^

Association

13 janvier 2015

Historique

Pour en savoir + sur le Pôle

Vous trouverez ci-dessous un article rétrospectif partant de la prise en considération des musiques actuelles par les pouvoirs publics à l’émergence des Pôles régionaux de Musiques Actuelles.

Quelles ont été les principales étapes de la construction du “secteur des musiques actuelles” [1]? Allant de la prise de conscience de l’importance considérable des pratiques musicales populaires, passant par leur structuration autonome puis leur prise en considération au travers de politiques publiques. Dès 1981 avec l’arrivée de la gauche au pouvoir, le Ministère de la Culture (particularité française, puisque 1er pays à l’avoir créé en 1959) commence à reconnaître l'existence de pratiques culturelles différentes de la « culture légitime ». Notamment les pratiques musicales (production, réception et modes de vie afférents) dites “underground”, comprenez souterraines voire marginales, autrement dit les moins relayées par les médias de masse. Cette ouverture autorise alors la reconnaissance institutionnelle d’une profusion de pratiques créatives et d'initiatives artistiques qui se déployaient jusqu’alors en dehors des circuits institutionnels et médiatiques. Plus précisément en 1982 lors de la première “Fête de la musique” (également une “invention française” qui sera reprise par la suite dans de nombreux pays du monde), les autorités prennent conscience de l’ampleur colossale des pratiques populaires irriguant tout le territoire. Non seulement les pratiques musicales mais aussi plus largement « populaires » au sens où le succès de cette fête révèle l’appétence de la population pour des pratiques culturelles de proximité. Proximité qui permet d'éviter « l'effet temple » de la culture, c'est à dire, dans laquelle de nombreux individus n'osent pénétrer, considérant qu'ils n'en détiennent pas les clés.

Les pratiques musicales populaires, dites aujourd’hui actuelles ou aussi parfois “amplifiées” [2], sont à l’époque très peu prises en considération par les politiques publiques. Elles désignent toutes les musiques vivantes que sont le rock, la pop, le blues, la chanson, l’électronique, le rap mais aussi le jazz ou encore les musiques traditionnelles ; ajoutant à tous ces styles leurs innombrables dérivés... Malgré le déficit de reconnaissance de la part des institutions publiques, les artistes et militants associatifs quant à eux, s’organisent et impulsent des dynamiques locales : en organisant principalement des concerts, des festivals, en investissant des cafés, des lieux socioculturels, des salles de sport, des maisons de quartiers voire des squats... En somme des espaces non spécifiquement dédiés aux pratiques culturelles. Ces activistes de terrain, en parallèle du mouvement de « professionnalisation » du secteur musical, prennent rapidement conscience de l’intérêt de s'organiser collectivement, de se constituer en réseau, en somme de se structurer.

L’objectif est clair, ils souhaitent faire reconnaître et valoriser ces pratiques culturelles populaires. Ils vont donc chercher à accéder, au niveau local comme au niveau national, à la reconnaissance des pratiques populaires comme faisant partie du champ culturel à part entière ; notamment en valorisant la grande diversité des expressions culturelles qu’elles irriguent. Cet objectif est resté le même : l’ensemble des acteurs, fédérations et réseaux régionaux de musiques actuelles tels que le Pôle, ont pour principal but de défendre la diversité culturelle qui s’exprime au travers de l'ensemble des pratiques culturelles. Pratiques qui sont comprises comme autant de forces et de ressources de sens localement ancrées, et appréhendées au delà de critères arbitraires qui définiraient ce qui fait culture ou non. Cet objectif de diversité est un ancrage pérenne.

« L’enjeu en termes de diversité culturelle et de liberté d’expression, est que les populations trouvent une offre variée répondant à leurs attentes : découvrir des artistes, voir des concerts, partager des moments conviviaux, pratiquer eux-mêmes, se produire sur scène, diffuser leurs musiques. » (Michel Bonhoure, président du Pôle)

Le programme est vaste, les actions nombreuses... la confusion possible. Ces actions portent aussi bien sur la défense de la diversité des courants musicaux en perpétuel renouvellement, que sur les modes de fonctionnement singuliers : indépendance face aux majors [3], fonctionnements collaboratifs, valeurs DIY (Do It Yourself [4]). Dès la fin des années 80, des réseaux et fédérations ont émergé pour représenter le secteur indépendant des musiques actuelles. Des fédérations nationales ont structuré le paysage, à travers certaines catégories de musiques : musiques traditionnelles (1985), musiques du monde (1990) et plus tard les musiques électroniques (1996). Et ce principalement à travers les activités portées : écoles de musiques (1990), radios (1991), festivals (1993), salles de concerts (1994, 1996), centres informations-ressources (1994). Les acteurs se sont organisés au niveau territorial en créant des réseaux régionaux ou départementaux à partir de la 2nde moitié des années 1990. Cette hyper-structuration était concomitante de la reconnaissance institutionnelle progressive des musiques actuelles, par l’État comme par les collectivités locales. Ce processus conduit aussi les acteurs à investir de façon propre le champ syndical (2005), les structures assumant de façon plus claire leur fonction d'employeur. La structuration puis le développement des musiques actuelles se poursuit, défendant les initiatives privées non lucratives, autrement dit le modèle associatif, qui se veut différent du secteur privé lucratif mais aussi du secteur public de la culture. L’usage de l’expression “musiques actuelles” devient un moyen d’entrer en politiques publiques pour les porteurs de projets, tout en ayant l'avantage d'éviter les catégorisations esthétiques). Le milieu, devenu « secteur » a donc connu un mouvement de professionnalisation des équipes et des projets, alors qu’il s'inscrivait auparavant dans des modèles plus autonomes.

