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07 juin 2018

LA RNT (dab+) SE DEPLOIE EN PAYS DE LA LOIRE

Quels risques et opportunités pour nos radios locales ?

Nous vivons un tournant pour la radio numérique terrestre (RNT) en France, à travers le déploiement de la norme dab+. En retard sur nos voisins européens, malgré un quasi-consensus sur les opportunités que représente ce mode de diffusion, le CSA accélère sur ce dossier en réduisant son calendrier d’attribution des créneaux de diffusion. En Loire-Atlantique et en Vendée, les jeux sont faits depuis janvier dernier. En Sarthe et en Maine-et-Loire, un appel à candidature paraîtra en juillet 2019.

Avez-vous déjà entendu parler du dab+ ? Pas vraiment. La RNT ? Certainement un peu plus. En Pays de la Loire, les radios, elles, connaissent bien, notamment à Nantes où le Groupement des radios associatives de la métropole (Gram)1 a expérimenté depuis 2010, la diffusion numérique hertzienne à partir d’un pylône de 26m installé au Sillon de Bretagne. Il s’agissait indiquait Pierre Boucard (Sun) à Ouest-France « d’accompagner les radios associatives locales sur la voie de la numérisation, en leur permettant de garder la maîtrise de leur installation ». Belle anticipation qui leur permet, aujourd’hui que le mouvement s’accélère, d’aborder le virage sereinement.

1- Alternantes, Euradio Nantes, Fidélité, Jet FM, Prun' et Sun

Dab+, RNT, qu’est-ce que c’est ?

 

Tout d’abord, le dab+, pour Digital Audio broadcasting, est le nom d’un standard de diffusion de la RNT (Radio numérique terrestre) privilégié actuellement  en Europe. Le système permet la diffusion numérique de programmes radiophoniques, via les ondes hertziennes. Techniquement le dab+ va rendre possible l’augmentation significative du nombre de radios sur les ondes, le maintien d’une qualité sonore sans bruit de fond ou grésillement (même en déplacement), le maintien de la continuité d’écoute en mobilité, l’enrichissement des programmes de données associées. Par contre, le système nécessite l’utilisation d’un nouveau récepteur adapté par rapport à nos récepteurs analogiques FM.

Est-ce que le dab+ va remplacer la FM ?

Selon le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) « Le dab+ occupe la bande de fréquences VHF (…) qui était utilisée par la télévision analogique, avant l’avènement de la TNT en 2005. Cette bande s’étend sur la plage 174-223 Mégahertz (MHz), tandis que la bande FM est située sur 87-108 MHz ; les deux technologies DAB+ et FM sont donc complémentaires l’une de l’autre : il n’est pas nécessaire de libérer la bande FM pour déployer le dab+ ». Si dans certains pays la diffusion FM a été abandonnée, en France, on envisage a priori une cohabitation des deux modes de diffusion.

La France en retard sur ses voisins…

 

En France, la RNT s’est propagée beaucoup moins vite que chez nos voisins européens que cela soit du point de vue de la couverture du territoire ou du nombre d’équipements récepteurs. Mais petit-à-petit, elle devrait s’avérer incontournable, et le logo dab+ nous deviendra probablement très familier. Pour le moment, la transition est lente. « Ce qui n’est pas sans représenter un coût pour les radios qui doivent payer dans cette phase de transition deux modes de diffusion au lieu d’un seul » précise Valentin Beauvallet de la Fédération des Radios Associatives des Pays de la Loire (FRAP) qui a animé un atelier sur le sujet lors des derniers Rendez-vous du Pôle du Mans. Par ailleurs, le seuil de 20% de couverture du territoire n’étant pas encore atteint, les constructeurs n’ont pas encore l’obligation d’équiper les récepteurs - pour les autoradios par exemple. Donc pour l’instant, en France, il y a peu de récepteurs. Cela devrait évoluer rapidement puisque le seuil des 20% sera passé avec certitude dès 2018.

Le CSA se charge de donner un nouvel élan au dab+

C’est le CSA qui est charge de donner « Un nouvel élan pour le dab+ ». Sa stratégie a été revue fin 2017 suite à une consultation des parties-prenantes. Elle est exposée dans un communiqué paru en décembre dernier qui précise les modalités de mise en œuvre dans un calendrier plus resserré que celui prévu initialement. Il semble que le déploiement du dab+ soit soutenu par une large majorité d’acteurs locaux ou nationaux même si certains grands groupes radiophoniques privés expriment encore des réserves et semblent freiner des quatre pieds. Avec le plan « Des nœuds et des arcs », l’objectif du CSA est désormais de faire « vite et viable », c’est-à-dire de « mener à bien dans les trois ans (2018-2020) une première phase de déploiement du DAB+, partielle mais économiquement saine, restreinte aux zones les plus denses du territoire, les nœuds, et aux grands axes autoroutiers et routiers qui les relient, les arcs ».

