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10 September 2019

La culture se recycle

Des exemples de dispositifs en Pays de la Loire

Si l’économie circulaire infuse toutes les filières, le secteur culturel, déjà sensible à l’écologie, ouvre aussi la voie à la création de boucles positives. En Pays de la Loire, des structures participent au développement du modèle, comme la Ressourcerie culturelle, le réseau Reeve, ou encore des acteurs culturels tel que Le Ferrailleur qui expérimente aujourd’hui de nouvelles pratiques. Zoom sur ces initiatives pour lesquelles recycler, réparer, réduire et mutualiser sont un langage commun.

Des actions qui répondent à des constats

Ce sont généralement des observations sur le milieu qu’ils fréquentent ou sur l’impact de leur activité qui ont guidé les pas des porteurs de projets en Pays de la Loire. Damien Forget, actif depuis près de trente ans dans le réseau des musiques actuelles, a dernièrement mis sur pied la Ressourcerie culturelle à Montaigu, après un état des lieux et une étude de faisabilité d’un an auprès des organismes culturels régionaux. « À l’issue de l’étude, on a fait le constat qu’il y avait pas mal de gaspillage : du matériel mis au rebut, une surconsommation des acteurs culturels et une volonté de certains de mutualiser les moyens pour développer leur projet. Sachant que les mises au rebut de certaines structures peuvent être du luxe pour d’autres. »

Du côté du réseau éco-événement (Reeve), une association environnementale qui entend faire entrer la filière événementielle, et notamment culturelle, en transition écologique, l’idée d’un label économie circulaire répond à l’envie de mutualiser les savoir-faire et d’apporter une vision globale et des mesures cohérentes aux acteurs événementiels. « On a constaté que beaucoup de personnes travaillaient en mode prestation et de manière indépendante et autonome. Cette manière de travailler ne nous paraissait pas efficiente car souvent, les organisations abordaient le développement durable et passaient ensuite à autre chose ; dès qu’elles avaient moins de budget ou rencontraient une difficulté, elle s’essoufflaient » raconte Dominique Behar, coordinateur du Reeve.

Ces initiatives en matière d’économie circulaire s’inscrivent toujours dans une démarche environnementale plus globale. En atteste le dispositif de recyclage des mégots de cigarettes développé au Ferrailleur, le fameux café-concerts situé au hangar à Bananes à Nantes, depuis avril dernier. « Depuis plus de deux ans, nous réfléchissons davantage à notre impact écologique. Les éco-cups ont été la base de départ. Ensuite on a proposé des gâteaux apéros 100% locaux et bios, avec des producteurs du coin déjà dans une démarche zéro déchets. On a aussi remplacé une grande partie de notre parc lumière par des leds et installé un système de recyclage de l’air. C’est dans cette dynamique que l’on a souhaité faire un nouveau test en recyclant les mégots » décrit François Montupet, chargé de communication de la salle de concert.

Des tests grandeur nature

Ces actions sont en phase d’expérimentation, mais elles sont concrètement entrées dans le vif du sujet. Au Ferrailleur, la démarche s’appuie sur l’association marseillaise GreenMinded qui réemploie les mégots : « On met à disposition un cendrier tout ce qu’il y a de plus classique ; les mégots sont ensuite collectés dans un réceptacle et envoyés dans une usine de recyclage pour en faire des plaques de plastique, du mobilier… » Collecte, valorisation et réemploi sont les principes mêmes du fonctionnement de la Ressourcerie culturelle qui a mis en place un outil de collecte, de tri et de réparation du matériel des structures culturelles, dans les domaines son et lumière, structure (scène, portique…), matériaux (tissu, bois…), multimédia et mobilier. « On avait pré-travaillé sur les collectes avec les régisseurs généraux de salles comme le Fuzz’Yon, Trempolino, Stéréolux, Le Zenith ; on a ensuite pris un camion pour recueillir le matériel - on a par exemple collecté une dizaine de m3 de matériel au Fuzz’Yon. Le matériel est ramené dans notre atelier et Nicolas Rousseau, qui est revalorisateur, le checke pour voir s’il fonctionne ou s’il doit être restauré, et il répare si besoin. Ensuite, on met le matériel dans la banque de la ressourcerie pour qu’il puisse être réutilisé par d’autres structures » explique Damien Forget.

