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04 April 2019

Quels lieux pour faire la fête ?

Vers un principe d'antériorité de l'activité

Le lieu idéal pour accueillir la fête nécessite une proximité avec l’ensemble des commodités (eau, électricité, transport…). Face à la pression immobilière, ces lieux se retrouvent à proximité de zones d’habitation. Se côtoient de plus en plus ceux qui dorment, ceux qui travaillent et ceux qui font la fête. Obtenir l’autorisation d’utiliser un lieu devient très complexe. Les conséquences peuvent être financières comme en témoignent de récentes mésaventures vécues par des organisateurs culturels.

“L’existence d’une vie nocturne festive est devenue un enjeu d’attractivité pour les villes et, en même temps, une question de cohabitation entre populations qui ne vivent pas aux mêmes rythmes, donc un enjeu anthropologique” peut on lire dans l'article introduisant le dossier consacré à la vie nocturne du numéro 53 de la revue des politiques culturelles, l’Observatoire. Cette contradiction entre reconnaissance et conflit de cohabitation est une réalité quotidienne des acteurs culturels. Martin Geoffre de Sweatlodge témoigne : “Aujourd’hui, nos soirées sont reconnues des acteurs culturels. Alors qu'on est programmé dans des Centres Nationaux, nous sommes interdit de faire des soirées dans le Bas-Chantenay. On se retrouve sans terrain d’expression dans notre propre ville”. Comme le festival Paco Tyson qui, pour des raisons administratives, s’est retrouvé dans l'impossibilité de tenir son évènement sur le terrain qui lui était destiné. Dans l’urgence, l’équipe a redéployé sa programmation sur les nombreux lieux de la ville de Nantes. Enfin, dans un souci d'apaisement avec le voisinage, les organisateurs de Transfert, la saison estivale basée sur la friche des anciens abattoirs à Rezé, ont pris la décision fermer plus tôt cet été. En effet, l'événement coupera le son avant minuit lors de l'édition 2019.

De toute évidence, les élus locaux et les acteurs culturels sont d’accord sur le fait que trouver un lieu pour faire la fête n’est pas chose aisée. “Il faut un lieu éloigné des habitations, pour les nuisances sonores, un espace assez grand pour faire tenir l'événement, avoir un accès aux fluides (eau, électricité) et avec des accès pour les pompiers.” explique Martin Geoffre. Pour bien faire, il faut que ce site soit accessible, ou il faut le rendre accessible en transport - et ceci sur l’amplitude horaire de l’événement. En milieu rural, avec l’absence d’un réseau de bus, cela se complexifie. Le festival les Z’Eclectiques, situé à Chemillé (49), organise par ses propres moyens un réseau de bus irriguant les grandes villes (Nantes, Angers, La Roche-sur-Yon…) mais également certaines communes (Clisson, Cholet, Mortagne, Segré, Les Herbiers…). Cela permet au festival de convoyer plusieurs centaines de personnes, et donc une part non-négligeable de son public.

“Quand tu trouves un grand terrain en métropole, c’est qu’il y a un lièvre...” se souvient Olivier Bruneau du festival Dubcamp. “En 2016, le festival a eu lieu à Carquefou. Au départ, nous avions un site idéal choisi en concertation avec la municipalité et des personnes compétentes. Nous ne sommes pas géologues. Sauf qu’à 10 jours de l’événement, suite à une mauvaise météo, il s’est retrouvé inutilisable. En urgence, on a dû engager plus de 10.000 € de frais de travaux (busage, tonte, élagage) pour un site que nous n’avons pu utiliser qu’une seule édition. Désormais, nous avons fait le choix de sortir de l’agglomération. On s’est coupé d’une part du public, surtout les curieux qui viennent pour la découverte. Personne ne fait 50 kilomètres par hasard. Au Dubcamp, ce choix est possible uniquement parce que nous sommes sur une esthétique de niche. Notre public vient de toute la France et au-delà. Il fait déjà beaucoup de kilomètres pour venir sur notre site.”

Tous les lieux de diffusion sont concernés par cette problématique de partage de l’espace public. Le traditionnel café-concerts, lieu de proximité, fait face depuis de nombreuses années aux problèmes de nuisances sonores. Jean Yves Kerhornou, du Joker’s Pub, a équipé son lieu de différents aménagements. “Pour éviter tout conflit, nous avons mis en place une boîte dans la boîte qui peut résister à 120 Db A sans aucune émergence. A l'origine des travaux, nous n'avons pas eu l'autorisation de couler du béton pour refaire le sol de la salle de façon à l'isoler de toutes les structures du bâtiment. Du coup, pour les Db C, l'ingénieur son taille dans les 50/60 Hrz qui peuvent nous poser des soucis sur certains style de musique. La diffusion max dans notre lieu est de 102 DB A / 113 DB C sur 15 minutes linéaires. Il n’y a pas de limiteur, mais un afficheur(dB mètre)  visible des techniciens, des artistes et du public. Nous avons un contrat moral et un arrangement avec le voisinage sur les horaires de concerts : 22h30 max du lundi au mercredi, 23h30 max du jeudi au samedi avec maximum 2 concerts par semaine en soirée + un concert à l'apéro. Enfin, il y a un staff de sécurité à l'entrée pour éviter tout débordement et bruit à l'extérieur du Pub.”

Cette contrainte de gestion de voisinage s’étend, au delà de la diffusion, à tous les acteurs de la nuit. La pratique musicale en amateur se fait après la journée de travail. De nombreux studios de répétition proposent des créneaux horaires au delà de minuit en semaine. Au Silo, au Mans, du lundi au vendredi, plus de 60% des musiciens utilisent les studios de répétition sur un créneau entre 21h et 1h du matin. Dans une zone démographique en tension, proposer et développer une telle offre de pratique nécessite d’équiper des lieux de proximité ou de rendre accessible des studios éloignés.

De fait, trouver un lieu pour une activité nocturne doit se faire en accord avec la collectivité. Selon Martin Geoffre : “Il faut avoir la reconnaissance des politiques, qu’ils accordent un intérêt au projet culturel”. Pour Olivier Bruneau “Il faut expliquer aux élus l’intérêt de nos événement, notamment sur le potentiel économique pour les territoires, et ne jamais négliger une relation avec une collectivité même si un déménagement est pressenti. Sans les courriers de recommandation de la part des villes du Pellerin et de Carquefou, nous n’aurions jamais réussi à convaincre une nouvelle collectivité d’accueillir notre festival”.

Dans ce cadre, régulièrement conflictuel, de nombreux acteurs appellent à l’élargissement du principe d’antériorité. Ce principe est en place depuis janvier 2018 à Londres. Ainsi, les frais liés à l’insonorisation de nouveaux bâtiments situés à proximité d’un lieu de fête déjà existant, seront, désormais, à la charge des promoteurs immobiliers. Cette règle de pré-occupation s’applique déjà en France en matière agricole, industrielle, commerciale, artisanale et aéronautique via l’article L112-16 du Code de la construction et de l'habitation.

Plateforme Nationale de la Vie Nocturne Les Z'ECLECTIQUES Get Up ! Paco Tyson Hip Opsession / Transfert SweatLodge

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