En 2020, le nombre de radios à Nantes aura doublé

 

Pour comprendre le déploiement du dab+, le territoire français métropolitain est découpé en zones géographiques de diffusion pour lesquelles le CSA lance des appels à candidatures qui permettent de sélectionner les radios. Il y a au total 4 types de zones qui se superposent : les bassins de vie (au sens de l’INSEE), les zones « étendues » (+/- 2 ou 3 départements avec au moins une agglomération importante), et deux zones au niveau national. Pour chaque zone, un ou plusieurs multiplex rassemblant au maximum 13 radios chacun. Pour chaque multiplex, un appel à candidature. Globalement, cela va permettre de proposer beaucoup plus de radios sur chaque territoire.

Pour la Loire-Atlantique et la Vendée, on peut se faire une idée assez précise de ce que représentera le futur paysage radiophonique, car les allotissements ont été attribués pour les bassins de vie et la zone étendue de Nantes. En effet, en janvier 2018, le CSA a fait connaître la liste des 39 radios (3x13) qui seront diffusées en dab+ à Nantes et alentour, des 26 diffusées à Saint-Nazaire/Pornic et des 26 diffusées à La Roche-sur-Yon. 26 autres radios nationales viendront compléter l’offre à travers les deux multiplex qui couvriront l’hexagone. Pour Nantes, à termes, en 2020 selon le nouveau calendrier du CSA, nous devrions ainsi passer de 34 stations actuellement, à 65, soit presque le double. En Pays de la Loire, la couverture va s’étendre progressivement à partir des métropoles et grandes villes de la région : Angers, Cholet, Le Mans... En juillet 2018, le CSA lance un nouvel appel à candidatures pour sélectionner les radios qui seront diffusées sur ces bassins de vie. Le lancement de la RNT à Laval se fera plus tard (2020).

Quels risques et opportunités pour les radios ?

 

Au niveau des coûts de diffusion, si le dab+ remplace totalement la FM, les promoteurs du système arguent qu’il devrait permettre de réduire les coûts de diffusion, du fait des regroupements sur une même fréquence au sein d’un multiplex. C’est probablement vrai, mais durant la phase de transition par contre, phase durant laquelle les radios utilisent les deux systèmes, qui peut s’avérer longue, les coûts de diffusion sont quasi doublés. Par ailleurs, là où les acteurs étaient déjà organisés collectivement comme c’est le cas à Nantes avec le GRAM, le dab+ ne représente pas intrinsèquement une baisse de coût. Les chiffres sont significatifs dans un budget, puisqu’être diffusé en dab+ représenterait pour chaque radio +/- 5000 euros par an par multiplex.

La concurrence augmente entre les radios puisqu’il y a plus de radios proposées sur le même territoire. Cela va certainement influencer les partenariats, l’audience, etc. Dans le même temps, cela va permettre aux auditeurs de capter des radios qu’ils n’auraient pas eu l’opportunité de connaître. Et pour les radios locales, il peut finalement s’agir d’une opportunité avec une certaine émulation.  En effet, certaines radios locales vont ainsi en profiter pour élargir leurs zones de diffusion. Dans un contexte de saturation de la bande FM qui figeait les choses, le déploiement du dab+ permet de rebattre largement les cartes.

