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Observation > Veille documentaire

Bernard Latarjet pour le tiers secteur culturel

Sortie du rapport "Rapprocher la culture et l’économie sociale et solidaire"

Bernard Latarjet a publié un rapport intitulé « Rapprocher la culture et l’économie sociale et solidaire ». Il y dresse des constats, et s'inquiète de l'avenir du micro entrepreneuriat culturel qui serait menacé de disparition du fait d’écueils spécifiques au secteur et de la réduction des moyens. Il considère que nous traversons une "transition culturelle" et propose des pistes inspirées de l’économie sociale et solidaire pour répondre à l’émergence de nouveaux enjeux sociaux et territoriaux.
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Bernard Latarjet avait, il y a déjà plus d'une douzaine d'années, rendu un rapport sur le spectacle vivant en France, à la demande de Renaud Donnedieu de Vabres (Ministre de la Culture et de la Communication de 2004 à 2007). Aujourd'hui, à travers son rapport « Rapprocher la culture et l’économie sociale et solidaire » publié en partenariat avec le Labo de l’ESS (Économie Sociale et Solidaire) et avec le soutien de la Fondation Crédit Coopératif, il s'attache à donner de la visibilité et à rendre compréhensible la place des acteurs culturels qui ne relèvent ni du service public, ni de la lucrativité pure, le tiers secteur.

Les constats qu’il y dresse sont inquiétants. Selon lui « le micro entrepreneuriat culturel » serait menacé de disparition du fait de certains écueils du secteur culturel conjugués à la réduction des soutiens publics (subventions, contrats aidés). Face à cette situation, Bernard Latarjet propose 7 chemins au carrefour de la culture et l’économie sociale et solidaire. Il s’agit, dans l’esprit de la loi de 2014 et de la définition renouvelée de l’ESS (Économie Sociale et Solidaire) qu’elle établit, d’appliquer les valeurs et les pratiques qui la fondent afin que « l’inévitable transition culturelle » préserve et favorise, entre l’économie publique et l’économie de marché, « la troisième voie aujourd’hui occupée par le tiers secteur ».

L'ESS pèse dans la culture...

Aujourd'hui, le curseur bouge et il est beaucoup plus subtil d'identifier correctement les projets qui relèvent véritablement de l'ESS - nous ne pouvons plus nous contenter des statuts - suite à l'application de la Loi ESS du 31 juillet 2014, dite loi Hamon, et l’instauration d'un côté de l’agrément ESUS (entreprise solidaire d’utilité sociale) et de l'autre du Guide des bonnes pratiques. Le premier permet, en effet, à des entreprises qui statutairement ne relevaient à priori pas de l'ESS, de s'y associer. Et le second conditionne l’appartenance à l'ESS à l'instauration d'un guide de bonnes pratiques, même pour les structures dont le statut les classait automatiquement dans l'ESS.

Pour autant, certains n'ont pas attendu ces changements pour relativiser l’importance des clivages statuaires. Le Pôle s'y emploie à travers les typologies qu'il met en œuvre dans ses études. Les acteurs qui relèvent de l’utilisé sociale représentent une part prépondérante des projets culturels sur les territoires. C'est ce que nous démontrons régulièrement à travers nos études en Pays de la Loire, encore récemment à travers le Diagnostic partagé de la filière musicale en Pays de la Loire, ou la dernière Observation participative et partagée (OPP) du spectacle vivant en Pays de la Loire.

 

Ces observations récentes montrent le poids des associations et plus largement des initiatives relavant de l’utilité sociale ou de l’intérêt général dans le champ de la culture. Nous estimons que 60% des entrepreneurs de spectacle vivant des pays de la Loire relèvent de l’utilité sociale (OPP Spectacle vivant, le Pôle, données 2014). Concernant les musiques actuelles en Pays de la Loire, les structures qui relèvent de l’utilité sociale représentant 63% des projets, ces structures génèrent 29% des budgets et 21% de l’emploi permanent, soit la part la plus importante de l’écosystème musical des Pays de la Loire, mais également la plus fragile.

7 chemins à privilégier !

Revenons-en au rapport. Le constat dressé par Bernard Latarjet est peu ragoutant. Selon lui, le paysage culturel français pourrait se fracturer entre « un secteur public menacé de sclérose (…) s’adressant à l’entre soi (…) moins créateur de cohésion que de clivage », un tissu associatif « relégué dans un rôle d’animation de territoires et de populations (…) de plus en plus éloigné des ressources publiques et privées », « un entrepreneuriat créatif (…) soumis au marché et détaché des objectifs d’utilité sociale », un secteur de l’ESS « innovant mais fragile et condamné à la marginalité ». Si la typologie semble tirée à gros traits, les risques identifiées ne sont pour autant pas à mésestimer. Et les pistes de réponses sont inspirées d’initiatives qui irriguent nos territoires. ici aussi, les chemins évoqués feront échos aux travaux menés. En effet, Bernard Latarjet identifie « 7 chemins » qui permettraient de dépasser les obstacles liés aux caractères spécifiques du secteur culturels, mais qui nécessitent selon lui « le courage de réorienter une part des moyens existants » :

  • la formation à l’entrepreneuriat,
  • l’accompagnement (des porteurs de projets),
  • le développement des coopérations inter-entreprises,
  • la diversification des activités et des ressources,
  • l’évaluation de l’utilité sociale des projets culturels,
  • l’élargissement de la diffusion et l’internationalisation des échanges,
  • l’adaptation des outils de financements privés.

