^

Observation > Enquêtes thématiques

06 février 2019

L'emploi culturel en baisse en région !

En 4 ans, l’emploi culturel associatif a perdu 1 poste sur 5

La CRESS publie bientôt une note de conjoncture comparant l’emploi et les structures employeuses de l’Economie sociale et solidaire (ESS) en Pays de la Loire, entre 2008 et 2017. Les chiffres publiés provenant de l’URSSAF sont frappants pour le secteur culturel qui est, en effet, très structuré en associations. Alors que le nombre d’employeurs augmentait de 10% en 10 ans, sur la même période, le nombre de salariés a chuté de 23%. La Culture est le seul secteur de l’ESS dans cette situation.

La Chambre Régionale de l’Economie Sociale et Solidaire (CRESS) des Pays de La Loire sort actuellement une note de conjoncture de l’ESS en région. Les données utilisées pour cette note sont des données de l’URSSAF des Pays de la Loire. Ces chiffres correspondent au nombre de salariés en poste le dernier jour du dernier trimestre de chaque année, du 1er trimestre 2008 au 4ème trimestre 2017, et au nombre de structures employeuses aux mêmes dates. Elles ne prennent donc pas en compte les contrats courts et notamment ceux des intermittents. Ces chiffres permettent malgré tout de saisir les grandes tendances en permettant des comparaisons dans le temps, entre secteurs et entre départements.

En 4 ans, l’emploi culturel associatif a perdu 1 poste sur 5 en Pays de la Loire

En ce qui concerne le secteur culturel en Pays de la Loire, la tendance est nette puisque au cours d’une période de 10 ans écoulée entre 2008 et fin 2017, l’emploi culturel de l’ESS a perdu 715 emplois, passant de 3094 postes à 2379 postes (-23,1%), alors que dans la même période, le nombre d’employeurs augmentait de 97 structures passant de 962 à 1059 (+10,1%).

Ce que révèlent ces chiffres est alarmant. Ces données, rapportées en moyennes annuelles sur 10 ans (cf. tableau ci-dessous), montrent que la baisse de l’emploi est très significative dans les associations culturelles de la région depuis 2014 - année qui  marque l’ensemble des secteurs de l’ESS qui subissent depuis un ralentissement de l’activité. Par contre, concernant le secteur culturel, le ralentissement a démarré plus tôt. On observe un palier à 3000 postes en région, entre 2010 et 2013. Depuis, le phénomène observé ne fait que s’accentuer et devient inquiétant pour le secteur vu l’ampleur de la baisse : 660 contrats de moins entre 2013 et 2017, soit l’équivalent d’un poste sur cinq supprimé.

La situation n’est pas nouvelle ; nous ne la découvrons pas notamment en ce qui concerne la musique et le spectacle vivant, la tendance avait déjà été pointée lors de nos précédents travaux d’études – notamment en 2016 à travers l’Observation participative et partagée « Entrepreneurs de spectacle en Pays de la Loire : données et analyses. 2ème édition » (Le Pôle, septembre 2016, données 2014) et le focus régional sur le spectacle vivant en Pays de la Loire réalisée par l’INSEE en partenariat avec le Pôle (Insee Analyses n°42, décembre 2016). Dans ce dernier document, nous constations : « Entre 2009 et 2014, le nombre d’établissements du spectacle vivant augmente de 21 %, principalement porté par le secteur marchand. Les effectifs salariés en équivalent temps plein employés par ces structures diminuent (– 4 % sur la période) ». Cette tendance s’est accentuée depuis.

Les 5 départements ligériens sont concernés !

Cette baisse de l’emploi concerne tous les départements de la région depuis 2014. Depuis cette date, elle est particulièrement forte en Loire-Atlantique où le bassin d’emploi concerné est le plus important. Le département a vu le nombre d’emplois culturels "ESS" passer de 1370 en 2013 à 1020 emplois en 2017. C’est en Sarthe que la baisse est la plus importante et la plus structurelle. Elle se poursuit sans discontinuer depuis 2008, passant de 510 emplois à 330 en 2017. En Vendée et en Maine-et-Loire, la baisse s’est amorcée dès 2011. Le Maine-et-Loire a vu son nombre d’emplois culturels "ESS" réduire de 730 à 580 entre 2010 et 2017. La Vendée, sur la même période, voit son nombre d’emplois culturels "ESS" diminuer de 320 à 220. La Mayenne semble un peu moins touchée mais sur un volume d’emplois plus faible, avec un peu plus de 140 emplois en 2017.

déclinaison par département

Que représentent ces chiffres par rapport au champ culturel ?

