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03 June 2020

Portraits déconfinés (1/16)

Les magasins de musique et les disquaires

La crise sanitaire liée au Covid-19 impacte la filière musicale et instrumentale dans son entièreté. Durant le confinement, les boutiques ont fermé leurs portes et construit des initiatives nouvelles. Aujourd’hui, les enjeux économiques et culturels de l’après-Covid questionnent l’avenir des disquaires et luthiers, entre initiatives nouvelles et craintes pour l’avenir des professions musicales.

À l’épreuve du confinement

« Avec les charges professionnelles et personnelles, cela représente une perte énorme » soutient Christophe Pluquet d’Unik Music, disquaire indépendant au Mans. Entre luthiers, facture instrumentale et boutiques indépendantes, le monde de la musique et plus globalement de la culture se retrouve économiquement très impacté par le confinement. Après environ deux mois sans activité, les professionnels mesurent les pertes, mais notent aussi les initiatives : Fanny Reyre-Ménard, luthière indépendante à Nantes, estime « qu’il a été difficile de travailler sans client ». Pour autant, la créatrice revendique aussi la mise en place de nouveaux projets solidaires en cette période creuse comme « la maintenance d’instruments et fournir des accessoires indispensables (ex : des cordes) à prix coûtant aux intermittents impactés par la crise pour qu’ils puissent jouer dès la reprise des concerts. En échange, on demande aux musiciens salariés de faire travailler leur luthier ». Une façon de remobiliser la filière instrumentale et culturelle en vue d’anticiper « l’après », mais aussi d’exercer une petite activité. Jean Christophe Fillon, disquaire et gérant de la boutique Mélomane à Nantes, affirme à ce titre : « Nous étions inquiets la première semaine. Heureusement, la vente en ligne et la fidélité de nos clients nous ont sauvé la mise, le moral est reparti et cela couvrait au moins les charges fixes. »

« On ne peut accueillir qu’un client et sur rendez-vous, c’est un peu un tue-l’amour »

Le respect des règles sanitaires est aujourd’hui monnaie-courante : masque obligatoire, distanciation sociale, désinfection systématique et réouverture progressive de l’activité. Chez Mélomane, « on demande aux clients d’idéalement ramener leur casque audio s’ils veulent écouter un disque » tandis que la préoccupation première de Fanny Reyre-Ménard est d’être en ordre avec les règles sanitaires et les gestes barrières et la prise de rendez-vous systématique avec les clients, «  ce qui est un peu un tue-l'amour (rires) ». D’un point de vue économique, beaucoup constatent une reprise difficile : « J'ai deux à trois fois moins de fréquentation car les gens ne se baladent pas, il n'y a pas de curieux qui rentrent. Heureusement, nos habitués nous soutiennent énormément. Sans ça, j’envisageais une fermeture » déclare le disquaire manceau Christophe Pluquet. Malgré des réouvertures difficiles, certains professionnels remarquent un regain d’intérêt des mélomanes amateurs pour les boutiques instrumentales et musicales indépendantes qu’ils réinvestissent. C’est le cas pour JIB Guitare à La Roche-sur-Yon qui « redémarre à fond dès l’ouverture, c’est moralement rassurant même si l’on sait que l’excitation va retomber » estime Jean-Baptiste Lorin, luthier guitares et basses. Dans le même esprit, certains clients semblent s’être réappropriés les ondes et vibrations de nombreux supports audios comme le vinyle durant le confinement, relève Jean-Christophe Fillon : « la reprise est bonne, on sent qu’il y avait un manque. Certains ont découvert le plaisir d’écouter un vinyle du début à la fin, de lire la pochette car le confinement permettait d’avoir le temps pour le faire ».

Le monde d’après

La filière musicale dans son intégralité craint des difficultés pour ses professionnels dans un avenir proche. Fanny Reyre-Ménard admet que ne serait « pas surprise que 20 à 25% des luthiers arrêtent leur activité ». Un constat affolant et dont les tenants viennent notamment de la fermeture des écoles et potentiellement du désintérêt des plus jeunes pour l’instrumental : « en termes de location d'instruments, j'ai peur qu'ils aient décroché et qu'ils abandonnent. Les écoles n'ont pas pu faire de portes ouvertes, ce qui va nuire au recrutement de nouveaux élèves ». De même, « les grosses entreprises du secteur s’en sortiront. Les petits, comme moi, pourront adapter leur activité à leur chiffre d’affaires même si cela peut impliquer des licenciements. » amorce la luthière Nantaise. En cela, beaucoup affirment la nécessité d’aides complémentaires de l’État qui pourraient s’étendre bien au-delà de la période du confinement. Jean Baptiste Lorin, de JIB Guitare en est convaincu,  « les plus faibles vont souffrir, c’est évident. Les prêts et les loyers gelés, c’est bien, mais tout cela devra être payé à un moment. Nous restons très prudents. ». Ces difficultés financières, mêlées à la peur d’une demande ralentie attisent les revendications et questionnements d’avenir. Comment restaurer la facture instrumentale ? La filière musicale et disquaire ? Et celle de la culture, dans sa globalité ? À ce titre, Jean-Christophe Fillon se dit plus inquiet pour les barmen, restaurateurs et intermittents puisque toute la filière en dépend pour transmettre et diffuser la musique.  Fanny Reyre-Ménard conclut : « Comme tout le monde, on va ramer pour s'en remettre. Que ce soient les salles de musiques, les écoles ou les disquaires, il va falloir reconquérir le public. C'est effrayant, mais aussi stimulant » !

 

article écrit par Grabuge

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