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Les « nouveaux » visages de la programmation

Portraits croisés de trois programmateurs en Pays de la Loire

Qu’ils soient jeunes programmateur.trice.s ou déjà expérimenté.e.s, de nouveaux visages viennent compléter le tableau des programmateurs musicaux en Pays de la Loire. Parmi ceux-ci, nous avons rencontré Étienne Kervella de Superforma et de la MJC Ronceray au Mans, Joanna du bar le Bras de Fer à Nantes, et Pierrick Vially de Pick Up Production. Ils nous expliquent leur parcours, leur vision du métier et de la place de la scène ligérienne dans leur programmation.

Pierrick, Joanna et Étienne ont déjà pour point commun, un agenda chargé. Difficile de trouver du temps pour un rendez-vous parmi leurs multiples activités. Être programmateur, c’est, en effet, faire de nombreuses choses en simultané. Leur dynamisme et leur capacité à multiplier les actions est une de leur caractéristique commune. Elle est loin d’être la seule. Ils ont entre 28 et 34 ans et nous dévoilent comment ils en sont arrivés à assumer cette fonction de programmation, et dans quels esprit ils le font au sein de leur structure respective.

Programmateur, qu'est-ce-que c'est ?

« La programmation,
c’est quelque chose
de participatif »

Pierrick est « chef de projet » sur l’activité hip hop de l’association Pick Up Production, organisatrice du festival Hip opsession et en charge du projet Transfert qui fait l'actualité cet été dans la métropole nantaise. Pour lui, « cela qui ne revient pas uniquement à être programmateur, c’est-à-dire quelqu’un qui va sur les événements écouter de la musique, voir des spectacles puis programmer ». Il y a toujours une dimension plus large à la programmation, notamment la coordination. « La programmation, c’est quelque chose de participatif ». Chacun d’entre eux s’entoure de personnes "ressources" qui travaillent dans des radios locales, des proches, des homologues... Ils ont d'ailleurs été autrefois ces personnes et participaient déjà à des réflexions et des logiques de programmations. Par exemple, Joanna programme souvent au Bras de fer avec des petites associations nantaises. Elle met en place des cartes blanches. Pour Étienne, les qualités indispensables pour faire de la programmation : « C’est à la fois de l’organisation et de l’anticipation, tout en étant très réactif. Mais il faut aussi être assez sensible à écouter les retours du public sur la soirée qu’ils ont passée et sur ce qu’il aimerait qu'on lui propose aussi ».

Au final, c’est quand même eux, les programmateurs, qui décident. Il faut incarner cette mission en fonction de sa personnalité. Cela semble important de personnifier cette activité. Leur personnalité et leurs goûts « transpirent et sont visibles dans ce qu’ils font ». Ils ont souvent une identité marquée : « Je ne me serais pas vu faire une programmation sur une autre esthétique que le hip hop » dit Pierrick. Leur approche reste toujours ouverte, accueillante et bienveillante. Pierrick évoque ses critères concernant la sélection de groupes locaux : « Moi, je me base sur trois critères : la qualité artistique, si j’estime que c’est intéressant et si j’estime que c’est prêt pour le live ; qu’il y ait une actualité musicale, une sortie de disque ou autre ; et la cohérence du plateau : que la première partie soit en lien avec l’univers de la tête d’affiche ». Joanna en ajoute un autre : « Pour moi ce qui compte vachement au niveau de la programmation, c’est l’humain : le feeling avec les artistes et le public ».

Statuts précaires et variés, formation "terrain" et autodidaxie

Ayant connu les statuts en contrats précaires, leurs parcours démontrent leur grande motivation et le côté passionnel du métier. Ils n’arrivent pas par hasard à leur poste : du bénévolat, des stages, des services civiques, des contrats d’avenir et des contrats aidés, ils sont tous passés par au moins un de ces statuts. Pierrick dans des structures plutôt associatives sur des festivals. Étienne, lui, manceau depuis toujours, a pu en bénéficier en variant ses missions au sein de la même structure. Pour Joanna, elle, a choisi de commencer en complétant son parcours avec un statut de micro-entrepreneur ou en créant ses propres associations. Un nouveau point commun : Ils viennent d’avoir un poste permanent dans lequel ils sont reconnus en tant que programmateur de façon officiel pour la première fois, bien qu’ils soient sur le terrain depuis bien longtemps déjà, ce qui leur permet d’être légitimes à occuper ce poste.

