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16 June 2020

Portraits déconfinés (5/16)

Les lieux de répétition et d'enregistrement

La crise liée au Covid-19 a touché de plein fouet la filière musicale, les lieux de répétions et d'enregistrement ne sont évidemment pas en reste. La diversité de structuration (travailleurs indépendants, associations gérées par des bénévoles, équipement public, centres sociaux, activité d’accompagnement de SMAC ou structures publiques) rend la lecture de leurs situations moins évidente.

Giboulées de mars

 « Nous sommes des passionnés de musique, pas des experts en décrets présidentiels » ironise Paul Gelebart, président bénévole du laboratoire manceau Le Silo, dont l’activité a été durement impactée par la crise du Covid-19. Dès le début du mois de mars, l’organisme sarthois anticipait la crise à venir, quitte à fermer l’établissement dès le lendemain des annonces d’Édouard Philippe : « en revanche, nous avons été naïfs quant à la durée du confinement. Nous pensions que l’activité reprendrait vite » relate le gérant. Pour Mélanie Alitru, co-directrice du Chabada (la Cerclère et les studios Tostaky),  renchérit : « les consignes n’ont pas été déclinées très précisément. Il fallait parfois croiser trois textes pour seulement imaginer ce que nous avions le droit de faire ».

Comme l’explique Valentin Pirio, du studio Aubin d’Son à Chateaubriant, l’équilibre économique a été touché à différents échelons. « L’activité de studio de répétition n’a jamais été viable. Les tarifs sont volontairement bas pour permettre à tous les musiciens de venir. On fait beaucoup de prestations pour rentabiliser. Mais avec l’arrêt des événements, nous subissons de réelles pertes. » Et les conditions de confinement n’ont pas permis de poursuivre les chantiers en cours. De même les conditions de travail ont eu un impact. « Avec l’école à la maison, c’est compliqué de se concentrer pour finaliser les mixages en cours » confie Léonard Mule, manager du studio d’enregistrement parisien Le Poisson Barbu et ingénieur son/réalisateur indépendant à Rezé

Aujourd’hui, l’obligation sanitaire

Le respect des règles sanitaires et des gestes barrières est la priorité de la reprise des lieux culturels. Mais les contraintes sanitaires réduisent fortement les capacités d’accueil. Dans le cas du studio Aubin d’Son, les lieux ne peuvent accueillir qu’un seul groupe par jour, avec désinfection complète du matériel entre chaque passage. Le Silo applique le même protocole : « nous disposons de dix salles de répétition qu’il faut désinfecter pendant 30 minutes après chaque session, ce qui fait cinq heures de travail en plus chaque jour ! » affirme Paul Gelebart, pour qui « il était impossible d’assumer toutes ces tâches. Nous avons dû faire appel à une entreprise extérieure ». Résultats : c’est complet en accueillant moins de monde et avec davantage de frais. En cela, la réouverture des lieux de répétition et d’enregistrement ne peut être viable économiquement, voire impossible à moyen terme. C’est toutes les chaînes de la pratique en amateur et de la création qui se retrouvent en difficulté.

Une solidarité nécessaire.

Après deux mois de confinement avec un chiffre d’affaire presque égal à zéro, Léonard Mule commence tout juste à voir le bout du tunnel.Le mélomane relate l’entraide entre les artistes et les studios : « il y a eu de la solidarité. Un groupe a notamment versé un acompte pour une session au mois de juin 2020. ». Malgré la reprise, l'indépendant ne comptabilise que 25 à 35% de son chiffre d’affaire ordinaire. Celui-ci grimpe à 70% avec les aides aux entreprises, mais ce n’est pas tenable à plus long terme, à moins « que le gouvernement prolonge le Fond de Solidarité ou le rende dégressif au minimum jusqu'à septembre ». Le Chabada (avec la Cerclère et les studios Tostaky) accompagne les artistes dans la relance et mise sur l’interdépendance des professions musicales. La SMAC angevine a préféré ne pas prélever les loyers des lieux de répétitions et de stockages pour éviter la double-peine aux artistes dont l’économie est déjà extrêmement fragile et perturbée. Pour Mélanie Alaitru : « l’objet est d’aider les groupes à se relancer et donner les moyens à la création. »

Quels modèles économiques pour la création et les pratiques en amateur ?

De nombreux lieux associatifs de répétitions, enregistrements et stockages de matériels sonores font part de leurs désarrois face au peu d’informations du gouvernement. Le financement des lieux de création professionnelle et amateur est en question. Pour Valentin Pirio, l’objet est désormais de diversifier les sources de financement pour ne plus dépendre totalement des prestations de location, en misant sur l’accueil du public ou l’organisation d’ateliers musicaux. Le salarié du studio castelbriantais insiste : « les collectivités locales nous ont aidés, mais j'ai peur que ce soit moins le cas étant donné toutes les demandes qu'elles vont recevoir de tous les acteurs des différentes filières. On risque d’être la dernière roue du carrosse ». Pour Léonard Mule, la crise, l’a « complètement convaincu de ne pas ouvrir un nouveau lieu d’enregistrement en Pays de la Loire et de continuer à utiliser les structures existantes. »

article écrit par Grabuge Magazine
photo : le Silo crédit : Julien Martineau.

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