^ arrow_upward
08 July 2020

Portraits déconfinés (11/16)

Les labels & producteurs phonographiques

Depuis les premières annonces gouvernementales, les labels doutent. Fermeture des salles, interdiction des rassemblements, médias bouchés… Les artistes ne savent ni quand, ni comment, ils retrouveront la scène. Moral en berne et baisse des ventes, l’avenir est flou pour la musique enregistrée.

Le 8 mars 2020, le gouvernement interdit les rassemblements de plus de 1000 personnes. Le 16, un confinement général est annoncé. Tous les événements sont annulés sans perspective de reprise. Chez les labels, l’inquiétude grandit, le dilemme est cornélien : doit-on maintenir ou décaler les sorties de disques prévues ?

Le label associatif angevin Maaula Records s’est appuyé sur les désirs des artistes pour prendre la décision. « Nous devions sortir trois disques en fin de saison. En concertation avec les groupes, nous avons reporté deux sorties et maintenu une. C’était l’aboutissement d’un projet de longue haleine pour le groupe, ils n’imaginaient pas repousser la sortie de six mois » détaille Thibault Kret.

La sortie d'album étant accompagnée de concerts, certains reports se sont avérés nécessaires. « Nous avons décalé la sortie du prochain disque de Lenparrot car elle était assortie d’une tournée » explique Quentin Gauvin, président de Fvtvr Records. Pour autant, le label associatif a maintenu certaines sorties afin que les disques bénéficient d'une certaine visibilité. « Si on décalait la sortie de tous les albums à l’automne, ils se seraient retrouvés à côté des mastodontes ayant décalé leurs sorties sur cette période. La concurrence aurait été trop rude pour toucher les médias déjà fortement sollicités ».

L’auto-promotion nécessaire

La problématique est fréquente, même hors période de crise. Les labels ont du mal à ouvrir la porte des médias aux artistes émergents. « C'est pour cela qu'on encourage les artistes, même si ce n'est pas toujours évident pour eux voire douloureux, de s’emparer des réseaux sociaux et  de créer leur propre média, leur propre audience pour ne pas être dépendant des médias dits traditionnels ».

La période n’était pourtant pas propice à la promotion. Les premières semaines, les artistes n'avaient pas envie de prendre la parole sur les réseaux sociaux, du moins pas pour se mettre eux-mêmes en avant. « Ça aurait pu être mal interprété » expose Vivien Gouery, directeur artistique de l’éditeur de musiques actuelles nantais Yotanka. «  Ils ont quand même été présents, mais il fallait trouver un ton non-commercial, ne pas essayer de vendre quelque chose ».

Doute et inspiration

De nombreux artistes ont mal vécu la période de confinement. « Ils avaient le moral dans les chaussettes. Ils ont travaillé un voire deux ans sur un disque. Qu'il sorte dans ces conditions, c'est un peu une défaite pour eux, comme pour les sportifs qui se sont entraînés toute l'année pour les JO 2020. Ils ont un deuil à faire » témoigne Quentin Gauvin. Certains ont même remis en question toute leur carrière. « Un album c’est parfois un projet de vie » continue Vivien Gouery. « Des musiciens ont craqué… Parfois, ils veulent même arrêter la scène »

À l’inverse, d’autres ont très bien vécu l’obligation de rester chez soi. « Nos artistes travaillent seuls devant leur ordi. Quand on leur dit qu'ils vont pouvoir passer deux mois enfermés chez eux, ils sont heureux ! La période était chargée, ils avaient beaucoup à dire » ironise Pascal Boudet du label Good Citizen Factory.

Un délicat retour en salle

Aujourd’hui, si le pic de la crise sanitaire est passé, l’avenir est toujours trouble pour le secteur du disque. Les labels ne savent toujours pas quand leurs artistes pourront retourner sur scène, alors que c’est leur principale source de revenu. La programmation des salles est complètement décalée : « La plupart des SMAC ont déjà bouclé leur planning de rentrée avec tous les reports et les concerts déjà prévus sur cette période. Il n’y a plus de place » s’inquiète Thibault Kret.

Les disques sortis juste avant la crise n’ont pu être exploités, et donc, peu vendus. Une source de préoccupation pour Vivien Gouery. « On risque d'avoir des stocks sur les bras, car les musiciens n'ont pas joué. Avec ce que nous avions investi en promotion - attachés de presse, affichage dans le métro, etc. - on estime la perte à environ 25 000 euros »

Frappés de plein fouet par le confinement, les labels ont remis en question leur fonctionnement et  leurs objectifs. « Cette pause nous a aussi fait du bien. À force de passer du temps à scruter les chiffres du streaming et de la vente des billets de concerts, on ne parle plus de musique ! (rires) Cela nous a permis de réfléchir, de sortir du champ économique, et de remettre du sens dans notre activité » conclut Vivien Gouery.

article écrit par Grabuge
photo : capture d'écran Facebook Fvtvr Records

a c e g i n p t T u z

Articles similaires

Risques auditifs - Kit pédagogique

Pianissimo 2020

200 paires de bouchons à prix ultra réduits

A destination des musiciens, techniciens amateurs et/ou en voie de professionnalisation, le dispositif Pianissimo permet à 200 ligériens de s'équiper de protections auditives moulées à son conduit auditif. Un dispositif soutenu par l'ARS et bénéficiant du soutien du réseau Audition Mutualiste, des SMAC et lieux ressources de la région. Le Pôle en …
Portraits d'acteurs

Portraits déconfinés (16/16)

Les festivals

Un été sans festival, c’est acté, souvent dans la douleur et l’urgence. Mais que se passera-t-il à la rentrée ? Comment les organisateurs ressortiront-ils d’une année noire ? Pourront-ils organiser leurs festivals à l’automne ? Si l’avenir est incertain, un point est indispensable : « On ne peut plus improviser. Il est indispensable d’avoir un cad…
Actualité

Aide à la décision pour la reprise des …

Un outil developpé en partenarait par l'ITEMM et la CSFI

La CSFI et L'ITEMM travaillent en partenariat pour réfléchir à une ré-ouverture des lieux de diffusion et de pratique instrumentale et vocale en toute sécurité. Plusieurs guides pratiques (en fonction de catégorie d'instruments ou de typologie de lieux) ont été publiés. La prochaine étape se nomme PIC-OPERA, un programme de recherche visant à la c…

Annonces des adhérents

Appel à projets radios
Appel à projets radios
Saison 20-21 Jet FM
Ici c'est cool
Ici c'est cool
Ne laissons pas la violence pourrir l'ambiance
Formation radiophonique
Formation radiophonique
calendrier 2020
Le Pôle v2.0.101 is currently being updated to v2.0.101
please wait & do nothing