« L’expérience se fait sur le terrain,
sur les échanges d’expériences
avec des professionnels »

Ils se sont tous les trois formés sur le tas. Pour eux, « ça s’acquiert sur le terrain ». C’est à force de travailler dans l’organisation de concerts, d’y traîner, d’y être bénévole « qu’on apprend à lire une fiche tech, à savoir ce qu’est une DI et à négocier des contrats et des dates ». C’est de cette façon qu’ils ont acquis les techniques et les compétences nécessaires à la programmation. Pierrick parle de « formation autodidacte » et de « formation par les pairs », et affirme : « lorsqu’on arrive aux limites de nos compétences on travaille avec un directeur technique et d’autres collègues ». « Ce n’est pas un problème à partir du moment où tu sais où trouver des réponses rapidement et fiable autour de toi » complète-t-il. Pour Etienne : « Le diplôme oui, mais il y a toujours une hypocrisie : l’expérience se fait sur le terrain, sur les échanges d’expériences avec des professionnels ».

Leurs expériences en tant que bénévoles, services civiques et autres, leur ont aussi permis de voir les différentes facettes de l’organisation de concert : de l’accueil artiste, du catering, à la mise en place des balances en passant par la billetterie. Ils ont mis les mains dans le cambouis. Chacune de leurs expériences professionnelles passées déjà riches leur apporte : « J’ai vécu d’autres métiers qui me servent aujourd’hui à manager des équipes qui font ses actions là » dit Pierrick, et des formations aussi. Pierrick a un BTS de communication. Il décrypte et s’approprie les codes et les langages spécifiques des différents corps de métier. Son travail de chargé de l’action culturelle est également déterminant pour sa programmation. Cela lui apporte une réflexion poussée sur la notion d’accessibilité des concerts à tout type de public. Il en est de même pour Joanna pour qui avoir créé une agence d’événementiel écoresponsable a représenté un premier pas dans l'activité de programmation. Sa participation à des projets de salles londoniennes lui a aussi ouvert les yeux sur de plus larges questions. Elle intègre dans son travail les compétences qu’elle a acquises auparavant, notamment pour la négociation des contrats puisqu’elle travaillait dans les relations clients « fut un temps sur Paris ». Et, c’est aussi dans le quotidien de leur travail qu’ils se forgent : « Superforma, c’est un bon en avant pour appuyer et consolider mes compétences sur les négociations de cachets, d’ouverture de réseaux (...), toute cette vision globale que je n’avais pas avant ». 

Multi-activité et innovation

« la programmation c’est toujours
qu’une casquette parmi d’autres »

Ils ont le poste de programmateur mais pas que, ils ont tous un parcours qui les amènent à endosser d’autres rôles et missions complémentaires : « On est tous couteau suisse plus ou moins multitâches ». Une multi activité et des parcours variés qui nourrissent leur réflexion et leur approche de la programmation. Joanna, avec ses études de nutritionniste et de psychologie tourne sa réflexion autour du bien-être et de la santé au sein des lieux musicaux dans lesquels elle travaille. « Ce qui m’a amené jusque-là, c’était plein de petites expériences, j’ai jamais eu l’impression d’être juste à la programmation parce que il y avait plein d’autres facteurs, la programmation c’est toujours qu’une casquette parmi d’autres ». Elle n’est pas juste programmatrice. Elle est en charge du pôle événementiel, du pôle communication et de la partie restauration du lieu. Quant à Étienne, la question du jeune public et de sa réception est au centre de son questionnement puisqu’il est également chargé de l’animation jeunesse à la MJC Ronceray. Ce sont ces combinaisons, ces croisements qui font le cœur de leur métier « J’adore cet entre-deux » dit Etienne.

La créativité et l’innovation ne manque pas chez ces chargés de programmation qui ne se voient pas rester au même poste pendant des dizaines d’années. D’ailleurs, ils le disent, « il faut continuellement du renouveau ». Ils ne sont pas sûr de vouloir faire ce métier toute leur vie, pour pouvoir laisser leur place à ceux qui arriveront. Pierrick précise : « Au bout d’un certain temps, on n’a pas le temps de continuer à défricher des nouveaux groupes très émergents ; la jeunesse n’a pas les mêmes références musicales, et apporte peut-être plus d’attention à ce qui se fait en ce moment ». Pour le moment, eux ne manquent pas d’idée et de dynamisme : « des idées de projet innovant à venir avec Pick Up » pour Pierrick, mystérieux ; « explorer et aller vers une diversification de la programmation de l’Alambik » pour Etienne qui ajoute « dans le collectif, je suis le jeunot, je suis ravi d’apprendre plein de trucs » :; et pour Joanna, qui regorge d’envie et de proposition, « repenser un nouveau projet après le Bras de fer ».