Ainsi, une radio comme SUN jusqu’à présent émise sur la bande FM à Nantes et Cholet, et en RNT à travers l’expérimentation du Sillon, va élargir son aire de diffusion en étant aussi diffusé à Saint-Nazaire, Pornic et La Roche/Yon. Idem pour Jet FM, la radio nantaise, dont le directeur Loïc Chusseau voit également dans le dab+ l’opportunité d’élargir l’aire de diffusion de la radio associative. Elle sera diffusée à Saint-Nazaire, Pornic et La Roche-Yon, en plus de Nantes, et postulera sur d’autres zones voisines. Loïc Chusseau explique « Sur certains territoires, il y a peu de radios associatives, et c’est donc intéressant de s’y implanter avec nos programmes. Nous chercherons une cohérence dans un bassin de vie large qui comprend à la fois les lieux de travail, de domicile, de loisirs et de vacances, de façon à ce que nos auditeurs puissent capter nos programmes à tout moment de leur vie. Au début, nous proposerons une copie du signal puis des programmes spécifiques avec bascule d’antennes, ce qui devrait faire l’objet d’une demande d’autorisation au CSA. Nous mènerons cette stratégie en cherchant les complémentarités et la mutualisation avec les autres radios associatives des territoires où nous nous implanterons, à l’image de ce que nous faisons actuellement à Nantes ». Des radios comme Alternantes (Nantes/St-Nazaire) ou Graffiti (La Roche/Yon) n’ont pas choisi d’étendre a priori leur aire de diffusion. Prun’ revient sur une aire qu’elle connaissait déjà il y a quelques années en FM, sur Nantes/St-Nazaire. Elisabeth Carré, la nouvelle directrice de Prun’ qui prend la suite de Josselin Couteau, explique « Jusqu'en 2006, Prun' était implanté sur les deux villes de Nantes et Saint-Nazaire, il nous semble donc cohérent de se déployer à nouveau sur le territoire nazairien. En tant que première radio universitaire nantaise, ce déploiement nous permettra de renforcer nos liens avec l'Université de Nantes, dont l'un de ses campus est situé à Saint Nazaire, tout en proposant une nouvelle offre radiophonique sur ce territoire ». Dans un autre registre, Euradio, va chercher à se positionner au niveau national, à travers une offre très spécialisée, complémentaire avec des offres locales ou d’autres programmes nationaux.

Quels sont les critères du CSA pour choisir les radios ?

 

Selon Loïc Chusseau aussi membre du Syndicat national des radios libres (SNRL) « Toutes les radios associatives de Nantes ont eu leur fréquence et ont bénéficié des fréquences demandées. Au niveau national, le SNRL n’a pas à déplorer d’adhérents qui se seraient fait squeezer. Par contre, là où l’offre locale était déjà importante, certaines radios qui cherchaient à s’implanter n’ont pas pu le faire ». Les choix du CSA se font dans le cadre de la Loi Léotard de 1986 relative à la liberté de communication, et doivent rendre possible une pluralité de l’offre radiophonique sur les territoires. Il semble donc que dans ce cadre, le souci du CSA soit de privilégier les radios déjà implantées, de maintenir un équilibre entre les différents types de radios (les locales associatives, les locales commerciales, les radios de réseaux, les thématiques, les généralistes publiques et privées), la viabilité des projets, la capacité à produire des contenus éditoriaux, la complémentarité des programmes.

Globalement, Valentin Beauvallet de la FRAP est assez confiant. « Ce changement va permettre de compléter les offres de programmes, de créer de l’émulation ». Par ailleurs, techniquement le dab+ est sécurisant pour les radios dans la perspective d’évolution des pratiques dans un écosystème numérique convergeant avec les réseaux mobiles 5G. L’ensemble est source d’innovation. Globalement, les incertitudes concernant le déploiement du dab+ sont en train d’être levées. La nouvelle Présidente-directrice générale de Radio France Sibyle Veil a déclaré devant son conseil d’administration, début mai (source : lalettre.pro) vouloir « offrir un univers de radio personnalisable et prescripteur auprès du plus grand nombre. La production de contenus innovants et adaptés aux nouveaux supports d’écoute (assistants vocaux, voitures connectées) permettra à Radio France d’être à la pointe de la nouvelle révolution numérique, celle de l’audio-son. (…) Radio France proposera à l’Etat de se positionner sur le numérique terrestre via le DAB ».

« Par contre, il y a des territoires où les radios n’ont pas anticipé leurs positionnements. Dans les territoires ruraux, certaines radios se situent au carrefour de zones dessinées à partir des agglomérations, pour celles-ci ce sera moins évident » précise Valentin Beauvallet. « Pour les radios très bénévoles qui ne donneront pas suffisamment de garanties en termes de viabilité ou de production de contenus, aussi ». Là où les choses ont été bien anticipées, les radios se projettent dans l’avenir, à l’instar des radios du GRAM qui, fortes de leur expérimentation depuis 2010, se projettent en tant qu’opérateur de diffusion gérant la diffusion d’un multiplex, soit de 13 radios pas forcément associatives. A suivre…

Jet FM FRAP Radio Prun' SUN

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