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06 novembre 2018

Dispositifs européens

Retours d'expériences

Pour développer ses activités en local ou à l’international, les acteurs et porteurs de projet du secteur musical peuvent prétendre aux dispositifs européens en vigueur. Quelles sont les expériences du secteur musical avec les différents programmes tel qu’Europe Créative ou les fonds structurels tels que Feder ? Les résultats sont-ils à la hauteur des démarches réalisées ? Le Pôle revient sur les problématiques et les enjeux de ces projets musicaux tournés vers l’Europe.

« La tendance actuelle des acteurs du secteur musical est, de se diriger vers le programme Europe Créative ou vers Erasmus + pour la formation, la mobilité et les partenariats », selon Audrey Guerre, coordinatrice du Live DMA. Ils se dirigent également vers les fonds structurels, mais la démarche est plus difficile aujourd’hui du fait de la suppression, depuis 2014, de la ligne dédiée aux projets culturels.

Une diversité d’aides pour une diversité de type de projets !

Le studio intercommunal d’Aubin d’Son a vu le jour grâce au fonds Leader (Liaisons Entre Actions de Développement de l’Economie Rurale) de l’Union européenne destiné à soutenir des projets pilotes en zones rurales. 

L'aubaine de LEADER
pour Aubin d'son

Le studio basé à Saint-Aubin-des-Châteaux (44) propose des espaces d’enregistrement, de répétition et  des résidences. « Le dossier Leader a été monté afin de développer l’association. Une convention a été conclue entre celle-ci et la communauté de communes de Châteaubriant-Derval pour la mise à disposition du studio. Le matériel a été acheté grâce à la subvention Leader. Aujourd’hui, il appartient à l’association » témoigne Valentin Pirio, coordinateur d’Aubin d’son.

L'incubateur européen
de Trempolino

A Nantes, en 2016, Trempolino a lancé European Music Incubator grâce au programme Europe Créative de l’Union européenne. Chloé Nataf, coordinatrice de ce projet de formation, explique : « EMI est un incubateur européen dont l’objectif est de former des musiciens à la diversification d’activités pour développer leur carrière sur le long terme. Il est coordonné par Trempolino, en partenariat avec Lab 852 en Croatie, Liverpool Sound City Festival au Royaume-Uni, l’Université de Tartu-Viljandi Culture Academy en Estonie et la Municipalité de Gênes en Italie ». Le projet est financé jusque 2018, et fait l’objet d’un temps final de restitution et d’échanges sur les perspectives, les 22 et 23 novembre à Nantes, les rencontres « Slash ».

Les festivals aussi

En dehors de la région, des événements musicaux tel que Europavox ont aussi bénéficié du soutien d’Europe Créative. Ainsi, depuis 2016, Europavox développe, avec l’aide du programme européen, un projet dont L’objectif est de promouvoir la diversité musicale européenne à travers un festival et la création d’un média en ligne 100 % dédié aux groupes européens. François Missonnier, son directeur, témoigne : « c’est un projet global sur 4 ans avec 7 partenaires et Europavox. Le but est de favoriser le développement de la scène européenne à l’intérieur des frontières et faire en sorte que les scènes nationales et anglo-saxonnes laissent un peu de place aux pays voisins. L’objectif est de mettre en relation des artistes issus de cette diversité avec une audience plus grande, mais aussi de mettre en relation des professionnels de l’industrie qui ont du mal à se connaître, échanger et bâtir des projets communs ».

et les réseaux !

A proximité, à Tulle, l’association Des lendemains qui chantent s’est associée à d’autres acteurs culturels au sein du DAV (Développement des Arts Vivants) pour « réfléchir ensemble à l’échelle du Massif central, territoire rural de moyenne montagne, composé de quelques grandes agglomérations, et constituer un réseau entre des professionnels qui sont un peu plus disséminés qu’à d’autres endroits » témoigne Damien Morisot, directeur de l’association. Cela leur a permis de mobiliser des fonds spécifiques tels que le Fond national d’aménagement et de développement des territoires (FNADT) pouvant être cumulés avec le fonds européen de développement régional (Feder).

Des projets co-construits !

Mais attention, l’aide européenne ne résout pas tout comme par magie, et les parcours peuvent être fastidieux. Depuis 2006, Europavox a gagné 3 appels à projets. Les organisateurs du festival se sont vite informés sur les dispositifs de la Commission européenne pour évaluer de quelle manière les mobiliser. François Missonnier explique que dans un premier temps, ils ont obtenu « une aide aux festivals à dimension européenne » pour laquelle ils étaient éligibles naturellement. « Dans les autres cas, cela a été plus compliqué. Aujourd’hui, de façon quasi systématique, les projets Europe Créative demandent d’avoir une logique de coopération ».

un diagnostic de territoire
pour identifier les besoins

Les acteurs ne peuvent se dédouaner de la nécessité de convaincre de la pertinence de leur projet. Ainsi, Aubin d’Son a dû expliquer aux élus locaux et à la population pourquoi il était nécessaire de créer un studio d’enregistrement et de répétitions. « Un diagnostic de territoire a été réalisé en recensant les groupes de musique locaux, les besoins des musiciens amateurs ou professionnels, et ceux de la population » indique Valentin Pirio, qui poursuit « la difficulté a été de contracter un prêt pour acheter le matériel en attendant que le fonds Leader soit versé ». Aux structures musicales qui souhaiteraient faire appel à ce type de dispositif, Valentin Pirio conseille : « le dossier pour l’obtention du fonds Leader est fastidieux et prend du temps. Il faut avoir un projet bien ficelé et trouver les bonnes orientations, ce qui est de plus en plus en plus difficile car les axes donnés par l’Europe sont très restreints et orientés ». Il est conseiller de rencontrer les élus et les techniciens en charge des fonds Leader afin d’être bien dans une logique de co-construction.