Une inscription forte dans les scènes locales

« Quand je fais de la programmation, je ne travaille jamais seul » dit Pierrick qui complète :« Il s’agit de penser un festival et d’associer des partenaires ». Faire de la programmation c’est donc avoir une connaissance accrue de la filière et de sa structuration, de connaître les réseaux pertinents pour son projet ainsi que les structures ressources et ce, au niveau local comme au niveau national. La notion de coopération chez les programmateurs est très forte. Il faut savoir s’entourer et savoir à qui s’adresser pour pouvoir exercer ce métier. Certains expérimentent même des organisations de programmation collective, avec une participation à des collèges de programmation comme avec Superforma au Mans, structure au sein de laquelle a été intégrée l’activité musicale de l'Alambik. Pour Étienne « Cette convergence des structures au Mans a été une opportunité pour innover, tendre vers une programmation partagée et collective prenant en considération l’ensemble des personnalités et des lieux. Superforma : c’est une révolution, on apprend à travailler tous ensemble ». Être programmateur c’est aussi savoir où aller chercher des informations. Pour Étienne, c’est sur internet mais aussi sur des événements comme les Transmusicales ou le MaMA festival, c’est aussi se rendre à des événements locaux : des soirées à Stereolux, les BIS de Nantes, et Hip hop session.

« C’est une constante, c’est un devoir,
c’est une obligation, c’est un choix »

Pour chacun d’entre eux faire jouer des groupes locaux est indispensable. Pierrick martèle « C’est une constante, c’est un devoir, c’est une obligation, c’est un choix ». Il y a un gros travail de proximité avec la scène locale. Étienne ajoute « il y a toujours un groupe local en première partie ou des soirées dédiées au local pour une sortie de disque par exemple, une mise à disposition du lieu, de la salle ». Cette scène locale, il l’a connait bien. Il lui a d'ailleurs consacré un livre "Certifié Hip hop – 55 portraits hip hop en région Pays de la Loire", suite à son mémoire sur la scène hip hop ligérienne. Mais l’engagement ne s’arrête pas là pour Pierrick qui attache une grande importance à la condition des artistes : « On s’impose de rémunérer dans des conditions plus que convenables tous les artistes sur scène, y compris les plus amateurs ». Il y a également un aspect pédagogique sur ce point - Les programmateurs devant expliquer la réalité du contexte économique, et ce qui est à la fois réaliste et conforme à la légalité comme rémunération du travail des artistes dans le spectacle vivant.

 

La fonction de programmation est donc portée par des personnes dont le métier est pluriel, passionnant et frustrant. Pluriel car leurs parcours sont complexes et diversifiés : ce sont leurs expériences qui déterminent leurs manières d’appréhender les responsabilités et incarner le rôle de programmateur. Frustrant car parfois il n’est pas possible de programmer tous les artistes qu’ils souhaiteraient pour des raisons de calendrier, de conditions financières. Et passionnant car c’est un métier-passion dans lequel il est valorisant de se rendre compte qu’une confiance est donnée par une équipe pour pouvoir gérer cette fonction. Heureux de parler de leur métier, ils ont tous en commun un dynamisme et une énergie communicative et ils le mentionnent tous à leur façon : ce sont des projets autour de l’humain et des rencontres. « Il y a de l’artistique mais il y a du social, c’est au moins aussi important ».

Et sur leurs conseils, quelques dates à ne pas rater en attendant les programmations 2018/2019

  • 19 juillet au Bras de Fer : Altin Gun (Psych Turkish Pop) + Amazone
  • 27 juillet sur transfert avec un esprit block party événement hip hop et plein de surprises pour la saison à venir. Pierrick.

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1er & 2 septembre 2018
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Le Pôle de coopération des acteurs pour les musiques actuelles en Pays de la Loire est un réseau de compétences régional. Un réseau d’acteurs qui, fort de la mobilisation des structures musicales des Pays de la Loire, agit au carrefour du monde culturel, de l'économie et de la recherche. Expérimentation, concertation, observation, valorisation et appui aux initiatives, le Pôle permet aux structures musicales d’organiser leurs coopérations et de co-construire des politiques avec les collectivités territoriales, la Région des Pays de la Loire et les services de l’État.

Ayant l'intérêt général pour finalité, à travers le Pôle, les acteurs musicaux poursuivent les objectifs suivants : cultiver la diversité musicale, développer une filière économique et responsable, et anticiper les mutations sociétales. Concrètement, l'action du Pôle se traduit par 5 missions principales. Le Pôle ressource et accompagne les acteurs et les collectivités, les informe. Il anime les réseaux, facilite les échanges d'expériences. Il coordonne des chantiers thématiques et expérimente des solutions innovantes. Il observe et valorise l’écosystème musical des Pays de la Loire. Au plus près des initiatives et des collectivités, le Pôle favorise un dialogue nécessaire permettant de trouver collectivement des solutions face aux enjeux culturels, éducatifs, sociaux, économiques et politiques, auxquels tous sont confrontées. Co-Missionné par l’État et le Conseil régional des Pays de la Loire, l’action du Pôle est cogérée par ses adhérents. Ces membres actifs sont des personnes morales, actuellement près de 120 structures. Son conseil d’administration est à l’image de la diversité des musiques actuelles.

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