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29 July 2020

Portraits déconfinés (15/16)

Les scènes spécialisées

Limitation à moins de 5.000, moins 1.000, moins de 100 spectateurs puis interdiction, la reprise des concerts dans les scènes spécialisées musiques actuelles ne sont pas encore d’actualité. La date de reprise d’une activité musicale économiquement viable est toujours inconnue. Si l’impact est variable en fonction des structurations, des subventions et des annulations de loyers, toutes les structures vivent dans l’incertitude.

« Le vendredi soir, les artistes sont là, tout est prêt pour que la soirée démarre, et on apprend que tout ferme, que c’est terminé ! » Les premiers mots de Simon Boisson, co-gérant du Warehouse, en disent long sur le choc subi. « Le soir de la fermeture, on a fait le concert, mais sans le public, juste pour nous ». Dans la foulée, le club nantais n’a pas tout de suite pris les mesures du confinement : « On était loin de se douter que ça allait durer aussi longtemps. (…) On a d’abord vu ça comme une opportunité : avoir le temps de se concentrer sur des chantiers laissés de côté » se rappelle l’entrepreneur privé. Du côté du 6PAR4 à Laval, l’équipe est également passée par toutes les émotions. « On est passé par toutes les étapes pour le festival ; on a travaillé sur une version réduite, puis l’espoir s’est effondré » raconte Simon Hermine, chargé de communication de la structure. « Avec du recul, c’était un moyen de se donner un objectif sur le long terme pour ne pas sombrer dans une dépression intense et la non activité. »

Des annulations à la pelle

Mais le choc est bien réel et vient barrer tout événement, tel le festival Eurofonik, inauguré le 13 mars par le Nouveau Pavillon à Bouguenais : « On a dû tout annuler, contacter les spectateurs, comprendre ce qu’il se passait et trouver des solutions » décrit Noémie Daunas-Montgiraud, responsable de l'action culturelle et de la billetterie. De même au 6PAR4 qui a eu « une gestion assez dense » pour parer à la radiation du festival jeune public Monte dans le bus qui venait de débuter. « On a passé beaucoup de temps à réfléchir à la manière dont on allait communiquer : trouver le bon ton, le bon discours » explique Simon Hermine qui redoutait les premières prises de parole. Au Warehouse, on parle d’un « travail de titan » côté billetterie : « On a fait l’erreur de croire qu’on allait rouvrir en mai ou juin, on a donc dû re-décaler toutes nos prévisions à l’automne. » Le 6PAR4 a annulé « une quinzaine de dates » en plus de ses festivals ; le Warehouse en dénombre environ 160 en quatre mois. Et le confinement et ses suites ont aussi signé l’arrêt brutal de tout l’invisible : les actions culturelles, résidences, événements professionnels, side projects…

La rentrée dans le brouillard

Aujourd’hui, les situations sont bien différentes selon la taille des structures, leurs mode de financement, les charges imposées… Le Warehouse, comparé à « un colosse au pied d’argile », commence « à marcher sur les genoux », ployant sous les charges fixes et s’inquiétant « de ne pas avoir de date de réouverture ». « Il est extrêmement difficile de prendre des décisions et de se positionner » constate Simon Boisson. Au 6par4 qui a refait une date en juin, « un ciné-concert en placement assis pour 50 personnes, au lieu de 300 normalement », la rentrée est préparée « avec pas mal d’incertitudes ». D’autant plus avec les clusters détectés en Mayenne, « j’ai peur que suite à tout ça, rien ne se fasse comme prévu » regrette Simon Hermine.

Les scènes spécialisées avancent à tâtons : « On travaille sur l’après en étant toujours dans le flou » déclare Noémie Daunas-Montgiraud, « on réfléchit à la saison prochaine, on a essayé de penser différents scénarios pour anticiper la rentrée selon les protocoles. » Le Nouveau Pavillon prévoit d’octobre à décembre « de ne mettre en vente qu’une demie jauge, voire demander aux artistes de faire deux concerts par soir, de façon à accueillir plus de spectateurs. » Une marge de manœuvre partagée par le 6PAR4 : « On annonce des dates de rentrée, mais on ne met en vente que la moitié de la jauge, en prévision des futures consignes » explique Simon Hermine. Au Warehouse, « on envisage d’accélérer le rythme » et de « charger le planning à fond ».

Une reprise avec qui ?

Pour tous, le futur est difficilement cernable. Simon Hermine a « du mal à imaginer une reprise normale à court terme ». Simon Boisson craint, avec l’effet post-covid, de « devoir se battre pendant quelques mois par effet de dépression. Une salle qui était facile à remplir hier sera plus difficile à remplir demain. » L’arrêt de l’économie de ces lieux a un réel impact sur toute une chaîne de prestataires. « Énormément de gens gravitent autour de nos lieux. On représente 65% du Chiffre d’affaires de notre afficheur. Dans quel état retrouvera-t-on tout le monde à la reprise ? » s’inquiète Simon Boisson.

 

Mais tous veulent se projeter dans l’optimisme. Pour Noémie Daunas-Montgiraud, « on sort soudé et solidaires de cette expérience, avec des liens partenariaux plus forts ». « C’est au moment où l’on a pu le moins se rencontrer que l’on a fait le plus de ponts entre les structures » renchérit Simon Hermine. Et l’humain, le lien, est aussi la voie du Warehouse : « C’est à nous de faire ce qu’on sait faire, de défendre la culture (…) de garder la foi dans l’humain et l’artistique. Il faut absolument faire le pari du futur. »

article écrit par le Scéno
Photo : le Warehouse

 

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