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10 December 2019

La facture instrumentale en Pays de la Loire

Données chiffrées et grandes tendances

113 structures de la facture instrumentale des Pays de la Loire ont participé à une enquête réalisée par le Pôle, la Chambre Syndicale de la Facture Instrumentale (CSFI), l’ITEMM et la Mission Pays de la Loire Métiers d'Art. Quelques tendances se dégagent. Ce secteur est composé à 81% de microentreprises. 55% ont moins de 10 ans. 65% sont spécialisées dans une famille d’instruments. Les coopérations pourraient être renforcées, même si des liens existent avec les écoles de musique.

Le secteur de la facture instrumentale est assez complexe à circonscrire. En effet, si nombre d’entre eux ont un pas de porte et une vitrine, il n’existe pas d’annuaire exhaustif. Les réseaux et associations professionnelles sont souvent segmentés par typologie d’instruments. De plus, les codes NAF, la nomenclature d’activités française de l’Insee, sont très disparates pour ce secteur. En effet, sur les 75 réponses données pour le code NAF (32 répondants ont indiqué ne pas connaître leur code), 19 codes NAF différents ont été donnés, allant du 32.20Z (Fabricants d’instruments de musique) au 46.47Z (Commerce de gros inter-entreprises).

Pour cette étude réalisée par le Pôle, la Chambre Syndicale de la Facture Instrumentale (CSFI), l’ITEMM et la Mission Pays de la Loire Métiers d'Art, des déplacements au plus proche des acteurs de terrain, dans les bassins de vie, ont permis d’identifier 240 structures liées à la facture instrumentale en Pays de la Loire. Parmis elles, 113 structures ont répondu au questionnaire proposé.

Principalement des microentreprises

Le premier constat est similaire à celui de l’Etude sur le marché français de la facture instrumentale, réalisée par le Credoc pour la CSFI et le Ministère de l’Economie et des Finances : « La facture instrumentale est caractérisée par la prédominance des petites structures, parmi lesquelles de nombreuses entreprises artisanales avec très peu ou aucun salarié. En 2015, on dénombrait 1 037 entreprises y compris micro-entrepreneurs appartenant au secteur 32.20Z de la fabrication d’instruments de musique, employant 1 555 salariés. Le secteur est marqué par une atomicité très importante des structures : 88 % des entreprises n’ont pas de salariés ; 95 % des entreprises ont moins de 3 salariés ; 98 % des entreprises ont moins de 10 salariés ».

En Pays de la Loire, 81% des répondants indiquent avoir 1 ou aucun salarié, et 94% moins de 10 salariés. 61% ont indiqué être sous l’un des statuts juridiques d’auto-entrepreneur, d’indépendant ou d’entreprise individuelle. A noter que les croisements entre l’activité et la forme juridique n’ont pas révélé de spécificité. Ainsi, 31 structures ont indiqué faire de la vente directe sous le statut d’auto-entrepreneur, d’indépendant ou d’entreprise individuelle (dont 19 avec un magasin physique). Selon Patrick Sinigaglia, chargé des relations extérieures à l’ITEMM du Mans : « Cela correspond parfois à un choix de vie, l'autoentreprise est simple administrativement et nécessite pas ou peu d'investissements. Par exemple, ce statut est bien adapté pour les accordeurs ayant peu d’achat de matière première ». Pour Fanny Reyre Ménard, de l’Atelier du Quatuor : « Le modèle d’entreprise à 10 ou 15 salariés n’est plus possible dans le marché actuel. Et seul, c’est humainement pas viable au quotidien sur plusieurs années ». Jacques Carbonneaux de la CSFI poursuit : « Le modèle de micro-entreprise complexifie l’investissement, le développement et l’innovation ». Mais cette situation s’explique par des difficultés, selon Fanny Reyre Ménard qui précise : « Le passage de micro-entreprise vers un autre statut est complexe administrativement et nécessite une forte trésorerie. Le gap est trop gros et implique un changement de modèle économique ».

