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03 October 2019

Les labels, une espèce en voie d’extinction ?

Les prises de risque sont-elles encore possibles ?

Les labels sont en mutation et prennent des voies différentes en fonction de leurs convictions ou des esthétiques qu’ils défendent. Certains revoient leur modèles économiques en confiant de nouvelles responsabilités aux artistes, quand d’autres investissent leur trésorerie. Le numérique a fait baisser les coûts de production mais le secteur est toujours à la recherche d’un mode de rémunération plus juste, selon par exemple l'approche "User-Centric" prônée par un certains nombre d'acteurs.

Historiquement, l’activité de label était concentrée en Île-de-France. Le coût de production de la musique nécessitait une industrie centralisée sur Paris. Cinq autres régions ont également bénéficié d’une certaine concentration de labels qui a conduit à une forte structuration de producteurs phonographiques autour de fédérations comme la Freppa (Rhône-Alpes), la Feppia (Aquitaine), la Phonopaca (Provence-Alpes-Côtes d’Azur), la Flim (Midi-Pyrénées) ou encore la Fedelab (Grand-Est). Ces fédérations régionales se sont, d’une part, rassemblées au sein de la Félin, et dans le grand mouvement des fusions de régions, elles ont intégré des réseaux régionaux de filière, comme le RIM (Nouvelle-Aquitaine), Grand Bureau (Rhône-Alpes Auvergne), ou encore le PAM (dans le Sud de France). De fait, la répartition régionale des labels n’est pas vraiment harmonieuse en France.

 

En région des Pays de la Loire, de nombreuses structures musiques actuelles entreprennent dans la production phonographique. Mais, il existe très peu de structures pour lesquelles il s’agit de l’activité principale. C’est souvent sur la base d’un constat d’absence de solutions en termes de production phonographique et de distribution, que se développent l’activité de label. C’était le cas de Thibault Kret qui témoigne : « On a créé Maaula Records pour produire des esthétiques qui n’étaient plus distribuées. Et, c’est cette activité qui nous permet d’entretenir un réseau autour d’une identité musicale. » Pour Hélène Fourrage de Mus’Azik : « Le fait est que l’on ne trouvait pas de label, et que du coup, on a fait le choix d'en monter un, pour que les prods phonos se fassent, sinon sans album, pas de live. Par contre, pour le faire bien, ça demande du temps. Toutes les notions techniques autour de l’activité de production phonographique sont complexes. Il faut savoir s’entourer et se former. » C’est la formule choisie par Yvonnick Agueneau de Saravah : « Aujourd’hui la visibilité est courte. Il faut réfléchir à comment s’adapter et s’appuyer sur des organes compétents. Il y a les sociétés civiles sur les droits voisins, des sociétés de producteurs ou encore la chambre syndicale des éditeurs sur les questions liées au droits d’auteur et l’impact de la directive européenne. » (Voir l'article sur la directive européenne).

C’est quoi un label ?

En mai 2015, Paul Bessone, directeur de l’Institut des métiers de la musique (IMM), donnait cette définition du label : « Un label est une marque de production, de commercialisation ou tout simplement un identifiant. Elle reflète un savoir-faire, une direction artistique, une identité. Un label désigne la marque commerciale sous laquelle une structure décide de réaliser ou d’éditer un certain type de productions pour des raisons d’homogénéité de catalogue ou de ligne éditoriale ». Dans cette définition, aucune référence n’est liée à la production phonographique. Pour adhérer au collège « labels » de la Félin (Fédération des labels indépendants), la notion de production phonographique est indissociable. L’adhésion est conditionnée à un catalogue de trois disques minimum et de deux artistes distincts. Pour Vivien Gouery de Yotanka : « Aujourd’hui, tout le monde se revendique label. En effet, la notion de process artistique est essentielle. Elle est le gage d’une identité musicale. Mais, être label cela signifie prendre des risques sur la production de musiques enregistrées et non sur le live. » Mais prendre des risques financiers n’est pas simple dans un marché instable. « Pour monter un label et financer la production d’un album, il faut avoir une très bonne trésorerie. » souligne Hélène Fourrage. Pour Muriel Bousseau de LMP, les contraintes sont identiques : « Les retours sur investissement sont long et la viabilité d'une jeune structure comme la nôtre tient au fait que les chiffres de ventes sont encourageants avec un groupe de scène comme KoKoMo qui vend aussi énormément de disques.

Vers une évolution des contrats ?

Actuellement, 3 types de contrats prédominent dans le secteur de la musique enregistrée.