Tout d’abord, précisons que ces chiffres "URSSAF" concernent un secteur assez large avec des activités diverses[1] : spectacle vivant, arts plastiques, patrimoine... De ce point de vue, ils sont significatifs, sachant que l’Economie sociale et solidaire, et particulièrement à travers le statut associatif, représente une part essentielle des modes de structuration du secteur culturel. Pour exemple, dans le focus régional Insee Analyses n°42 (Insee, décembre 2016), il était précisé : « En 2014, les trois quarts des établissements ligériens ayant une activité de spectacle vivant appartiennent au secteur non marchand, essentiellement des associations ».

[1] Les codes utilisés pour étudier cette catégorie d’acteurs sont ceux qui vont de 90.01z à 91.04z, soit (Arts du spectacle vivant, création artistique relevant des arts plastiques, autres créations artistiques, gestion de salles de spectacles, gestion des bibliothèques et des archives, gestion des musées, gestion des sites et monuments historiques, gestion des jardins botaniques)

Par contre, il est important de préciser que ces chiffres ne sont pas représentatifs de la totalité du secteur culturel. D’une part, bien évidemment, l’ensemble des structures du champ culturel ne relèvent pas de l’ESS. D’autres part, ces chiffres n’intègrent pas certains secteurs comme celui du cinéma et de l’audiovisuel, et certains acteurs tels que les éditeurs (58.11z) ou les libraires. Rappelons également que l’usage de codes NAF spécifiques aux branches professionnelles ne permet pas de rendre visible une part significative des structures culturelles, notamment celles ayant le code 94.99Z. Dans le spectacle vivant par exemple, selon les études du Pôle (2010, 2014) « 1/3 des entrepreneurs de spectacles ne répondent pas aux codes de la branche ». C'est aussi le cas pour les arts plastiques pour lesquels les codes NAF 90.03a et 90.03b correspondent à des activités d'indépendants tandis que les structures du champ prennent des codes comme le 94.99Z (OPP arts visuels, Amac, juillet 2013).

Le secteur culturel est le plus touché par la baisse du nombre d’emploi associatif dans la région

Les chiffres de la note de conjoncture se confirment dans les données issues des repères et chiffres clefs 2014-2016 et 2018 de Recherches et Solidarités. Tandis que le total des emplois associatifs entre 2013 et 2017 en Pays de la Loire ont augmenté (cf. les repères et chiffres clefs 2014-2016 et 2018 de Recherches et Solidarités). Le nombre d’emploi dans le secteur culturel subit la baisse la plus significative de tous les secteurs. Le secteur de l’enseignement est relativement stable tout comme celui du social qui représente 50% des emplois. Nous pouvons soulever que le secteur du sport quant à lui est en légère hausse et ce, de façon constante sur les années étudiées. Le secteur culturel, lui, ne représente plus que 2% des emplois associatifs en 2017 contre 2,8 en 2013.

Les collectivités ont diminué leurs dépenses culturelles

La baisse des emplois est inquiétante d’autant qu’elle ne s’explique pas par une diminution du nombre d’employeurs, et qu’elle est constante depuis 2014 dans tous les départements. Comment expliquer cette chute du nombre d’emploi culturel associatif en Pays de la Loire ?

Même si tout le secteur culturel n’est pas dépendant des financements publics, la baisse de l’emploi observée peut largement être corrélée à la diminution des subventions des collectivités territoriales, en particulier celles des communes de + 3500 habitants et des regroupements de communes qui prennent à leur charge 67% de la dépense culturelle publique en Pays de la Loire.

En effet, l’Atlas régional culturel publié en 2017 et 2018 par le Département des études, de la prospective et des statistiques (Deps) du Ministère de la Culture, nous permet de constater que les dépenses culturelles des communes et des regroupements de communes, ont diminué de 16% entre 2014 et 2016 en Pays de la Loire. La dépense culturelle des communes de + 3500 habitants est passée en moyenne de 161,1 à 114,4 euros par habitant entre 2016 et 2014.

Mais ce sont l’ensemble des investissements des collectivités territoriales qui sont en baisse en Pays de la Loire entre 2014 et 2016. Toujours selon l’Atlas régional culturel, le niveau de dépenses culturelles des départements est en baisse de 4,3 en moyenne entre 2014 et 2016. Celles de la Région ont baissé de 15%. Précisons que les baisses de ces deux échelons de collectivités concernant l’investissement et pas le fonctionnement.

A contrario, comme c’est le cas dans la plupart des régions de France, le financement de la culture par l’Etat a augmenté de façon significative entre 2015 et 2016. En Pays de la Loire, les dépenses culturelles de l’Etat ont augmenté de 44% passant de 44 909 milliers d’euros en 2015 à 64 666 milliers d’euros en 2016. Par contre, l’augmentation des dépenses de l’Etat en région des Pays de la Loire est la plus faible de toutes les régions de l’hexagone. La région des Pays de la Loire est la région métropolitaine pour laquelle l’Etat dépense le moins d’euros par habitants, selon l’Atlas de la culture 2018 qui précise « on observe que la tranche de dépenses par habitant dans laquelle se situent les collectivités territoriales en Pays de la Loire (entre 124 et 127 € par habitant) est de nature à compenser en partie le plus faible niveau de dépense du ministère de la Culture. […] ». Or, si les financements des collectivités territoriales continuent de baisser et que la participation de l’Etat reste la plus faible, le secteur culturel régional se trouvera extrêmement pénalisé.

