suivants peuvent être surmontés :

  • La crédibilité et la confiance vis-à-vis des banques, comme en témoigne Julien Leroy de Cyclone Production : « Les banques ne nous font pas toujours confiance. Nous pouvons être perçus comme des saltimbanques. L’accès au crédit est rare et le fait d’être sous statut de droit privé me prive énormément de subventions. ».  

  • Les entrepreneurs constatent aussi le manque de connaissance et de reconnaissance de leurs métiers. Pour Julien Leroy, « c’est une chance d’avoir des structures comme le Pôle qui se battent pour cette reconnaissance. De même, la création du cluster Phare Ouest, avec cinq autres producteurs des Pays de la Loire, nous a permis de nous faire connaître par des actions communes, telle que l’animation d’une conférence pour parler de nos métiers et nos initiatives ».

  • Le manque d’accompagnement et de formations administratives et juridiques est souligné par Mathieu Marée – Syncope – qui pense que : « Beaucoup d’associations disparaissent par manque de formation des administrateurs ou par manque de renouvellement des ressources, alors que leurs objets sont très intéressants et avec une véritable dynamique ».

  • Le manque de temps et d’accompagnement pour la construction de leur modèle économique. Pour Thomas, au Ferrailleur, c’est l’argent qui lui a fait défaut pour avancer : « Je pouvais demander des subventions mais je souhaitais rester autonome dans mon activité. Il y a eu des périodes compliquées et on a mis huit ans à stabiliser le chiffre d’affaires ».

Les incontournables de l’entrepreneuriat culturel

Force est donc de constater que les réseaux sont incontournables dans le parcours de l’entrepreneur. Ainsi, Warm se fait connaître au sein des réseaux du milieu cinématographique, mais surtout dans l’édition musicale et littéraire, en investissant les Pôles Mobilis et La Plateforme et par l’adhésion à un syndicat de labels indépendants. « C’est un work in progress en continu, nous allons beaucoup aux rencontres professionnelles car nous avons besoin de comprendre les filières », note Willy Durand. Syncope Management fait, lui, partie du cluster Phare Ouest : « On travaille ensemble pour réduire les coûts, valoriser nos compétences dans un projet commun et ça nous permet d’ouvrir des portes en termes de financement, et d’avoir plus de poids économique », témoigne Mathieu Marée.

La constitution d’un réseau professionnel est un élément essentiel dans le parcours de l’entrepreneur. Julien Leroy - Cyclone Production – considère « avoir eu la chance de travailler en tant que salarié pour des gens qui font le même métier, et d’avoir beaucoup appris au-delà des formations suivies. C’est un secteur où seul le bouche à oreille marche ». De même, il considère que son passage dans une pépinière d’entreprises l’a aidé, ainsi que les conseils du Réseau Initiatives en Vendée. Pour Thomas Nédélec au Ferrailleur, le fait de développer son réseau l’a amené à une nouvelle dynamique : « Si on ne faisait que du métal, je crois qu’on ne serait plus là ». Pierre-François Caillaud – Grabuge - n’avait pas suivi de formation en gestion avant d’entrer dans le dispositif, NMCube, incubateur de médias à Nantes, qui leur permet de suivre des formations et d’être conseillés : « Ça nous permet de repenser le projet ».

Même si les entrepreneurs d’Orange Platine possèdent chacun une formation ayant attrait aux métiers culturels, la coopérative Oz leur a ensuite permis de structurer leur activité et d’avoir un véritable accompagnement pour déterminer leur offre et lancer leur activité. Selon Quentin Martineau, « Oz porte des valeurs qui nous sont chères, celles de l’économie sociale et solidaire, de la collaboration et de la mise en réseau. La coopérative d’entrepreneurs Oz a une force certaine : ensemble, on peut construire des projets et profiter des réseaux de chacun ».

« Quand on monte une structure, il faut qu’elle nous ressemble... »

Riches de leurs expériences, les entrepreneurs livrent leurs conseils aux porteurs de projets désireux de se lancer dans le milieu culturel et musical. Pour Damien Forget, Le Moulin Créatif, il est nécessaire de s’entourer et de travailler les réseaux, très présents dans le milieu culturel. Savoir être patient semble aussi une qualité requise : Julien Leroy - Cyclone Productions – pense qu’il est nécessaire d’avancer très doucement, de bien maîtriser les aspects juridiques et ne pas commencer sans fonds de roulement. Pierre-François, chez Grabuge, donne le conseil de bien réfléchir à son projet. Pour lui, il faut « se remettre en question et faire des choix, trouver la meilleure solution pour le projet et parfois mettre son égo de côté ».Pour Willy Durand, il faut travailler son identité, s’affirmer artistiquement pour avancer et se faire reconnaître : « Les étiquettes un peu floues mettent du temps à être considérées. […] Les débuts sont chronophages. Mais à partir du moment où on développe l’idée choisie, c’est enthousiasmant et ce sont des aventures très fortes humainement ».