Précisément c’est en 1992 que la Direction de la Musique et de la Danse (ancienne DMD), souhaite mettre en place un dispositif de pôles régionaux de musiques actuelles (PRMA). Lors d'une réunion en 1994 regroupant de nombreux acteurs (centres de musiques traditionnelles, centres régionaux de rock et de jazz, le FAIR, le Réseau Printemps de Bourges, etc.), une première définition des missions des pôles régionaux de “musiques d'aujourd'hui” est élaborée (l’expression “musiques actuelles” n'est pas encore utilisée à cette époque et arrivera en 1996). Ces missions touchent aux domaines de l'information des publics (lettres d'information, guides et annuaires), de la formation des artistes (écriture, composition musicale, apprentissage de techniques), de la diffusion et de la découverte musicale. L’objectif principal étant de regrouper toutes les initiatives régionales auprès d'un seul interlocuteur qui se voudra aussi coordinateur. Ainsi la création de ces pôles accompagnait le mouvement de décentralisation des politiques culturelles.

En 1996, un texte préliminaire précise le rôle et les missions de ces pôles régionaux. C’est cette même année que le Ministère crée le label “Scènes de Musiques Actuelles” (SMAC). L'appellation des Pôles était initialement (avec un goût prononcé pour les acronymes) : Pôles Régionaux Musiques Actuelles Relais Musiques et Chanson (PRMARMC)[5] ! Douze structures sont intégrées dans ce dispositif dès 1996, dont « Trempolino » pour les Pays de la Loire. Initialement les PRMA ne sont pas de nouvelles entités mais des structures existantes (voire des individus) : un correspondant de l’IRMA [6] en région, le représentant d'une Antenne du Réseau Printemps [7], un centre régional (jazz ou rock), voire une salle de diffusion...

Cette ouverture du Ministère quant aux acteurs pouvant se positionner comme "Pôle régional" fait apparaître de véritables tensions sur certains territoires. Cette situation ne permet pas d'établir un texte cadre définitif. C’est seulement en 1999 à l'issue de rencontres entre premiers Pôles régionaux, qu’un texte cadre est proposé aux services de ce qui est devenu la DMDTS (Direction de la Musique, de la Danse, du Théâtre et des Spectacles). Le Ministère souhaite que les pôles régionaux puissent être les relais d’observation des activités et du travail mené par le réseau des SMAC, notamment dans le but d’outiller les décisions prises quant à la labellisation des lieux [8].

« Le Pôle, en Pays de la Loire, est donc le fruit de ces deux histoires : celle de la reconnaissance institutionnelle et celle de l'organisation autonome des acteurs ». (Vianney Marzin, Directeur du Pôle)

La création du Pôle régional est donc la rencontre entre une logique ascendante de réseau (structuration et représentation) et une logique initialement descendante d’information et d’observation. Concrètement, la mission de Pôle régional de musiques actuelles (PRMA) en Pays de la Loire, s’est extraite de la structure-opératrice Trempolino (créée en 1990) afin de s’incarner dans une nouvelle structure-réseau, et assurer à travers différents collèges regroupant les acteurs de la filière musicale, une représentation la plus large possible du secteur à l'échelle régionale. Une des principales missions de Trempolino est d’accompagner des projets artistiques en soutenant les nouvelles formes de création. Cette association travaille donc directement avec les musiciens, les organisateurs de concerts, les labels et les développeurs. Trempolino aujourd’hui, ce sont des studios de répétition et d’enregistrement, mais aussi de la formation auprès des artistes, ainsi qu’un espace ressource (relais d’informations auprès des publics et des musiciens concernant le secteur des musiques actuelles). “Le Pôle se veut être un outil d’émancipation des acteurs de musiques actuelles ” selon Denis Tallédec, salarié de Trempolino en charge de la mission Trempole, puis premier directeur du Pôle [9]. En effet, les acteurs ont fait le pari de répondre à la proposition initiale du Ministère qui était de créer une structure d’appui pour leurs activités de musiques actuelles, en impliquant le maximum de structures de terrain dans la constitution du Pôle afin de lui donner une “assise plus politique et moins opérationnelle”. Le Pôle est donc un véritable réseau d’acteurs, un espace de co-construction voué à imaginer l’organisation du secteur et plus globalement de la filière musicale de demain.