Ces chiffres reflètent aussi une évolution des modes d’organisation

Face à cette tendance à la baisse de l’emploi associatif, on pense aux emplois aidés. Les structures culturelles peuvent aujourd’hui beaucoup moins recourir aux emplois aidés qu’auparavant. Et si chacun a en mémoire le gel des contrats aidés lors du 2ème semestre de 2017, dans les faits, la diminution du recours aux emplois-aidés est observé depuis 2010. Dans le spectacle vivant notamment, les structures y ayant recours passent de 40% à 26% entre 2010 et 2014, les critères étant de plus en plus stricts.

Progressivement, la transition vers des dispositifs plus contraignants a accentué les difficultés à embaucher pour des structures qui aujourd’hui ont tendance à externaliser certaines de leurs activités, notamment auprès de micro-entrepreneurs dont le statut semble plus prisé dans le secteur culturel que dans l’ensemble de l’économie. D’après l’Insee Analyses n°42 (décembre 2016), ce statut de micro-entrepreneurs semble plus utilisé dans le secteur culturel que dans l’ensemble de l’économie : « En amont de la chaîne, les établissements du secteur marchand sont majoritairement créés sous le régime de l’auto-entrepreneur : dans les arts du spectacle vivant et les activités de soutien, en 2014, 6 établissements marchands sur 10 sont créés sous ce statut, instauré en 2009 et remplacé en 2014 par celui de micro-entrepreneur. Ce taux est plus élevé que dans l’ensemble de l’économie où 1 créateur d’entreprise sur 2 est attiré par ce statut en 2014 ». Il est donc probable que le développement du micro-entrepreneuriat, ces dernières années, ait eu un effet sur les chiffres de l’emploi culturel associatif.

Quels sont les acteurs les plus impactés ?

Concernant le spectacle vivant, rappelons les tendances identifiées en 2016, dans l’Observation participative et partagée « Entrepreneurs de spectacle en Pays de la Loire : données et analyses. 2ème édition » (Le Pôle, septembre 2016, données 2014). En comparant les données 2014 à celles de 2010, nous avions identifié une augmentation du volume global d'emploi sur les 194 structures observées les deux années (+ de 6% en nombre de poste) concernant principalement les entrepreneurs de spectacle les plus structurés, notamment les lieux de diffusion labellisés et conventionnés qui voyaient augmenter leur volume d’emploi en CDI et CDD long. A contrario, nous avions observé une diminution de l'emploi dans les théâtres de ville, les salles de spectacles pluridisciplinaires, les plus petites structures telles que les formations musicales et les compagnies.

 

Annonces des adhérents

Présentation Titre RNCP
Présentation Titre RNCP
Titre CFPM de Musicien des musiques actuelles RNCP reconnu par l'Etat
Yoann Launay en vidéo
Yoann Launay en vidéo
Voir le clip "les amis"
Note qualité 18/20 de AFDAS
Note qualité 18/20 de AFDAS
L'AFDAS décerne une note qualité de 18/20 au CFPM (décret qualité DATA-DOCK)

Le Pôle de coopération pour les musiques actuelles en Pays de la Loire est un réseau de compétences régional qui, fort de la mobilisation des structures musicales, agit au carrefour du monde culturel, de l’économie et de la recherche. Le Pôle permet aux structures musicales d’organiser leurs coopérations et de co-construire des politiques avec les collectivités territoriales, la Région des Pays de la Loire et les services de l’État. En adhérant au Pôle, les acteurs musicaux poursuivent les objectifs suivants : cultiver la diversité musicale, développer une filière économique et responsable, anticiper les mutations sociétales.

A travers ses missions, le Pôle informe et accompagne les acteurs et les collectivités. Il anime les réseaux, facilite les échanges et coordonne des chantiers thématiques. Il observe et met en valeur l’écosystème musical dans sa diversité. Au plus près des initiatives, le Pôle favorise un dialogue nécessaire permettant de trouver des solutions face aux enjeux culturels, éducatifs, sociaux, économiques et politiques. Co-Missionné par l’État et le Conseil régional des Pays de la Loire, le Pôle est cogéré par ses adhérents.

Le Pôle / Adresse : 6 rue Saint-Domingue - 44 200 Nantes - 02 40 20 03 25

  • Authentification