La mise en commun des ressources est aussi au cœur du dispositif de labellisation des événements que le Reeve est en train d’instaurer. En réunissant ses adhérents et les intéressés, le Reeve mise sur « la mutualisation des savoir-faire, l’intelligence collective » pour co-construire le label éco-événement des Pays de la Loire qui sera sur pied au terme de l’été. « C’est un label qui se base sur 100 bonnes pratiques, et en fonction du nombre de bonnes pratiques mises en œuvre, les événements obtiennent un certain niveau dans le label » commente Dominique Behar. Le label qui s’appuie sur un important référentiel vise entre autres à inciter les événements à consommer des ressources dans l’esprit de l’économie circulaire, « moins de déchets et plus de recyclé ». Mais en terme d’économie circulaire, la certification va plus loin, touchant même l’évaluation des événements : « On va proposer différentes méthodes d’évaluation des événements et notamment une évaluation dite circulaire, qui sera faite par des pairs, c’est-à-dire que l’on proposera à des organisateurs d’aller sur d’autres événements pour les évaluer. Le but est de favoriser les échanges de pratiques entre organisateurs. On transforme ainsi une contrainte de coût en un bénéfice de coût mais surtout un bénéfice de partage et de retour d’expériences. »

Un réseau qui creuse son trou

Faire des déchets des uns les ressources des autres n’est effectivement possible qu’en collaborant avec d’autres acteurs. Soutenu par l’ADEME et la Région Pays de la Loire, le dispositif de réemploi de la Ressourcerie Culturelle s’est monté grâce à un travail de coordination et de communication auprès des acteurs régionaux de musiques actuelles, cinéma et théâtre. « On est sur une initiative qui a du sens, qui remet du lien entre les acteurs, car on manquait énormément de concret » signale Damien Forget. Pour Reeve, basé historiquement à Nantes, la labellisation va accélérer sa présence en région : « L’agglomération nantaise est notre laboratoire, mais pour se faire connaître des autres acteurs, on s’appuie sur les réseaux existants. Et on creuse ainsi dans chaque département. » 

Le réseau éco-événement (Reeve) se base déjà sur un solide maillage de partenaires en matière de transition écologique. « La chance c’est de pouvoir développer des partenariats et des expertises avec des structures qui sont très compétentes dans leur domaine. On travaille sur l’alimentation avec l’association Bon pour le climat, sur les animations avec La Fresque du climat ; on est adhérent du comité 21, des Ecossolies, d’Ecopôle… » Échanger et collaborer restent les maîtres mots pour développer l’économie circulaire, même lorsque l’on n’est pas directement intégré dans des réseaux sur la question. C’est le cas du Ferrailleur qui reconnaît faire davantage du DIY tout en étant ouvert au partage de savoir-faire. « On est intégré dans certains réseaux de manière sporadique ; sur certains événements, il y a toujours pas mal de travail sur la réduction des déchets, sur la récupération des produits alimentaire, etc. Mais globalement, on est du genre à faire les choses et ne pas attendre que ça nous arrive » reconnait François Montupet.

Une volonté de sensibilisation et de partage

Malgré la diversité des dispositifs, un élément semble commun à tous les porteurs de projets : le partage de connaissances et d’expériences pour une prise de conscience générale. Impulser de nouveaux modes de consommation éco-responsables passe nécessairement par la sensibilisation, à l’image de Reeve qui cherche à co-construire avec les acteurs culturels du territoire mais aussi à publier « un maximum d’informations, d’outils et compte-rendus accessibles à tous ». Le réseau sert l’intérêt général en travaillant principalement sur « l’alimentation, la gestion des déchets et la sensibilisation du public ». Pour la Ressourcerie Culturelle, la sensibilisation est également signifiante pour investir les structures culturelles et les appeler à modifier leurs modes de consommation. « C’est un moyen de dire aux acteurs : vous pouvez consommer comme vous le sentez mais au moins avec une conscience » décrit Damien Forget. Une façon de détourner les esprits de la déchetterie et d’amener ces acteurs à utiliser davantage de matériel réhabilité.