Dans une perspective large intégrant l'initiative privée lucrative et l’initiative publique, ainsi que les dimensions artisanales et industrielles liées à la bipolarisation du secteur autour du spectacle vivant et la musique enregistrée reproductible, l'inscription des musiques actuelles dans une économie plurielle ont amené les acteurs et les collectivités à chercher des formes d'organisations territoriales qui permettent d'appréhender la filière dans sa globalité et dans toute sa diversité. C’est à cela que répond l’apparition d’une nouvelle génération de réseaux territoriaux comme le Pôle. L'objectif principal du Pôle est moins de créer les conditions d'une représentation unitaire du secteur, que de rendre possible les conditions du dialogue et de la coopération au sein d'un écosystème extrêmement varié et fragile, composé d'une multitude d'initiatives interdépendantes présentes sur les territoires, aux statuts, finalités et modèles économiques très différents.

____________________

[1]“Que sont, au juste, les musiques actuelles ?” entend-on encore parfois. L'invention par les pouvoirs publics de cette expression, et sa réappropriation par les acteurs de terrain, a été un moyen de pallier un déficit de langage, ou du moins une connotation qui semblait plutôt péjorative à certains, dans l’expression “musiques populaires”. Car en effet, nos collègues anglo-saxons parlent simplement mais clairement de “popular music”. Ne cherchez pas plus loin : les musiques actuelles regroupent l’ensemble des musiques populaires (actuelles et traditionnelles), autrement dit toutes les pratiques musicales “non savantes”.
[2]En référence au système d’amplification des sons qu’une bonne partie de ces musiques nécessitent. Cette expression “musiques amplifiées” fut proposée par Marc Touché, il les définit comme suit : “ces musiques ne désignent pas un genre musical particulier, mais se conjuguent au pluriel pour signifier un ensemble de musiques et de pratiques sociales qui utilisent l’électricité et l’amplification sonore comme éléments majeurs, entre autres, des créations musicales et des modes de vie (transport, stockage, conditions de pratiques, modalités d’apprentissage)”.
[3]Les majors désignent les 3 multinationales (Universal Music Group -qui a racheté EMI en 2011-, Sony Music Entertainment – qui a fusionné avec BMG en 2004-, Warner Music Group) diffusant la majorité des musiques dites commerciales ou mainstream  -signifiant courant principal en anglais- passant notamment en radio de grande écoute. Précisément à elles 3, elles représentent presque 72% du marché mondial de vente de productions musicales.
[4]Signifiant littéralement “faites le vous-même”, convictions issues des mouvements punks puis reprises par de nombreux acteurs qui “font avec le donné”, s’adaptant notamment à la particularité de leurs conditions financières restreintes.
[5]Données issues du “Rapport d’enquête sur les pôles régionaux de musiques actuelles”, d’octobre 2001 réalisé par J.L. Sautereau pour la DMDTS, Ministère de la Culture et de la Communication.
[6] Centre Informations-Ressources en Musiques Actuelles, à l’époque CIR (Centre Info Rock)
[7] Réseau favorisant les découvertes de groupes régionaux au festival « Printemps de Bourges »
[8] Le label SMAC est octroyé par le Ministère de la Culture et de la Communication.
[9] Aujourd'hui, directeur de la fédération nationale des cafés-cultures, Culture Bar-bars.

Annonces des adhérents

Release Party à Stereolux
Release Party à Stereolux
le Samedi 2 Mars
Portes Ouvertes Formations Pro
Portes Ouvertes Formations Pro
Assistez à tous les cours PRO gratuitement pendant 4 jours
APPEL A PROJETS Jeunes public
APPEL A PROJETS Jeunes public
en partenariat avec RAMDAM

Le Pôle de coopération pour les musiques actuelles en Pays de la Loire est un réseau de compétences régional qui, fort de la mobilisation des structures musicales, agit au carrefour du monde culturel, de l’économie et de la recherche. Le Pôle permet aux structures musicales d’organiser leurs coopérations et de co-construire des politiques avec les collectivités territoriales, la Région des Pays de la Loire et les services de l’État. En adhérant au Pôle, les acteurs musicaux poursuivent les objectifs suivants : cultiver la diversité musicale, développer une filière économique et responsable, anticiper les mutations sociétales.

A travers ses missions, le Pôle informe et accompagne les acteurs et les collectivités. Il anime les réseaux, facilite les échanges et coordonne des chantiers thématiques. Il observe et met en valeur l’écosystème musical dans sa diversité. Au plus près des initiatives, le Pôle favorise un dialogue nécessaire permettant de trouver des solutions face aux enjeux culturels, éducatifs, sociaux, économiques et politiques. Co-Missionné par l’État et le Conseil régional des Pays de la Loire, le Pôle est cogéré par ses adhérents.

Le Pôle / Adresse : 6 rue Saint-Domingue - 44 200 Nantes - 02 40 20 03 25

  • Authentification