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02 July 2020

Portraits déconfinés (10/16)

Le patrimoine immatériel

« Le confinement, c’est l’occasion parfaite pour prendre le temps et faire le tri de ses archives. » Si cette phrase a été entendue, dans les faits, ce n’a pas été forcément le cas. C’est la conséquence probable d’un manque de structuration de la filière pour archiver et valoriser son histoire. Certes, les communicants ont ressorti les vieux dossiers, les images d’époque ou encore des vidéos d’archives. Mais ce sont surtout les réseaux sociaux qui ont profité de cette agglomération de données.

Rien ne s’arrête

Au premier jour du confinement, l’OPCI est, comme la plupart des organisations, déstabilisée par la soudaine mise en place du confinement généralisé. Pourtant, grâce à une partie de leur activité accessible en télétravail, les salariés ont pu continuer leur mission. En effet, à distance, l’équipe a pu poursuivre la récolte et le traitement d’archives du patrimoine culturel « immatériel », c’est à dire ce qui n’est pas tangible comme les savoirs et savoir-faire, la mémoire collective, les arts du spectacle ou encore les pratiques rituelles et festives. « Le 16 mars, nous avons récupéré un maximum d'archives pour les amener à nos domiciles et pouvoir continuer de les traiter. L'activité s’est ainsi poursuivi en télétravail » explique Morgane Godet, chargée de projets pour l’association. Certains projets ont pu être menés à bien, comme la réalisation d’un disque autour des musiques traditionnelles, avec les écoles primaires et le Conservatoire de Musique des Sables-d'Olonne, tout juste enregistré trois jours avant le début du confinement. « Avec tout cela, lorsque nous sommes revenus au bureau, nous n'avions pas le sentiment d'avoir arrêté » s’amuse Philippe Boisseleau, directeur général de l’OPCI. À plus grande échelle, grâce aux réseaux sociaux, la crise mondiale a été une source inouïe de contenus entrant dans le domaine du patrimoine immatériel. « C'est énorme ! s’enthousiasme Philippe Boisseleau. Les textos, les messages vocaux, ce sont les cartes postales d'aujourd'hui. Durant le confinement, on a vu beaucoup d'artistes se mettre en scène à distance. Les services publics de la culture et des archives ont aussi joué le jeu, comme avec #CultureChezNous, dispositif recensant l'ensemble des formes culturelles à distance, ou les initiatives de la BnF, du Mucem ou de la ville de Nantes qui proposaient des collectes pour conserver la « mémoire du confinement » ». Demain, le travail ne manquera pas.

Des incertitudes sur l’avenir mais un projet mobilisateur

Chargé de l’accompagnement des organismes et territoires dans la valorisation de leur patrimoine immatériel, l’OPCI travaille main dans la main avec de nombreuses structures de la région. Certaines d’entre elles n’ont pu continuer leur activité, l’office s’est donc retrouvé indirectement impacté par la crise sanitaire. Certains projets ont été purement et simplement annulés. « Nous avons perdu six mois de prise contact et de confirmations de partenariats. Il nous manque des finances pour la fin de l'année, c'est un coup dur pour nous aussi » explique le directeur. Financé à 70 % par des services pour des collectivités, fédérations ou associations, l’OPCI risque d’être impactée. Cette baisse de budget ponctuelle accentue la mise à mal d’un secteur déjà fragile.  « Malheureusement, le patrimoine est rarement une priorité » rapporte Philippe Boisseleau. « Le mot « patrimoine » fait parfois vieillot, alors que c'est justement multigénérationnel : il constitue le lien entre le passé et l'avenir ». Le directeur de l’Office s’inquiète de la menace de la baisse des financements alloués au secteur. « Chez nous l’énergie est là et beaucoup de gens nous font confiance. En ce qui concerne les musiques actuelles, avec le Pôle nous portons le programme FolkArchives mais on manque de moyens pour le promouvoir et  le mettre en œuvre auprès des membres ». Le message est clair. Le secteur du patrimoine immatériel est en attente d’une structuration qui pourrait être insufflée par le futur Centre régional des Patrimoines culturels Vivants, projet qu’a initié l’Office en partenariat avec la Région, la DRAC, le Département de la Vendée et les acteurs de la filière.

Le patrimoine aux prises des multinationales

Si la crise sanitaire a mis en lumière les problèmes actuels de l’Office, elle a également accéléré le processus de monétisation de la mémoire. Ce qui inquiète le plus l’OPCI, c’est la prise en charge des archives par des multinationales. « Google ne s'en cache pas, ils ont pour ambition de conserver la mémoire de l'Humanité ».Le travail de mémoire auprès des gens voire des organisations est aujourd'hui majoritairement fait par les réseaux sociaux. « Facebook est le premier à vous rappeler ce qui vous faisiez il y un an, cinq  ans ou dix ans » rappelle Philippe Boisseleau. Si notre mémoire collective n’est plus prise en charge par nos institutions, elle devient une masse de données à monétiser, servant les intérêts des quelques géants du secteur. « C'est terrible de se reposer sur ces technologies faussement gratuites pour conserver notre mémoire et notre histoire ».

 

article écrit par Grabuge
photo : le projet de CD réalisé pendant le confinement

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