Même si le Ferrailleur a essuyé quelques critiques quant à l’impact écologique du transport dans la démarche de GreenMinded – mégots traités à Marseille puis renvoyés en Bretagne pour recyclage -, l’établissement préfère cette solution plutôt que la poubelle, pour mesurer son impact et continuer d’impliquer le public dans le processus. Selon François Montupet, le Ferrailleur y tient : « La démarche de sensibilisation du public est partie prenante du projet. Pour nous qui sommes un lieu de culture, d’échange, c’est important de se positionner sur ces questions, à notre manière, et d’être présent par des actions concrètes. On pourrait se contenter d’utiliser le système, mais on a envie de le communiquer au public et d’apporter une petite pierre à l’édifice. Si cela peut inspirer des citoyens ou d’autres établissements pour mettre en place le dispositif... C’est comme ça qu’on arrive peu à peu à changer les mentalités. »


Un levier de réussite : Se structurer et pérenniser

La prise de conscience est bien actée, reste que l’alternative écologique doit être durable. Mais les structures culturelles qui s’engagent dans l’économie circulaire le voient assurément comme une fin en soi et cherchent à pérenniser leurs actions. « L’objectif n’est pas de collecter comme des fous, mais de mettre en place un outil économiquement viable dans le temps, pour lequel il faut réfléchir » commente le coordinateur de la Ressourcerie Culturelle. Inspiré par une expérience menée à Vitry-sur-Scène et intrinsèquement par ses origines agricoles, milieu dans lequel la mutualisation est anciennement ancrée, Damien Forget a voulu « structurer le projet, préfigurer un outil qui soit duplicable sur les autres territoires ».

Et le modèle a des pistes pour prendre en Bretagne, mais ce qui intéresse le porteur de projet, c’est que la sauce prenne en Pays de la Loire. « L’objectif qui est dans un coin de ma tête n’est pas de créer une structure indépendante des acteurs culturels, mais de créer une structure pour ces acteurs, à l’image de la CUMA (coopérative d’utilisation de matériel agricole) dans le milieu agricole. Il faut que les structures culturelles des Pays de la Loire se donnent les moyens de s’équiper d’un outil comme celui-ci. C’est peut-être utopique, mais plus on avance, plus on y tient ! »

S’inscrire dans la durée est aussi une condition pour que l’action du Reeve prenne sens. « Ce qu’on ne veut pas, c’est que les structures achètent un label. On souhaite avoir des structures qui s’engagent dans la durée. » Le label éco-événement en cours de structuration entend bien pousser les acteurs événementiels à perpétuer leurs bonnes pratiques. Et un accompagnement au long cours est nécessaire pour qu’ils puissent évoluer et les réseaux se construire. Le Ferrailleur suit cette dynamique et a par exemple l’ambition de supprimer 95% de ses bouteilles plastiques en créant prochainement des gourdes réutilisables pour les artistes accueillis sur un événement d’envergure. Le mouvement s’opère, mais les efforts financiers que demandent ces ajustements requièrent du temps.

Et ailleurs ?

En Pays de la Loire, ces 3 exemples restent des épiphénomènes dans le domaine culturel, même si certains imprègnent toute la région. Certes, les festivals commencent à être porteurs d’actions concrètes, mais ces nouvelles manières d’envisager la production et la consommation ont surtout gagnés leur place dans le milieu artistique, avec de nombreux artistes qui se mobilisent pour mettre en pratique le ré-emploi dans leur démarche de création. La tendance est à l’upcycling, mais certains répar’acteurs s’impliquent à plus grande échelle. En juin dernier, le Roch’lab à Rochefort-sur-Loire a par exemple lancé son 1er Festival du Recyclage Créatif et des Courts-Circuits, Le Recyclon. Une manière de démontrer en live la diversité de l'économie circulaire créative. Le Roch’Lab, tiers-lieu dédié aux métiers créatifs et culturels, s’est ainsi lancé dans une initiative territoire E3C (Economie Circulaire Culturelle et Créative) afin de répondre aux nouveaux enjeux de gestion des matières-déchets et d’accompagner le développement d’une filière identifiée sur le territoire. La transition est en marche et rien ne saurait arrêter le secteur culturel !

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