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21 July 2020

Portraits déconfinés (13/16)

Les cafés-cultures

Vendredi 13 mars, 19h40, Edouard Philippe annonce la fermeture de tous les lieux recevant du public « non indispensable » à la vie du pays. Les cafés et restaurants ont 4 heures pour éviter de perdre leur stock de marchandises. Surtout, ils s’apprêtent à vivre le rideau baissé pendant 80 jours (de mars à début juin). Et après 4 mois sans concert debout, la reprise d’une vie musicale habituelle se fait toujours attendre dans ce qui est la première scène de France : les cafés-concerts.

L’annonce a été brutale et n’a pas du tout permis de s’organiser. « Nous pensions que ce ne serait que le lundi suivant » se souvient Johann Le Mouroux, gérant du Bar des Artistes à La Roche-sur-Yon. « Nous avons passé une annonce sur Facebook juste après, pour ne pas perdre de marchandises ». « Pessimiste de nature », Jean-Yves Kerhornou, responsable du Joker's Pub à Angers, avait prévu le coup : « nous avions annulé le concert en avance. Cependant, dès l’annonce, nous sommes passé en mode « Happy Hour » jusqu’à minuit. À la fin, il y a eu quelques larmes. Nous nous doutions que ça durerait longtemps ». La Drôle de Barge a fait le choix inverse : « il n’y a que peu de gens en début de soirée le samedi » explique Thomas Guiral, co-directeur de cette péniche nantaise,  « Nous avons fermé directement. À 20h18, les portes étaient closes ! »

 

L’arrêt de toute activité fût source d’angoisse pour les café-concerts, qui évoluent au sein d’une économie vacillante. « J’essayais de me dire que mon bar n’allait pas fermer pour la vie » explique Thomas Nedelec, son gérant. Le recours aux Prêts Garantis par l’État a été la solution privilégiée par La Drôle de Barge : « notre entreprise est jeune. Nous avons fait une bonne première année mais le confinement a mis en péril sa santé financière, le PGE a été nécessaire pour rouvrir ». Quant au Joker's Pub, le patron reconnait l’importance des aides financières. « Pendant un mois et demi, le travail majeur était de sécuriser la société. Grâce au chômage partiel, nous avons pu payer nos salariés normalement ».

L’enjeu de la reprise d’activité

L’enjeu se place dans la reprise de l’activité. Des dispositifs comme l’autorisation d’agrandissement des terrasses est un effort significatif. « Notre terrasse habituelle permet d’accueillir 80 personnes. Grâce à l’autorisation de la mairie, nous aurions pu passer à 170 » indique Jean-Yves Kerhornou « mais par manque de mobilier, on se contente de 80 places assises sur une surface 2 fois plus grande. Ce qui n’est pas négligeable pour assurer les mesures de distanciations. » La commune est également à l’origine d’initiatives destinées à aider le secteur. « La mairie d’Angers a proposé à plusieurs structures d’organiser une soirée au sein du parc du château, en offrant une enveloppe pour couvrir les frais et en mettant en place toutes les infrastructures ».

 

Mais tout le monde ne vit pas les mêmes réalités de ré-ouverture en fonction des situations, de la taille des terrasses ou de l’identité des lieux. « Le Ferrailleur, c’est un club. L’économie fonctionne sur le bar. Mais les gens viennent pour les concerts. Sans musique, pas de public » explique Thomas Nedelec. À La Carotte, en Mayenne, la situation est comparable. « Je me faisais tout un monde du manque de place, mais, en fait, je ne travaille pas… Il y a des jours ou j’ouvre pour perdre de l’argent. Les gens ont toujours peur et n’ont pas envie de s’embêter avec un masque » explique Ingrid Strebinger.

 

En effet, les mesures sanitaires ne sont pas simples à mettre en place. Surtout qu’une partie de la clientèle n’y est parfois pas réceptives. « Les clients ne comprennent pas pourquoi ils sont obligés de mettre un masque quand ils se lèvent alors qu’ils ne le font pas au supermarché.» raconte Johann Le Mouroux. Il y a parfois le sentiment d’être entre le marteau et l’enclume. « Quand le préfet fait une pleine page dans Ouest-France pour nous mettre la pression sur de possibles amendes, on a juste le sentiment qu’il coupe tout espoir de dialogue. » souligne Thomas Nedelec.

Lieu de restauration ou lieux de culture ?

La question de l’identité des lieux est prégnante dans l’échange. « On est quoi en fait ? » s’interroge Johann Le Mouroux, « On a l’impression d’être des bêtes noires ». « Nos bars fonctionnent, mais ce n’est pas notre fonction première, nous sommes des lieux de vie et de culture ». La perspective de concert reste floue. « Dans l’équipe, il n’y a plus que 2 personnes qui sont en activité partielle. Ce sont les salariés liés à l’activité de concerts. » explique Jean-Yves Kerhornou « et si on commence à recaler des dates en septembre, ce n’est pas parce que l’on pense que l’on pourra refaire des concerts. C’est surtout pour garder le moral. »

 

A La Carotte, l’enjeu se place sur l’été. Pour Ingrid Strebinger il faut que les acteurs d’un même territoire collaborent ensemble. « D'habitude, en avril-mai, on accueille l'intro d'Un Singe en été, mais cette année on espère une clôture en septembre. » Dans cet état d’esprit, la crise actuelle impose parfois de redéfinir les projets en fonction de son écosystème. « Nous devons aujourd’hui nous réorienter » explique Thomas Nedelec « il y a des solutions à trouver, comme utiliser le lieu comme résidence artistique et accompagner de jeunes groupes ».

 

Thomas Guiral de La Drôle de Barge s’inquiète également : « j’espère que l’on ne sera pas laissés de côté par rapport aux « vraies » salles de concert. Il ne faut pas oublier que tous les groupes qui jouent dans les grandes salles ont débuté dans les bars ! »

 

article écrit par Grabuge
photo : Ingrid Strebinger devant La Carotte

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