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22 July 2020

Portraits déconfinés (14/16)

Les organisateurs sans lieu fixe

Pour eux, le confinement n’est pas réellement terminé. Les organisateurs sans lieu fixe encaissent le coup, attendant que les salles puissent accueillir du public dans des conditions acceptables ou tentant de nouveaux paris. Sans visibilité sur la rentrée et les potentielles contraintes à prendre en compte, la profession navigue dans l’inconnu. Regards sur ces quatre derniers mois et la suite.

Le coup de massue est tombé le 13 mars. L’interdiction des rassemblements de plus de 100 personnes a tout de suite mis les organisateurs d’événements sans lieu fixe dans la panade et pour un bon moment. L’association CrossOver Bis qui planifie des sessions de musique électronique au Mans mais aussi en France et en Europe a annulé quatre de ses événements. « De mars à septembre, c’est un moment ultra important car c’est là où l’on fait le plus d’événements » explique Julien Mansard, directeur artistique de la structure. D’autant plus qu’il comptait sur ces dates pour rattraper le dernier déficit de son festival Impact : « 2020 devait être l’année pour se remettre debout ». Ou s’affirmer, à l’image de l’association nantaise Krumpp, spécialisée dans les musiques urbaines, qui avait choisi le 13 mars pour passer le cap de la professionnalisation. « 2020 est vraiment une année charnière pour nous et la crise a mis un gros coup de frein alors qu’on progressait pas mal » raconte Charles Debast, l’un des deux salariés. Avec 30 concerts annulés jusqu’à juin, sur la quarantaine que Krumpp programme chaque année, « on ne s’en sort pas trop mal puisqu’on a eu 23 reports, et les salles et tourneurs ont été assez arrangeants ».

Des mois dans l’attente et l’inconnu

Il n’empêche que pour ces structures, toutes sous perfusion de chômage partiel, la période a engendré des pertes importantes et beaucoup d’appréhension. « On est passé par toutes les phases » rapporte Romuald Rochelle de l’association Get Up qui a dû annuler sa soirée Dub Club et son Dub Camp Festival. De même du côté de CrossOver Bis : « On a eu au moins dix remises en question ces derniers mois ; on se demandait comment on allait relancer nos événements et de quelle manière » se souvient Julien Mansard. « On ne savait pas à quelle sauce on allait être mangé. (…) Il y a eu beaucoup d’angoisse car ce sont cinq ans de travail qui pouvaient partir en fumée » relate quant à lui Charles Debast. L’attente et l’impuissance reviennent dans les propos des intéressés, bercés d’annonces trop imprécises pour leur activité. Et l’incertitude de la situation s’éternise. « On voit que le gouvernement est peu courageux, et ne se positionne pas en donnant des mesures claires pour les salles de concerts (…) On est dans le flou total et on se sent abandonné, comme beaucoup » confie Benoît Foucher de l’association Crumble Fight, qui organise des soirées rock à Nantes.

Aujourd’hui, focus sur un horizon voilé

Car aujourd’hui encore, les organisateurs sans lieu fixe sont à la merci des contraintes d’accueil du public et d’une potentielle deuxième vague. Selon Romuald Rochelle, « si l’on ne peut pas ré-envisager l’ouverture des salles ou avec des jauges très réduites, cela met en danger un certain nombre de structures. » Faire, défaire, refaire est leur lot quotidien, avec une anticipation difficilement maîtrisable. « On book des dates, on réserve des salles, mais on ne sait pas si on pourra maintenir ces événements, et dans quelles conditions » s’inquiète le directeur de production de Get Up. Comme Charles Debast qui cherche déjà des « troisièmes options pour l’hiver ou le printemps prochains » dans le cas où il faudrait encore repousser l’événementiel d’automne. Dans ces dispositions, ce dernier regrette le manque de place laissé aux nouvelles productions : « On ne fait que reprogrammer un travail que l’on a déjà fait, mais on ne peut pas vraiment regarder les nouvelles propositions. » L’association CrossOver Bis relance tout de même quatre « Rêveries » en open-air cet été, mais divise sa jauge par trois, sans garantie de retour sur investissement. Si la mise en place d’événements en extérieur est une piste envisagée pour poursuivre l’activité, il n’en reste pas moins que la responsabilité des acteurs en cas de cluster est le point noir des organisateurs. Pour Julien Mansard : « S’il y a un problème, ce sera pour notre pomme ! »

Demain, des craintes et des besoins

Ces conditions contraignantes attisent les inquiétudes pour l’avenir. « Nous avons besoin de visibilité à moyen terme de la part des pouvoirs publics » exprime Romuald Rochelle qui aimerait être informé sur les prochaines dispositions d’accueil du public. Du côté de Krumpp, on perçoit une rentrée « très saturée, avec beaucoup d’offres ». « On est obligé de programmer sur tous les jours de la semaine et les gens ne vont pas pouvoir aller en concert quotidiennement » se questionne Charles Debast. Des aides financières pour mobiliser le public ? Peut-être. Mais surtout un besoin de soutiens financiers pour que les structures puissent conserver leur trésorerie le temps filant. Car demain, « les événements vont coûter de plus en plus chers » affirme Julien Mansard, pensant aux coûts de la protection sanitaire ajoutés à ceux de la sécurité voulue par le plan Vigipirate. Le tout au détriment de l’artistique : « J’ai peur qu’il y ait trop de restrictions et que l’on ne puisse plus réellement s’épanouir dans ce qu’on veut proposer. »

article écrit par le Scéno
photo : Les Rêveries - CrossOver Bis - le Mans

 

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