Des structures de moins de 10 ans

2009 est l’année de création médiane des structures répondantes. 55% d’entre-elles ont été créées depuis moins de 10 ans. Ce chiffre s’explique notamment par la fermeture de nombreuses enseignes historiques. Selon Guillaume Parthenay, responsable marketing pour Algam : « Il y a eu une grosse chute, vers 2010, après la crise financière. Le budget passion est souvent la première dépense qui est sacrifiée. On a vu beaucoup de magasins mettre la clef sous la porte, mais une ville sans magasins de musique, c'est inimaginable. Aujourd'hui, on sent une reprise mais le marché est fragilisé ».

Les acteurs de la facture instrumentale constatent surtout la création de nouvelles structures. Pour Jacques Carbonneaux, chargé de mission pour la CSFI, « Il n'y a jamais eu autant de luthiers, leur nombre s'est multiplié par cinq en 20 ans. Le statut d’auto-entrepreneur a bouleversé le secteur et démultiplier le nombre d’enseignes ».

Des spécialistes d’un instrument

Sans surprise pour Franck Lavillonnière, conseiller en développement à la Mission « Pays de la Loire – Métiers d’Art » : « les facteurs d’instruments connus exercent leur activité sur une seule famille d’instruments ». Ce constat est également partagé dans l’étude du Credoc : « La facture instrumentale est caractérisée par la prédominance des petites structures (…). Ces entreprises sont positionnées sur des niches à forte valeur ajoutée, souvent sur un seul type de produits ». En Pays de la Loire, 65% des répondants ont indiqué travailler sur une seule famille d’instruments parmi la liste suivante : Cordes pincées, frottées / Clavier, accordéons / Instruments à vent et à anches / Accessoires et extensions (pédales, amplis, enceintes...) / Percussions ; Electronique, numérique et informatique.

Si des spécificités existent selon les départements (voir article « Où se trouvent les instruments ? »), deux familles d’instruments sont régulièrement citées sur l’ensemble des territoires. Il s’agit des « Cordes pincées et des cordes frottées » avec 63 % des répondants. Au sein de cette famille d’instruments, le secteur le plus concurrentiel est celui des « Guitares et basses » avec 39 % des répondants qui en fabriquent ou en vendent.

Les facteurs instrumentaux se spécialisent également sur des instruments plus rares. On peut rencontrer des spécialistes du ukulélé, du didgeridoo, de oud, de la fabrication d’archets historiques ou encore l’octodyna.

Un fort lien avec les écoles de musique

70% des répondants indiquent travailler avec les écoles de musique et les conservatoires. C’est de très loin le secteur de la filière musicale avec lequel les facteurs instrumentaux collaborent le plus et celui envers lequel, il y a le plus d’attentes. « Le pourcentage est important, car bon nombre d'entreprises ont également une activité commerciale en répondant aux appels d'offres commerciaux ou techniques des conservatoires et les écoles de musique » affirme Patrick Sinigaglia. Ces collaborations prennent aussi forment d’expertise et de sensibilisation. Ainsi Edwige Etienne, de la Fée des Vents, propose des ateliers sur l’entretien et l’hygiène des instruments. « Il y a un réel manque d'information sur l'hygiène des instruments. Un instrument mal réglé, c'est tout simplement moins de son, voire un son faux. Et au-delà de ça, c'est une question de santé, plus particulièrement sur les instruments à vent ». Mais les coopérations restent limitées notamment du fait des marchés publics. (voir article sur les coopérations).

Peu de collaborations entre pairs de la facture instrumentale

64% des répondants indiquent ne pas travailler avec leurs pairs de la facture instrumentale. Cet indicateur ne surprend pas la CSFI. « Il y a un immense axe de progression sur la coopération. Cela ne nécessite pas d’investissement financier mais une évolution des mentalités » précise Fanny Reyre Ménard, de l’Atelier du Quatuor. Elle ajoute : « Le fait d’être isolé par la taille de sa structure et le manque de réseau, limite la veille et le développement de stratégies collectives ».

Pour Jakez François, directeur des Harpes Camac, entreprise située à Mouzeil : « Compte tenu de notre activité très spécifique, nous n'avons pas d'opportunité de collaborer avec d'autres entités de la facture instrumentale. Par contre nous travaillons avec des artisans et métiers d'art de la région, mais qui ne sont pas dans le secteur musical ».

a c e g i n p t T u z

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