« Il ne faut pas avoir peur de l’engagement de soi. » exprime Damien Forget. Il est également important de parler du projet, de recueillir les avis et critiques. L’entrepreneur doit parfois faire un choix, comme le souligne Mathieu Marée – Syncope –, celui de créer une structure pour développer une esthétique et un territoire en s’appuyant sur les partenaires ou les collectivités - même si l’aventure est difficile –, ou faire le choix de la rentabilité. Pour Mathieu, « quand on monte une structure, il faut qu’elle nous ressemble. L’entrepreneur doit être intègre avec lui-même ».

« Créer de l’activité avant tout ! »

Les projets de développement sont nombreux chez les entrepreneurs interviewés et cela met en avant une des caractéristiques souvent présente chez les entrepreneurs culturels : la multi activité, à la fois dans la diversification des activités des structures et aussi dans les différentes activités des individus.

La stratégie d’Orange Platine est de s’ouvrir à des activités artistiques différentes pour avoir une pluralité de sources de revenus. « On développe beaucoup d’activités autour de la danse et du théâtre, mais aussi de l’ingénierie culturelle ». Actuellement, Damien Forget - Le Moulin Créatif – travaille sur le projet de ressourcerie culturelle et espère que celle-ci vivra pleinement de son activité avec une équipe dédiée. Damien, quant à lui, sera sans doute sur un autre projet : « Ce qui me motive, c’est avant tout créer de l’activité ». Pour fêter ses deux ans, Grabuge proposera une nouvelle version du journal papier et se développe sur le web, avec du contenu audio – vidéo et des podcasts, afin de toucher un public plus jeune. Mathieu Marée – Syncope- souligne qu’il est technicien son en parallèle de cette activité d’entrepreneur. « C’est ma vraie source de revenus. L’activité technique de Syncope nourrit l’activité artistique ».

« Être entrepreneur culturel, c’est une façon de vivre »

La réflexion de Damien Forget – Le Moulin Créatif – permet de se rendre compte de la réalité du secteur et d’ouvrir les débats : « J’entreprends dans la culture depuis 20 ans mais la culture ne m’a jamais rémunéré. Entreprendre dans la culture n’est pas toujours lié à une rémunération personnelle. Quand on entreprend, on va créer de l’emploi, mais pas forcément le sien ». Pour lui, un entrepreneur réussit à développer son projet « quand il trouve la bonne gymnastique entre les aspects créatif et économique ». Alors, comme le souligne Quentin Martineau, être entrepreneur, c’est une façon de vivre ?

Article écrit par Françoise Henry @Kawen

Pour vos témoignages et votre temps, merci à Quentin Martineau, Orange Platine | Damien Forget, Le Moulin Créatif | Julien Leroy, Cyclone Productions  | Willy Durand, Warm  | Thomas Nedelec, Le Ferrailleur  | Mathieu Marée, Syncope  | Pierre-François Caillaud, Grabuge.

 

Entrepreneuriat filière musicale Cyclone production Grabuge Le Ferrailleur Orange Platine Syncope Management WARM

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Ayant l'intérêt général pour finalité, à travers le Pôle, les acteurs musicaux poursuivent les objectifs suivants : cultiver la diversité musicale, développer une filière économique et responsable, et anticiper les mutations sociétales. Concrètement, l'action du Pôle se traduit par 5 missions principales. Le Pôle ressource et accompagne les acteurs et les collectivités, les informe. Il anime les réseaux, facilite les échanges d'expériences. Il coordonne des chantiers thématiques et expérimente des solutions innovantes. Il observe et valorise l’écosystème musical des Pays de la Loire. Au plus près des initiatives et des collectivités, le Pôle favorise un dialogue nécessaire permettant de trouver collectivement des solutions face aux enjeux culturels, éducatifs, sociaux, économiques et politiques, auxquels tous sont confrontées. Co-Missionné par l’État et le Conseil régional des Pays de la Loire, l’action du Pôle est cogérée par ses adhérents. Ces membres actifs sont des personnes morales, actuellement près de 120 structures. Son conseil d’administration est à l’image de la diversité des musiques actuelles.

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