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09 July 2020

Portraits déconfinés (12/16)

Les structures de production & développement d'artistes

Des salles fermées, des dizaines de concerts annulés, des artistes à payer, des structures à sauver… Voilà le constat pour les producteurs de spectacles et bookers après deux mois de confinement. Mais même si les signes de retour à la normale restent faiblards, la filière est engagée pour soutenir ses artistes et faire repartir l’activité, avec ses idées et ses valeurs.

Un confinement dans le brouillard

Comme une large frange du secteur artistique, les producteurs ont été les premiers à sentir les prémices de la crise. Début mars, début des annulations, puis tout s’est enchaîné très vite. « Tout le prévisionnel de l’année a été mis à la poubelle » raconte Simon Hadjer du collectif nantais PYPO Production, qui a fait une croix sur la totalité de son chiffre d’affaires. Le constat est le même chez Syncope Prod au Mans qui a barré 52 concerts jusqu’au mois d’août : « Il y a eu un vent de panique car on avait plein de déclarations entre mars et août, et tout s’est annulé » expose Mathieu Marée, fondateur de l’association. « Il a fallu prendre des décisions dans le flou, par exemple sur l’activité partielle car la notion de report ou d’annulation n’était pas encore claire » poursuit-il. Pour ces développeurs d’artistes, le confinement a donné lieu à « un gros travail en terme de veille juridique sur l’activité partielle et les dispositifs mis en place, puis est venue la charge administrative des dossiers d’aides d’urgence » décrit Simon Hadjer. Une situation confuse, sans réponses limpides, générant « beaucoup de stress » pour Mathieu Marée qui a « bossé comme jamais avec une équipe dont le moral faisait le yoyo ».

Contre mauvaise fortune, bon cœur

Ce sentiment d’insécurité est tout de même à tempérer, comme le laisse entendre Simon Hadjer : « Chez PYPO, on a finalement vécu un renforcement de la culture de nos organisations ». D’autant que pendant la période, le producteur de spectacles s’est entouré : « On a fédéré des pairs – producteurs, lieux, médias… – pour partager les problématiques de façon transversale ». Du côté de Laval, Hureau Booking nuance aussi le tableau : « On a eu plus de frustration de ne pas voir certains projets aboutir que de réel sentiment de danger immédiat » soutient Tony Damond, l’un des deux associés. S’appuyant sur un modèle qui lui a permis d’être relativement serein, le booker mayennais a ainsi lancé la « Quarantaine Solidaire », des concerts en ligne durant le confinement « pour aider les cafés-concerts ». Une initiative qui a permis de récolter 12 000 euros de dons.

Une légère reprise, des constats amers

En vidant leur réserve de trésorerie et en s’appuyant sur des dispositifs d’aides, ces producteurs maintiennent leur structure. Mais la situation est très délicate. « On est actuellement dans une posture où l’on ne prend rien pour argent comptant car un contrat peut être signé et annulé dans la foulée » explique Simon Hadjer, « On a un peu d’activité, mais ce ne sera pas suffisant pour assurer la fin de l’année ». Après la panique et cette reprise en dents de scie, Mathieu Marée, lui, ne décolère pas face à certains employeurs qui « n’ont pas assumé la situation » et n’ont pas maintenu le salaire des intermittents. « C’est un scandale ! » s’emporte-t-il, « C’est en temps de crise que l’on mesure le militantisme, l’implication et le respect du code du travail de chacun ! »

Demain, des tournées et du local ?

La priorité des développeurs d’artistes pour l’avenir ? « Sauver les structures et les emplois » résume Simon Hadjer. Mais à l’heure de regarder devant, ces producteurs de spectacles s’inquiètent. « Pour financer l’activité de développeur d’artistes, beaucoup de producteurs ont plusieurs autres activités de prestations, de communication ou autres (…) avec l’arrêt des concerts, c’est tous nos modèles économiques qui sont en train de tomber à l’eau, des années de travail, de passion et d’investissement » explique Mathieu Marée.

 

La reprise d’une activité de concerts reste floue. « On a plein d’idées de formats, on souhaite proposer de l’emploi artistique et de nouvelles expériences pour le public mais on n’a pas l’argent. » interpelle Simon Hadjer. « On nous propose des dispositifs d’aides. Mais c’est déprimant de remplir des dossiers de subvention sans projet derrière. On veut faire notre métier et être payer pour ». Mathieu Marée a l’espoir que « les tournées européennes et internationales reprennent leur rythme de croisière en 2022, s’il y a un vaccin ». D’autres misent d’ors et déjà sur la force du circuit-court et de la proximité, comme Hureau Booking : « Nos perspectives, c’est de développer nos réseaux et de continuer à faire jouer un maximum dans les petits lieux pour qu’ils continuent à vivre et nous aussi. » Même si l'envie de remonter des tournées est bien là, cette vision d'avenir est partagée par Simon Hadjer, qui s'est saisi de la crise pour « appuyer la logique de production de proximité historiquement présente dans l'ADN de PYPO. Cette nécessité de circuits-courts se trouve renforcée par le contexte. »

article écrit par le Scéno
photo : Concert de Waldden dans le cadre de la Quarantaine Solidaire

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