Des obstacles à lever pour les acteurs et la puissance publique…

Une partie des obstacles viendraient des acteurs : « la résistance idéologique des acteurs dont beaucoup sont des artistes qui rechignent à être considérés – et a fortiori à se considérer – comme entrepreneurs, le terme restant imprégné, à leurs yeux, d’une connotation trop marchande », ou encore celui de « l’individualisme (…) qui s’oppose aux démarches collaboratives ».

Une autre partie des obstacles interrogent la puissance publique, le manque de transversalité, de compréhension de la réalité des fonctionnements des entreprises culturelles, et d’attention vis-à-vis des potentialités offertes par certaines innovations culturelles, sociales et économiques. Bernard Latarjet évoque « la méconnaissance de la place et du rôle de ses entreprises (culturelles) par les instances nationales et régionales de l’ESS et, parfois, par les autorités politiques et, réciproquement, l’ignorance par une majorité des entreprises du tiers secteur culturel des voies et des moyens offerts par l’ESS », ou encore « l’incompatibilité des organisations administratives verticales (…) avec la logique des transversalités, des hybridations, des mises en commun (tiers lieux, projets de territoire, groupements d’acteurs) qui fomentent les innovations culturelles, sociales et économiques, et portent la capacité des réponses de la culture aux enjeux d’aujourd’hui ». L’un des obstacles identifié correspond à la situation paradoxale qui consiste à souhaiter de la part des acteurs une gestion permettant de limiter « le risque lié à l’incertitude de toute économie de projet artistique et culturel », tout en étant « dissuader (…) de soutenir des initiatives apparaissant comme trop commerciales ».

Face à risque de bipolarisation, une meilleure prise en compte du tiers-secteur culturel !

A travers les études du Pôle, nous avons souvent pointé le phénomène de double concentration des moyens, côté "public" et côté "privé". Ici, le constat est le même. Bernard Latarjet dénonce un risque de « bipolarisation accrue entre institutions publiques et industries rentables ». Il défend "le tiers secteur" comme « à même de préserver (…) la diversité des offres, la densité du maillage territorial et la mise en œuvre exigée par la loi, des droits culturels ». Et considère que « les expériences observées prouvent que les savoir-faire qu’elles révèlent sont désormais au cœur de l’innovation sociale ».

Alertant sur « la fragilité structurelle des acteurs », regrettant que les « politiques culturelles publiques aient (…) délaissé l’ambition émancipatrice au profit des institutions (… et) privilégié l’excellence artistique et sa diffusion ». Bernard Latarjet estime qu’il « revient à l’Etat, aux collectivités territoriales, aux fédérations professionnelles, aux instances de l’ESS de valoriser le rôle culturel, social, territorial, économique du tiers secteur et de co-construire les politiques adaptées dans un mouvement ascendant s’appuyant sur les opérateurs locaux et privilégiant l’échelon régional ». Pour lui, il ne s’agit pas ni de forcer l’art et de la culture à se couler dans le moule de l’ESS ni, au motif d’une dégradation des contributions publiques, d’encourager, via l’ESS, une marchandisation de ses activités de production et de diffusion. Il s’agit de préserver et de favoriser entre l’économie publique et l’économie de marché, une troisième voie.

 

 

 

 

Economie Sociale et Solidaire

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Ayant l'intérêt général pour finalité, à travers le Pôle, les acteurs musicaux poursuivent les objectifs suivants : cultiver la diversité musicale, développer une filière économique et responsable, et anticiper les mutations sociétales. Concrètement, l'action du Pôle se traduit par 5 missions principales. Le Pôle ressource et accompagne les acteurs et les collectivités, les informe. Il anime les réseaux, facilite les échanges d'expériences. Il coordonne des chantiers thématiques et expérimente des solutions innovantes. Il observe et valorise l’écosystème musical des Pays de la Loire. Au plus près des initiatives et des collectivités, le Pôle favorise un dialogue nécessaire permettant de trouver collectivement des solutions face aux enjeux culturels, éducatifs, sociaux, économiques et politiques, auxquels tous sont confrontées. Co-Missionné par l’État et le Conseil régional des Pays de la Loire, l’action du Pôle est cogérée par ses adhérents. Ces membres actifs sont des personnes morales, actuellement près de 120 structures. Son conseil d’administration est à l’image de la diversité des musiques actuelles.

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