implication de plusieurs
partenaires européens

Les projets réalisés avec plusieurs partenaires étrangers nécessitent un travail de construction et de découvertes réciproques. C’est ce qu’ont réalisés Trempolino et ses partenaires européens dès 2016 pour se mettre d’accord sur une méthode et réfléchir à une problématique spécifique : celle de la diversification d’activités (digital teaching, tourisme culturel, curation de playlists et contenus, la musique pour films et jeux vidéo, la relation aux marques…). Ce n’est qu’ensuite qu’ils ont pu lancer l’incubateur EMI à travers une procédure de sélections sur les 5 pays concernés. « Nous avons reçu 140 candidatures et choisi 7 musiciens » précise Chloé Nataf. « Le critère de sélection était l’absence d’environnement professionnel : les artistes devaient être compositeurs et ne pas vivre de leur propre musique car le programme concerne l’émergence et l’aide à la structuration économique ». Une thématique a été attribuée à chaque musicien et des workshops organisés dans chaque pays. Pour favoriser la mobilité des artistes, ceux-ci ne pouvaient pas choisir la thématique de leur propre pays.

Des projets pour lesquels il est nécessaire d’anticiper !

A propos du DAV et des financements européens, Damien Morisot pense aussi qu’il faut avoir une expertise partagée : « les techniciens sont avant tout des interlocuteurs mobilisables pour débattre des enjeux, de l’adéquation des besoins et de la politique publique telle qu’elle a été écrite ». Il ajoute qu’il est nécessaire de déterminer dès le départ les objectifs et la manière dont se déroulera l’évaluation : « le dispositif en lui-même est particulier : ce sont des fonds européens pour un développement sur le territoire national. Les fonds mobilisés sont des fonds structurels dédiés à des territoires dits en difficulté, en l’occurrence les territoires de montagne pour nous. Toute la question est de savoir comment on mobilise ces dispositifs sur nos histoires locales ». Pour lui, le deuxième élément est d’anticiper l’impact que peut avoir la gestion d’un projet de cette envergure. Il indique avoir recruté des chargés de mission pour travailler sur le dossier dès le début du projet.

De son côté, François Missonnier conseille d’être bien en accord avec l’actualité : « Il y a un danger selon moi à trop tordre le cou aux projets existants pour les faire rentrer dans les cases des dispositifs européens ». Il conseille d’accorder la même importance à l’intérêt du projet sur le plan artistique et la robustesse de la structure sur le plan administratif : « le dispositif européen doit être dans la lignée du projet de l’entreprise. Il faut qu’il soit dans une logique de développement naturel d’un projet et non une opportunité. Il permet alors d’accompagner des développements si les projets ont été réfléchis dans ce sens »

Des résultats encourageants

Même si les parcours sont parfois laborieux, les résultats sont encourageants. Valentin Pirio témoigne du succès d’Aubin d’Son : « le fonds Leader a permis de développer l’association et d’avoir une autre envergure. Nous réalisons des actions pour la jeunesse et intervenons auprès des écoles. En 2017, nous étions à 28h par semaine d’utilisation moyenne du studio et avons réalisé 14 enregistrements ».

Du côté du projet DAV, Damien Morisot fait part de sa satisfaction « le dispositif a servi de levier pour sortir des frontières administratives régionales et faire en sorte que les réseaux d’acteurs, y compris ceux qui n’était pas dans le Massif central, communiquent entre eux, au bénéfice de ce territoire du milieu. De plus, cette emprise territoriale a permis d’avoir une accroche nationale audible, par exemple, en participant au Tour de France du développement d’artistes, et en entamant un travail d’étude avec le réseau RPM autour de l’accompagnement des groupes ». A l’avenir, le projet DAV aimerait continuer à travailler la dynamique d’inclusion des acteurs, pour que ces derniers se saisissent du programme, se mobilisent pour co-construire les enjeux et les problématiques, et lèvent des financements.

Chloé Nataf explique que le projet EMI a permis à Trempolino d’être mieux identifié dans les réseaux européens, même s’il était déjà présent à l’international via des formations professionnelles ou des stages à l’étranger. Avec la Ville de Nantes, Trempolino est depuis cet été présent sur Music Cities network, réseau international de villes qui parient sur la musique pour dynamiser l’économie. Par ailleurs, l’équipe de Trempolino réfléchit à la façon de capitaliser sur cette action et le réseau créé. L’objectif est aussi d’implanter localement une méthodologie de diversification d’activités pour les musiciens. Pour poursuivre ce chantier, Trempolino a répondu à un nouvel appel à projet européen cet été.

A suivre…

La Commission européenne a annoncé le maintien du programme Europe Créative et le doublement du programme Erasmus + à partir de 2021. La proposition de la Commission européenne pour Europe Créative est d’ores et déjà disponible en ligne et un premier rapport doit être publié en octobre 2019. Selon Audrey Guerre : « la hausse de budget est un premier pas, même si elle n’est pas suffisante par rapport aux ambitions du programme mais cette proposition de la Commission sera retravaillée et modifiée par le Parlement et les États membres. Nous travaillons à démontrer la plus-value de ces programmes européens et leur pertinence, pour garantir que ces programmes et ces financements européens soient gardés et sécurisés ».

 

europe Aubin d'son Trempolino

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