  • >> Le contrat d’artistes lie l'artiste à son producteur pour les frais liés à la production, la fabrication, la promotion et la distribution. L'artiste interprète est rémunéré sous forme de royalties (entre 5 et 10%).
  • >> Le contrat de distribution lie le producteur à une société de distribution et permet la mise en place des disques en magasin et ou sur des plateformes numériques.
  • >> Et enfin, le contrat de licence lie un producteur à un label qui va licencier l’exploitation du master au producteur sur une période donnée en assumant les couts de promotion et de fabrication.
    (source : d1management.com)

Selon Quentin Gauvin de Fvtvr/Believe, c’est ce dernier contrat qui est remis en question : « Le contrat d’artistes devrait demeurer car toute une frange d’artistes n’ont pas les capacités, le temps, l’envie ou les moyens d’être autonomes sur la production, la fabrication et la promotion de leur musique. Par contre une large part d’entre eux se tourne directement vers une solution de distribution qui leur permet de rester maitre de leur master et donc de conserver une grosse majorité des royautés en s’entourant de partenaires externes (promo, marketing). Même les majors se mettent aujourd’hui à signe ce type de deal parfois en internalisant les services externes et en le répercutant dans le taux. Mettre de la musique en ligne et accessible à tous, c’est désormais facile. Par contre pour qu’elle ait une audience, il faut travailler sa visibilité sur les plateformes (via les pitchs aux équipes "éditos" des stores de streaming => travail du distributeur) et son audience digitale (réseaux sociaux => travail de l’artiste ou du label). Développer son audience sur Spotify, Deezer et les plateformes numériques, c’est une nouvelle compétence que les labels doivent obligatoirement intégrer aujourd’hui. Certains artistes peuvent avoir une autonomie sur le digital et la gestion de leurs réseaux sociaux mais ce n’est pas le cas de tous. L’expertise et accompagnement d’un label reste nécessaire pour bon nombre d’artistes. » Ainsi peuvent se développer de nouvelles structures telles que Grand Musique Management qui « conseille les musiciens et leur propose toute une gamme de services, leur permettant de se passer de maison de disques et de fonctionner en totale indépendance. » (voir l'article de libération su GMM)

Pour mieux vivre de sa musique faut-il limiter les intermédiaires ?

C’est le principe de ces sociétés de prestation de services qui invitent les artistes à devenir des entrepreneurs musicaux. Pour Yvonnick Agueneau, il paraît compliqué de tout demander aux artistes : « Ils ne peuvent pas tout faire, notamment sur la partie des droits ». Pascal Boudet de la Good Citizen Factory va plus loin en invitant les labels à se questionner sur leur utilité avant chaque nouvelle production. « Le label devient polluant dans l’écosystème, voire improductif quand il capte la majorité des ressources financières. Il faut former les artistes à être autonome. C’est à l’artiste d’être propriétaire de ses propres moyens de production. Je comprends que tous les artistes ne peuvent pas tout gérer. Cette contrainte n’est pas réservée aux artistes. C’est vrai dans tous les métiers. Et j’espère que cela fait ou fera partie du bagage dans le cursus de formation des musiciens » affirme-t-il. Ce qui est certain, c’est que le secteur vit une évolution forte. Pour Maud Gari : « Les labels sont en voie de mutation. Aujourd’hui, ils ont tous des méthodes, des process différents. Leur point commun, c’est la passion. Et ça, on ne peut pas l’éteindre. Les labels resteront. La question est sous quelle forme, bénévole, subventionnée ou autre. C’est difficile de prévoir l’avenir dans un contexte économique aussi contraint ».

User-centric, vers une rémunération juste

Au travers de ces évolutions et du développement du numérique, la question de la rémunération des labels et des artistes revient souvent au milieu de la table. La Félin (Fédération des Labels Indépendants), et des réseaux régionaux de musiques actuelles comme le RIM (Réseau des Indépendants de la Musique – Nlle Aquitaine), se sont prononcés en faveur de la mise en place d’une répartition centrée sur les usages des utilisateurs plutôt que sur la masse - Cela se nomme « User Centric ». Aujourd’hui, les revenus du streaming sont répartis « au prorata du nombre d’écoutes » sur le modèle de la radio. Ce prorata favorise les artistes les plus écoutés. Le principe « User Centric » est de flécher les bénéfices de chaque abonné uniquement vers les artistes écoutés par le dit-abonné. Deezer a également lancé une campagne pour développer ce système de rémunération qui semble plus juste. Un site dédié a été mis en place par Deezer pour expliquer cette approche. Selon Ludovic Pouilly de Deezer : « Le User Centric, contrairement au système basé sur la part de marché, permet de faire revenir l’argent généré par un abonné aux artistes qu’il a effectivement écoutés. » A suivre de près...

 

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